AlgoMuse Éditeur associatif
Phileas avait raison

Phileas avait raison

Elle est partie. Enfin ! J’en avais assez de cette grande niaise qui me servait de femme de chambre ! Elle faisait absolument TOUT de travers. C’était l’apocalypse dans la maison, par sa faute. 

Rendez-vous compte : tous les matins, je prends en bain de pieds à 30° pile. Et tous les matins, cette bonne à rien me le prépare à 29° ! Je me gèle les pieds à cause d’elle, et, toute la journée, ils sont engourdis. J’ai même vu de la glace se former sur un orteil… 

Mais ce n’est pas tout : je n’ai jamais vu une femme aussi impatiente ! Quand je lui demande de nettoyer le scrabble, ce jeu composé de plus de 30 petits carrés avec des lettres, elle lave la boîte, mais elle ne prend même pas le temps d’essuyer un à un les carrés ! 

Elle avait pourtant l’air cultivée, pleine de promesses… Je ne suis pourtant pas très exigeante. Comme on pouvait s’y attendre, avec toutes ses âneries, je l’ai fichue à la porte.

Mais bon, elle est partie, quel soulagement, n’en parlons plus.

C’est du bidon

C’est du bidon

“Un bidon, c’est un contenant. Un homme, c’est un contenu. Le problème, c’est qu’on ne peut mettre un homme dans un bidon…”

 

C’est ainsi que l’homme inventa les bidonvilles.

Bidonnant, non ?

Un reflet de vérité

Un reflet de vérité

Je construisais moi-même, dans le plus grand secret, les souffrances que je me donnais d’aimer des femmes inaccessibles. J’appelais cela “du romantisme”. Dans le même temps, les femmes “accessibles” me tournaient autour, s’offraient à moi. Je me permettais de les prendre, de les aimer comme elles le voulaient et j’osais nommer cela du « libertinage ». Au nom d’un amour que je n’arrivais à atteindre, je profitais des bienfaits de la vie en société en volant ce qui aurait pu être le bonheur d’autres. Je vous le confesse. J’ai manipulé, envié, pêché – bien que la religion ait peu à faire là-dedans. Je confie ces mots ici, car la résolution de l’histoire m’est, depuis plusieurs mois maintenant, tout aussi incompréhensible qu’au premier jour. J’ai meurtri mon corps et mon coeur pour des femmes qui n’ont jamais eu vent de la passion qui m’animait pour elles et dans un même temps, j’ai ruiné les opportunités de vie, la stabilité mentale et le bonheur d’une belle qui, elle, ne s’embarrassait pas de ces absurdités pour m’aimer. Amour, tendresse et adoration coulaient de ses yeux vers les miens, collaient ses cils entre eux, glissaient sur des joues encore rondes de l’enfance pour attraper les cheveux qui y trainaient, puis s’accrochaient à ses lèvres encore sèches des pleurs de la veille – ceux que j’avais éveillés en voulant lui offrir, ce soir enfin, la vérité. C’était probablement la vérité ce jour là. Mais une vérité qui blesse comme une lame à peine forgée : brutale et grossière. Les mois passent et son fil s’affine, coupant la chair en l’effleurant. Puis le temps l’émousse et patine ses couleurs, lui donnant le reflet qu’elle a aujourd’hui. Le reflet que je vais tenter de décrire ici… 

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L’éveil

L’éveil

Le visage cramoisi et les yeux baissés de l’adolescent trahissaient la faute. Il serait puni, assurément. Mais comment le serait-il ? Car c’était la question. 

Le précepteur savait trop bien qu’il était, de naissance, promis au duché, pour risquer de ternir ce destin. Jusqu’où irait-il ? Jusqu’où oserait-il ? 

Le jeune vicomte se suffit de cette question, de cette réflexion. Se masturber ne lui donnait que plaisir, et se faire prendre à le faire augmentait son désir. 

Il se dirigea vers le boudoir, sans vraiment vouloir s’y rendre. Il s’arrêta, dans le couloir, à la fenêtre sur la cour. Il était seul. Le silence absolu l’enveloppait. La nuit, déjà, se levait, s’évadait des pavés…

L’autre, en fait, n’était-il son aîné, que de quelques années ?… 

Enfantement

Enfantement

Je fais souvent ce rêve où je suis tétanisé dans une foule étrange, immobile et silencieuse. J’ai observé qu’il n’y a jamais d’enfants parmi cette foule.

Ce rêve récurrent me fascine et m’obsède. Mais cette nuit là, ce monde si familier et pourtant si étrange, d’ordinaire statique, se met en branle dans un cortège sans fin, passe au travers de moi, être transi d’effroi. Je me délite et ma pensée se fige. Je deviens l’un des leurs et je me noie dans cette immensité trop sage.

J’aperçois un groupe d’amis, eux aussi apeurés, qui se font absorber dans ce même processus infernal et sont entraînés dans cette marche d’un calme envoûtant.

Cette foule, ainsi, se reproduit et enfle indéfiniment telle une monstrueuse amibe dans un enfantement.

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Ecrire

Ecrire

Ce n’est que tard le soir, quand les enfants dorment, quand les tic-tacs de l’horloge comtoise commencent à régner sur le silence, qu’elle se met au travail. ‘travail’ est un drôle de mot pour l’écriture. Il s’agit d’une nécessité depuis sa plus tendre enfance.

Elle entre à pas feutrés dans la bibliothèque pour ne pas perturber la magie du lieu. Ses livres préférés l’enveloppent et la guident. Il plane une odeur d’encre et de papier. Elle s’installe, prend le stylo que lui avait offert son père. L’informatique ne l’a jamais attirée. Elle aime la sensation de son stylo préféré qui court sur le papier et l’entraîne dans le monde qu’elle crée. 

La tête légèrement penchée, elle rêve et le rêve se transforme en mots, doucement, dans le silence troublé par le crissement de la plume. Les heures délicieuses défilent mais pour elle le temps n’existe plus. Elle se glisse, telle une voleuse parmi ses personnages. Elle leur montre le chemin, les façonne. C’est sa deuxième vie, celle où tout est permis. Elle met son rôle d’épouse et de mère entre parenthèses. Elle se sent libre.

Il faudra la pâle lueur du jour courant sur les jalousies pour qu’elle prenne conscience de la réalité.

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