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Défilé de moustaches – suite

Monsieur Leroi n’était pas d’humeur à rester chez lui. En cette belle journée printanière qui naissait à peine, il se sentait l’humeur badine et vagabonde.
La routine attendra. Il lui fallait tester cette nouvelle vivacité qui animait ses sens. La vie jouait au sein de l’herbe heureuse. La nature avec son regain de sève et l’oiseau modulant sous le ciel le grand hymne d’amour, l’invitaient à la fête. Voilà le souvenir enivrant qui voltigeait jusqu’à lui faire perdre la raison.
Devant son miroir, il rajusta sa moustache frisottante des matins heureux. Il la voulait, pour l’occasion, plus sage, stylée et séductrice. Il s’apprêtait, fébrile, à conquérir le monde, sûr de son attribut pileux. Peu de femmes résistaient. Monsieur Leroi avait une technique toute particulière : contrairement à ceux qui adaptaient leur moustache à la personnalité qu’ils tentaient d’affirmer (en cachant une éventuelle timidité), lui, adaptait la sienne en fonction du type de femme qu’il voulait séduire, ce qui excluait toute monotonie en la matière.
Il s’installa à une terrasse de café. Commanda un thé. Observa .. Et comprit très vite son erreur. Sa moustache grand style n’était pas adaptée à la gente féminine présente, rieuse et délurée ! Il se dit soudain : j’aurais dû réviser mes classiques qui me permettaient de me mettre en condition, comme, par exemple, l’excellentissime texte de Mélanie Chaîne quand elle était au sommet de son art et que malheureusement aujourd’hui …
Il se leva, la moustache arrogante, déçu de sa journée et récita :

Défilé de moustaches

La moustache effrontée
Juste au-dessous du nez.
Et la victorieuse
Toute fière et flambeuse.
La folle négligée
Et celle parsemée
De l’ado qui espère
Ressembler à son père.
Celle de l’antarctique
Fleurie de stalactites.
La moustache arrogante
Durant les années trente.
La moustache soignée
Finement torsadée
Et celle grisonnante
Légère, attendrissante,
Comme celle du pépé
Celui qu’on a aimé.
Vieux grognard de cent ans
Dont la moustache pend
Comme les vieux drapeaux
Et couvert d’oripeaux.
Et la moustache fine
Un peu mièvre et mutine.
Et celle broussailleuse
Volontaire et fougueuse.
Celle-là qui frissonne
Au frais vent de l’automne.
Mais toutes elles chatouillent
Délicieusement.

Et sitôt régla sa consommation et partit, déconfit.

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