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Les yeux dans le vague, elle regarde son passé. Celle qui est appelée la poufiasse sait qu’elle n’a pas toujours été cette femme aux attitudes provocantes, aux rondeurs encombrantes, au regard terne et aux expressions désabusées.

Chacune de ces provocations a une histoire. Il suffirait qu’un esprit bienveillant lui permette de remonter le temps pour écouter son passé. Ce n’est pas du pipeau que ces épreuves qu’elle a traversées. Déjà, enfant elle était souvent rejetée. Atypique dans son physique. Atypique dans son esprit. Elle ne rentrait pas dans le moule. Alors on se jouait d’elle ; jusqu’à jouer avec elle. On l’envoyait au front, tel un hussard pour provoquer l’ennemi. Le clan de l’immeuble d’en face. Elle ne rechignait jamais espérant que les siens seraient fiers de son audace et intrépidité. Mais il n’en était rien. Quand les jeunes du clan ennemi s’étaient rués sur elle, elle a juste eu le temps de voir les siens lui tourner le dos et partir. Partir d’un pas tranquille. Elle ne sait pas si leur abandon, sur le moment a été moins douloureux que ce qu’a subit son corps et son âme. Mais des années après, c’est cet abandon qui est resté ancré. Elle n’a jamais su, jamais pu apaiser cette blessure. Depuis cet après-midi, dans la cave de l’immeuble d’en face, elle saigne de cette lâcheté.

Il y a quelques temps, une amie cultivée et pour autant surnommée la catin, lui a offert cette phrase en cadeau : « Quand nous vieillissons, les souvenirs nous entourent comme les lierres entourent les vieilles maisons.» Ce n’est pas du baratin, c’est d’Anne Barratin. Peut-être qu’un jour, elle pourra retirer ces lierres et rénover son intérieur. Peut-être qu’un jour, elle rencontrera l’amour qu’elle mérite.

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