Les lanternes éclairaient faiblement l’arrière cour de la grande maison d’un halo de mystère silencieux. Le froid pénétrait les os, et la neige déjà couvrait de son manteau blanc l’univers fantasmagorique que le vieil aventurier s’était créé. Les concubines comprenaient… Ce soir encore, il allait “taper dans le tas” !
Comment si grand seigneur, qui avait été peintre, et globe-trotteur, et même artiste du cirque, comment avait-il pu tomber si bas? L’énigme resterait entière… Mauvais plaisant dirait : “C’est du chinois” ; mais, elle, n’avait pas le cœur à rire…
Arrachée à son village, à sa famille et à son enfance, elle venait d’être vendue au mandarin. La matrone qui l’avait préparée à cette nouvelle vie carcérale, l’avait délivrée le matin même, et pourtant, déjà, la lanterne rouge pendait devant la porte de ses appartements.
Fung Chi s’était presque résignée. Elle le croyait en tout cas… Les drogues, que la première épouse avait subrepticement dispersées dans le thé, n’étaient sans doute pas étrangères à cette sensation d’engourdissement de sa souffrance morale…
Le massage des pieds qu’on venait de lui prodiguer, les baumes dont on avait couvert les parties les plus intimes de son être, et jusqu’au canari qui stridait dans sa cage minuscule, tout, tout contribuait à créer cette fausse sérénité qui sait si bien anéantir nos résistances à l’absurdité du monde.
Elle se laissait emporter, doucement, vers les enfers de sa nouvelle condition. Elle se surprit même, un instant, à imaginer le visage de son maître. Était-il jeune ? Était-il beau ? Serait-il doux ? ou sa puissance le condamnerait-elle à une violence inouïe !? Car il fallait bien qu’il y fût condamné, lui aussi…
Elle en était là quand il parut. Elle baissa la tête. Il s’approcha de la cage…

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