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Je me réveille. Il semble faire beau, je sens le soleil qui réchauffe ma joue. J’émerge doucement, le sourire aux lèvres. Je finis par ouvrir les yeux. Mes volets sont fermés et j’entends la pluie. C’était donc la chaleur du radiateur. Qu’importe, la journée sera bonne.
Je me lève du lit, bien décidé à aller courir quelques minutes dehors, avant de démarrer ma journée. J’enfile ma tenue de sport et mes baskets. J’ouvre la porte et, plein d’entrain, je m’élance dehors. Il pleut à verse. Qu’importe, la course sera bonne.
J’aime bien courir, même sous la pluie. Surtout sous la pluie d’ailleurs, je m’y sens plus fort, plus courageux, bravant les tempêtes. J’ai l’impression que rien ne se mettra en travers de ma route. Je passe au dessus du fleuve, il est grisé et flouté par les gouttes. J’ai une vue imprenable sur la vallée. J’ai à nouveau le sourire aux lèvres. Je descends les marches qui me permettent de rejoindre les quais bordant le cours d’eau. Je glisse, j’entends un claquement, j’ai mal. Qu’importe, rien n’est cassé et je peux toujours marcher.
Je rentre boitillant, un peu bredouille et en retard. Je file sous la douche, je me rase. J’aime bien m’habiller en musique. Je me dirige vers mes enceintes, les allume. Rien ne se passe. Il n’y aura pas de musique ce matin. Qu’importe, je n’ai plus le temps.
Je monte dans ma voiture, j’allume le contact. Ça fonctionne. Je dois faire de l’essence, où est ma carte bleue ? Où se trouve cette foutue carte bleue ? Je perds patience. Mais qu’importe, j’ai assez d’essence pour me rendre au salon.
En arrivant, j’enfile mon tablier, passe un coup de balai pour la forme. Je regarde le planning, ma journée est bien remplie. Heureusement, j’ai des dettes à payer. Je suis content, le salon, ouvert depuis deux mois seulement, est toujours plein. Sauf le mardi. Le mardi c’est une journée calme. On ne prend pas soin de soi un mardi. Le deuxième jour de la semaine c’est pour les activités pénibles. J’attends le premier client. Il a déjà quinze minutes de retard. Je l’appelle et tombe sur son répondeur, il ne viendra pas. C’est mauvais pour mes dettes. Mais qu’importe, je suis déjà sur place. J’erre sur internet en attendant les suivants, je cherche les raisons possibles de la panne de mes enceintes. D’un coup, j’ai hâte de rentrer chez moi pour vérifier. Parce que j’aimerais bien m’habiller en musique demain matin.
Ce n’est pas un client mais deux qui arrivent en même temps. Ils semblent amis. Ils entrent et me demandent déjà une ristourne “puisqu’ils sont deux”. Je souris poliment, je ne réponds pas. Qu’importe, c’est toujours de l’argent qui rentre.
Ma cheville me lance, j’ai de plus en plus mal. Rester debout n’est pas simple. Je prends les ciseaux et commence à tailler les cheveux de Monsieur, tandis que la couleur pose sur la chevelure de Madame. Mon téléphone vibre, j’attends un appel important. Je jette un coup d’œil, moment d’inattention mal venu, le ciseau dérape, l’oreille de Monsieur sur son chemin. Il devient rouge, comme le sang qui coule le long de sa mâchoire. Au même moment, Madame me dit que la couleur lui brûle le crâne. C’est mon banquier qui m’a appelé, je me perds, je commence à me sentir dépassé par cette journée. Ils sont très en colère. Qu’importe, je paierai mes dettes plus tard.
Je prends leurs coordonnées, Monsieur Rouge a le même nom de famille que mon banquier : c’est mon frère. Aie. Les nouvelles vont vite dans cette vallée. C’est mauvais pour mon prêt.
Ils partent, j’écoute le message sur mon téléphone. Je n’écoute pas jusqu’au bout, j’en ai eu assez. Je suis désolé mais nous ne pouvons donner suite à votre demande...
Qu’importe, la cheville me fait maintenant si mal que le reste n’est que détail.
Je me fais porter pâle et annule tous mes rendez-vous de la journée. Au diable les dettes.
Je monte à nouveau dans ma voiture, elle ne démarre plus. Je n’ai même plus la force de me battre. Je rentre à pieds.
Qu’importe, demain la journée sera bonne.

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