J’aimerais devenir une jeune femme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans, libre et désinvolte comme on l’est à cet âge.
J’aimerais pouvoir dire à mon corps “livre-toi sans remords”…
J’aimerais croquer la vie à pleine dents ! Voyager tout le temps !
J’aimerais pouvoir penser sans calculer, écrire sans réfléchir, danser sans être remarquée, et luire… sans éblouir.

Seulement voilà, Nefertiti je suis.

C’est à treize ans que l’on m’a baptisée.
C’est au collège que ma beauté devint sacrilège…
C’est depuis lors que sais… que le silence est d’or.
C’est ainsi, c’est la vie.

Seulement voilà, Nefertiti je suis…

Alors j’essaie, hargne et colère rentrées, d’arracher l’ivraie qui les a tant blessées.
Alors j’y mets toutes mes forces, toute ma bonne volonté, rentrées après rentrées…
Alors j’en deviens muette, tout effacée, toute… délavée.
Alors peut-être, me dis-je toujours, alors peut-être un jour finiront-elles par t’accepter.

Seulement voilà, Nefertiti je suis.

La beauté est ce péché suprême que seuls les dieux peuvent pardonner.
La beauté est dans ce monde un crime de lèse-majesté, une prison sans pardon.
La beauté est forcément vanité…
La beauté est une malédiction.

Alors voilà, Nefertiti je fuis !

Et je cours et je vole et m’enfuis,
Et je pleure et j’étouffe et je meurs,
Et je voudrais crier, hurler… exploser !
Et… je me tais, je me courbe, je me cache.

Nefertiti, je ne suis.

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