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Concert à la soue

C’est fou comme la communication fonctionne bien à la campagne : un vrai téléphone agraire géré essentiellement par les coqs. On pourrait en prendre de la graine ! Il nous en faut du matériel, à nous les hommes, pour s’entretenir avec nos congénères !

La famille – Cochons -Truies et compagnie – avait eu des échos concernant un apéritif aux champs, dans l’enclos des lamas de la ferme voisine. C’est ainsi qu’ils décidèrent d’organiser une soirée-concert, dans un soucis de ne pas copier, avec leurs amis Poules-et-Coqs.

La cheffe Truie avait tout organisé. D’une maniaquerie excessive, elle avait fait exécuter un petit panneau par le fermier. On pouvait lire à l’entrée de la soue « essuyez vous pattes avant d’entrer ». Elle connaissait les poules et leurs façons de gratter dans la boue pour chercher leurs vers de terre. Ses amies gallinacées n’allaient pas, tout de même, cochonner la paille fraîche de la soue !

Pour le buffet, elle avait réservé les plus jolies pommes de terre cuites au chaudron, bien calibrées.

Côté poulailler, on s’affairait : décrottage de pattes, lissage de crête et nettoyage de plumes.

Les coqs se dérouillaient la voix pour être au meilleur de leur forme pour le concert. Les poules avaient préparé une julienne d’épluchures, un mélange sucré-salé qui devrait faire son petit effet. On n’arrive pas les pattes vides lorsqu’on est invité !

Vers vingt heures, après s’être assuré que la chevillette (oui ! Un vieux souvenir!) avait été mise à la porte de la ferme, la famille Poules-et-Coqs, sur son trente-et-un, traversa la cour et s’essuya soigneusement les pattes à l’entrée de la soue. Elle ne savait pas lire mais connaissait la réputation de la cheffe.

Le concert pouvait commencer. Il avait été décidé qu’il se déroulerait sous forme de bœuf.

Les cochons entonnèrent les paroles avec leurs scronch scronch et marquèrent le rythme en frappant sur les gamelles. Les poules piaillaient en un moderato de fond sonore. Quant aux coqs, ils attendaient leur solo ! Tous savaient ici que leur chant ne devait pas être perturbé par un quelconque instrument autre que le leur. Bien campés sur leurs pattes, le cou étiré, la tête agitant leur crête, ils s’égosillaient à perdre haleine. Puis ils firent un signe indiquant que les chœurs pouvaient reprendre.

La soirée était réussie et le repas à marquer dans les annales de la soue.

Quelques jours plus tard, le facteur apportait un courrier recommandé à la ferme. Des citadins voisins portaient plainte pour tapage nocturne.

 

 

 

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