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Barbacole entra dans la classe ; son surnom, adopté par ses premiers élèves trente ans auparavant et sans doute inspiré par un féru de La Fontaine ou de Molière, lui allait comme un gant – comme sa barbe devrais-je plutôt dire – et de mieux en mieux les années passant, la grisaille de sa pilosité le faisant ressembler non pas au Père Noël mais à un sinistre croquemitaine. Dans le village, tout le monde l’appelait ainsi, même le maire, et finalement tous avaient oublié son vrai patronyme sauf le facteur qui lui apportait son courrier. En conformité avec ce nom hérité d’un âge révolu, le maître d’école avait conservé des méthodes qui elles aussi méritaient l’oubli. Malheureusement l’oubli n’était pas son fort, il avait même une prodigieuse mémoire qui lui servait à terroriser le royaume scolaire sur lequel il régnait.

Ce matin-là Louis arriva légèrement en retard, ce qui constituait déjà une infraction majeure aux règles en vigueur en ce lieu. De plus il avait l’air ravi, aggravant ainsi sérieusement son cas. L’enfant entreprit de présenter des excuses : son vélo avait déraillé et il s’était garé sur le côté de la route pour réparer, ceci constituait la justification des quelques minutes de retard à son arrivée. Louis, bon élève au demeurant, était rarement pris en défaut par le maître, mais tous se mirent à trembler à l’idée des sanctions encourues, d’autant plus que sans attendre un quelconque verdict, il se mit à révéler la raison de son air réjoui : Dans l’herbe du bas-côté où il s’était arrêté, il avait vu briller quelque chose à demi-enfoui dans la terre et l’avait ramassé. Il livra l’objet du délit à la vue de tous et il se passa alors un phénomène effrayant !

Barbacole se mit à trembler ; connaissant l’inhumanité du personnage, toute la classe trembla avec lui à commencer par le coupable ! Il semblait qu’il ne pouvait plus parler, personne n’aurait pu imaginer la chose possible ! et enfin une larme glissa lentement sur le visage de l’adulte et vint se perdre dans sa barbe. Posé sur la petite main de l’enfant, le maître avait reconnu en l’objet iridescent le couteau perdu de feu son père tant aimé.

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