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Heure à heure tout le temps s’envole, comme une rengaine malfaisante le proverbe tournait en boucle dans l’esprit de Victor. Il était tombé sous le charme de la jeune Bruxelloise mais l’allégresse n’était pas de mise, tout perturbé qu’il était à l’idée de son prochain départ. Il ne cessait de chercher par quel moyen la côtoyer, imaginant les lieux où il pensait pouvoir la rencontrer. Ce mois de juin était prodigue en douces soirées et celle-ci promettait à suivre une longue nuit propice à trainer à la belle étoile, beaucoup avaient d’ailleurs décidé d’en profiter pour faire la foire et la ville bruissait de cris de joie et de chansons.
Assise au bord du canal, le regard flottant dans le reflet des lumières du chemin de halage, Anaïs cherchait à comprendre ce qui au fond d’elle semblait la retenir en ce lieu. Sa rationalité était mise à mal par le sentiment diffus qui l’animait. Secouant la tête pour chasser ces idées dérangeantes elle aperçut Victor et lui fit signe.
Elle fut la première à rompre le silence dont ils étaient douillettement enveloppés.
– Ce n’est pas facile de parler de ma famille, l’autre jour je n’ai pas pu. D’abord parce que ma mère est décédée récemment au début de la pandémie…
Sa voix se perdit dans un léger sanglot vite étouffé. Victor n’osa rompre le charme de ce début de confidences par un témoignage de compassion, il attendit les mots suivants.
– Du côté de ma mère l’histoire familiale n’existe pas. En 1961 une terrible tempête a frappé la côte en Belgique, un ferry qui venait d’Angleterre a sombré en mer du Nord alors qu’il allait sur Zeebruges. Il y a eu beaucoup de victimes, et parmi les rescapés il y avait une petite fille de quelques mois, c’était ma mère. Pas moyen de retrouver ses parents, personne n’a pu dire qui elle était malgré les recherches. Après quelque temps elle a été adoptée par une famille flamande qui l’a nommée Elsie à cause du pendentif à son cou, seul héritage de son passé.
La grande main de Victor effleura le bras d’Anaïs et se posa en douceur sur les doigts froids et crispés de la jeune fille leur offrant un abri chaleureux. Le silence reprit sa place, maintenant habité de leurs deux respirations à l’unisson.

 

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