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Au château

Il s’en passait des choses dans les cuisines du château !
Le souverain, abandonnant régulièrement ses fonctions et ses obligations conjugales, se donnait du bon temps avec les jeunes servantes, au prétexte de se désaltérer.
Son physique, d’une banalité affligeante, ne lui avait pas permis de séduire les belles de son monde ; mais là, tout lui était permis. C’était le maître et son personnel lui devait obéissance. Les jeunes écervelées en avaient fait les frais. Leur condition ne s’améliorait pas, malgré les petites gâteries auxquelles les plus hardies s’étaient prêtées en espérant devenir favorites et en tirer quelques avantages.
La lingère, une maîtresse femme qui connaissait la chanson et ne s’était jamais laissée conter fleurette, mit très vite au parfum ces oies blanches ; elle qui avait failli perdre sa place à cause de sa bonne conduite !
Croyez- moi, jeunes et jolies soubrettes, leur dit-elle, vous n’obtiendrez rien en échange !Servantes vous êtes et servantes vous resterez ! Notre maître n’est que gibier de potence qui profite de votre inexpérience et vous traite avec grand mépris en vous contant des calembredaines !
Son talent de persuasion opéra.
Un beau soir, comme à son habitude, le maître de maison pénétra dans l’office, fringant et pressé de s’octroyer du bon temps mais …
– où sont donc passées ces bougresses ? Mais que se passe-t-il donc dans ma maison, Palsambleu ! Où sont mes gens ! Qu’on les fasse venir !
La pièce était silencieuse, vide de gais bavardages. Sur la table, au milieu de la vaisselle sale, était posée une feuille, arrachée d’un carnet, où l’on pouvait lire ce vieux dicton ‘’ Il n’y a si bons amis qui ne se quittent ‘’ suivi d’une guirlande de cœurs traversés par des flèches …
La lingère en tête, tout le personnel, jusqu’au fidèle et vieux jardinier et l’élégant majordome, amant de la plus jeune des servantes, avait déserté le château.
Ne se présentèrent pour les remplacer, avec leurs lettres de recommandations, que des servantes âgées ou des laiderons qui n’avaient plus rien à craindre des exigences du maître.
Le souverain ne se désaltéra plus jamais à l’office. Il erra, désœuvré, dans les couloirs de son château où il lui semblait même que les portraits de ses ancêtres ricanaient.

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