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Avant même d’entendre la chanson de l’eau, Laure avait aperçu le grand saule pleureur qui donnait son nom au lieu qu’elle cherchait. Elle avait si longuement étudié la carte avant de partir qu’elle avait eu l’impression au long de sa randonnée de rouler sur des chemins de papier jaunes et verts. Une petite bosse puis un virage un peu serré et le pont du grand saule se révéla dans le soleil doré de la fin d’après-midi. Elle s’arrêta aussitôt, échappant de peu à l’embourbement promis par une mare née de la dernière pluie, elle sortit alors de son panier le précieux appareil photo numérique qu’elle avait récemment reçu en cadeau d’anniversaire. Le concours estival du journal local lui fournissait un prétexte idéal pour échapper à la bruyante maisonnée rassemblée autour de Mamie Flo. Le thème des « lieux mystérieux de la campagne » avait immédiatement appelé dans son esprit un souvenir d’enfance. Sa capacité à rester tranquille et silencieuse, qualité peu partagée par ses frères et cousins, lui avait autrefois valu d’être élue compagnie préférée de son grand-père pour des parties de pêche. C’est dans le coin poissonneux, évidemment secret, où il l’emmenait des après-midis entières que Laure comptait faire le cliché gagnant. La magie du lieu était évidente : quelques arches, pittoresques vestiges d’un pont médiéval, supportaient un ancien moulin posé en encorbellement, la chevelure du grand saule plongeait dans l’onde frémissante et filtrait des gouttes de soleil qui s’en allaient au fil de l’eau. Le reflet de la roue immobile habillée de mousses fontinales ajoutait en contrepoint une nouvelle teinte à la symphonie des verts du bucolique tableau. Multipliant les points de vue, zoomant sur des détails, cherchant à mettre en valeur le modelé des ombres, Laure mitrailla silencieusement le délicieux paysage, capturant les variations chaudes de la lumière sur les vieilles pierres. Sa pêche ainsi réalisée, elle sortit un livre et comme autrefois auprès de Papi Lu se plongea dans sa lecture tout en laissant la rivière baigner ses pieds d’une fraicheur bienfaisante. Aussi précisément que sur un cadran solaire l’ombre portée du vieux moulin touchant le saule annonça le temps du retour. Enfourchant son vélo, la jeune femme quitta alors son paradis, emportant dans son panier un jeune escargot, passager clandestin, avide d’aventures…

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