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Barbecue en trois actes @melanie

Dans cette riche demeure, quelque peu tape-à-l’œil, Monsieur et Madame reçoivent pour un barbecue grand style. Ils ont prévu le beau, le coûteux, le luxe. Ils veulent garder leur rang si durement acquis. Cette soirée devra avoir bonne place dans les annales des réceptions les plus réussies.
Après un apéritif fort garni en mignardises et alcool prestigieux, badinages discrets et bavardages vont bon train.
Ici, on dévoile les tours de main pour recettes Végan, de lâcher-prise, de méditation et de la dernière boutique mode qui recèle mille trésors pour être totalement branché.
Là, on devise sur le prochain Goncourt, sa dernière installation en domotique connecté en permanence à son smartphone, son séjour merveilleusement délicieux dans un « relais et châteaux ».
Les hôtes sont ravis de la tournure que prend cette soirée aux allures mondaines, tenue de soirée souhaitée. Réussite assurée. Renommée consolidée.

Mais la classe ne s’acquiert pas par mimétisme. L’être profond refait inévitablement surface. Il suffit d’un léger relâchement, un égarement passager, une éclipse intellectuelle, pour faire resurgir une nature soigneusement enfouie.
Apéritif généreux, viandes grillées au barbecue, accompagnées de grands crus millésimé et la chaleur, vont donner à cette soirée une toute autre tournure.
Ici, on parle de recettes philtres d’amour et de leur efficacité dont je tairai les détails, de soirées d’enfer et de la dernière boutique pour accessoires coquins ; tout en s’ébaudissant à gorge déployée, chemises et corsages déboutonnés.
Là, on vante, sur un ton badin les mérites des lectures égrillardes et croustillantes et du dernier club où l’on s’encanaille un brin ; propos entrecoupés de rires sonores et gras.

Fontaine de champagne, digestifs. Les esprits s’échauffent. On s’interpelle bruyamment de table en table. On s’esclaffe, on se vautre, on se gausse. Arrive le moment de la pensée profonde, celle que l’on dévoile à son insu.
– hé, Polo, t’as voulu nous en mettre plein la vue, mais ton pinard, il a des relents de piquette. Y vaut pas le mien !
– ta gueule, espèce de rastaquouère, dis donc à ta meuf de venir pousser la chansonnette avec sa voix de Castafiore à faire péter le cristal et faire pâlir les mélomanes
– d’accord, si toi tu fais défiler ta bourgeoise, sapée comme un mannequin des années trente. Mais ôtes-lui d’abord son abot, qu’elle claudique comme un cheval entravé.
– Vous allez le fermer, votre clapet ! Allez, adieu les potes, nous, on se rentre !

« In vino veritas ».

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