Ce doux rêve que nous partagions, cet avenir infini que déjà nous habitions, cette grande maison pleine d’enfants, de joies et de saveurs, elle aussi toute en pierres oniriques, ce matin, avec la rosée, se sont tous envolés. 

C’est un voleur qui les a pris. Usurier du malheur, prêteur sur gage, bonimenteur du bonheur, tueur d’espoirs, nous l’avons laissé se glisser entre nous comme le serpent se glisse dans la chambre nuptiale du couple maudit.

Tu es parti pour la guerre, mon prince, et les dieux déjà me disent de me préparer: dans la tombe, bientôt, je te suivrai…

Les philtres du Grand Prêtre me font tourner la tête. Je me donne tout entière à de vagues chimères qui dansent autour d’un bassin tout empli de ton sang. Un tambour, au loin, tambourine lentement…

Est-ce cela qu’ils appellent le Réel? Est-ce la mort qui s’invite au festin? Est-ce la folie qui me gagne? Le bourreau qui…

Le réveil sonne. Se lever. Préparer le petit déjeuner des enfants… Ah, non! Je vais prêter encore quelques minutes à ce cauchemar… C’est bien le diable si je n’arrive pas à le changer en conte de fée! 

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