AlgoMuse Éditeur associatif
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C’est un grand appartement bien meublé. Cossu. Je viens d’arriver avec mes valises et prends possession des lieux, comme s’il était convenu que j’emménage ici. Je sais même clairement que j’ai signé un bail de location pour cet appartement. Enfin, il me semble le savoir clairement mais quand j’y pense, je réalise que je n’ai pas ce bail. Étrange. En tout cas je suis sûr d’avoir loué cet appartement. Six cents euros. C’est le prix que j’ai accepté de payer pour le loyer.

Pourtant il y a cet homme bizarre qui me regarde comme si je débarquais chez lui. Il est assis. C’est un grand type un peu maigre, d’une cinquantaine d’années je dirais. Ses traits sont fins, ses yeux sombres et enfoncés et ses sourcils légèrement broussailleux déparent une chevelure brune et soyeuse jetée dans l’air comme une cape de mousquetaire. Je remarque qu’il n’a pas un cheveu blanc, et que son teint est hâlé. S’il ne me toisait avec cette insistance et cette once d’hostilité, il me semble que je pourrais le trouver sympathique. Beau peut-être. Mais il y a ce regard qui créé une sorte de gêne, d’empêchement.

Il me touche. Je suis étonné et cherche à me dégager. Je sens ses muscles chauds à travers la fraîcheur du pyjama de soie qu’il porte en pleine journée. C’est comme s’il cherchait un contact de son corps sur la surface la plus étendue possible du mien. Je me souviens de Marie. Elle m’avait dit qu’on pratiquait ainsi dans certains exercices de sport pour exorciser je ne sais plus quelle inhibition. Ou peut-être que l’inhibition, c’est moi qui l’ai rajoutée ; je ne sais plus. Je suis mal à l’aise. Je me dégage plutôt brutalement et lui dit : “On peut se respecter non !?”. Je ne sais pas pourquoi j’ai dit cela, et j’ai l’impression de le regretter sitôt dit…

Lui me tutoie et me demande quelle partie j’ai choisie. Alors je lui réponds que j’ai loué l’appartement et pas seulement une partie. Il me regarde encore plus fixement en levant légèrement la tête, là, sur sa chaise, sans bouger, en prenant un air un peu absent, comme s’il avait connu cette réponse par avance. De nouveau il me touche. C’est plutôt une sorte d’attouchement, une caresse de sa grande main fine et bronzée qui parcourt mon bras dénudé et l’enveloppe, sans serrer vraiment… Il me tire doucement vers lui, et change de position sur sa chaise de telle façon que je me retrouve au milieu d’un angle formé par ses longues cuisses musclées que je devine sous la soie brillante.

(à suivre)

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