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Le libraire est seul. Sa librairie est plongée dans l’obscurité. Il est entouré de livres de toute taille et de toute couleur, mais tous paraissent vieux et poussiéreux. Ils sont posés les uns sur les autres, à la verticale, à l’horizontale, peu importe, pourvu qu’ils rentrent dans les rayonnages. Certains n’ont pas eu cette chance et forment des piles sur le sol. 

La librairie n’est certes pas lumineuse, ni même chaleureuse, et le libraire est quelque peu intimidant. Cependant, lorsque vous passez la porte, vous vous sentez bien. Ses livres inconnus sont autant d’histoires que vous n’avez pas encore découvertes et qui pourrait vous faire ressentir mille émotions. Vous ne savez pas par où commencer. Vous jetez un œil sur le libraire, au fond de sa boutique, mais il ne vous a pas remarqué, occupé à tourner lentement les pages d’un livre. Vous passez vos doigts sur les couvertures, déplaçant la poussière qui s’agglutine sous vos doigts. 

Vous en choisissez un au hasard. Son titre, Caroline Meyer, est formés de lettres d’or entrelacées. Vous vous demandez d’ailleurs si c’est bien le titre, car il n’y a que ces deux mots gravés dans la couverture rouge, ni auteur, ni maison d’édition. Vous le retournez, mais il n’y a pas de résumé. 

Vous le reposez et en choisissez un autre, vert impérial. Mais là encore, il n’y a que le titre doré formé d’un prénom, d’un nom et rien d’autre. 

Vous le laissez tomber sur une pile de livre, un nuage de poussière s’élève dans l’atmosphère acide, vous faisant éternuer. 

Surpris par le bruit, le libraire lève soudain les yeux au-dessus de ses lunettes en demi-lune. 

– Qui est là ? S’exclame-t-il. 

Sa peau est détendue par les années. Ses bajoues étirent ses lèvres vers le bas lui donnant constamment un air revêche. Des poils pointent sous sa peau grêlée. Ses longs cheveux gris se maintiennent seuls en l’air autour de sa calvitie. 

Vous hésitez et avancez assez pour qu’il vous voie, un aimable sourire aux lèvres. Il semble surpris de vous voir, néanmoins son visage semble se détendre. 

– Ah ! Je ne vous avais pas entendu entrer. 

Il descend de son tabouret et s’avance vers vous lentement, le dos courbé et les genoux fléchis. 

– Je peux vous aider ? 

Vous haussez les épaules. 

– Vous connaissez le principe de notre librairie, bien sûr ? 

Votre bouche s’ouvre, mais aucun son n’en sort, vous ne saviez pas que vous étiez dans une librairie spécialisée. 

– Non ? Vraiment ? 

Vous vous sentez rougir, mais le libraire semble ravi. 

– C’est rare d’avoir des clients qui entrent par simple curiosité. Ça faisait longtemps. Venez, suivez-moi. 

Vous partez à sa suite tandis qu’il traverse la librairie. Il arrive devant une petite porte en bois rongée par les mites. Elle lui résiste, grince, puis finit par s’ouvrir. Il vous fait signe d’entrer. La pièce dans laquelle vous venez de pénétrer est immense. Les murs font plusieurs mètres de haut et sont recouverts de livres. Bouche bée, la tête levée vers le ciel, vous ne remarquez pas le libraire qui vous contourne et continue d’avancer. Remarquant que vous ne le suivez pas, il se tourne et vous interpelle. Vous reprenez vos esprits et le rejoignez à une des tables de lecture qui occupent le centre de la pièce. 

– Ma librairie existe depuis une éternité. Ici, vous ne trouverez ni polars, ni romans, ni livres de cuisine. Nous entreposons les histoires des gens. 

Vous le regardez en fronçant les sourcils. Il sourit et s’explique : 

– Chaque livre relate l’histoire de chaque être humain qui a un jour parcouru la terre. 

Vous éclatez de rire, dubitatif. 

– Oui, je pense que cela m’aurait surpris si vous m’aviez cru. Souhaitez-vous une preuve ? 

Vous continuez de sourire, mais trouvez tout de même étrange que le libraire fasse durer la blague. Il fait rouler une longue échelle jusqu’au mur du fond, monte à mi-hauteur, cherche pendant quelques instants et redescend, un livre en main. Il s’approche de vous en souriant et vous montre la première de couverture. Incrédule, vous apercevez alors votre propre nom écrit en lettre d’or. 

– Aimeriez-vous que nous en lisions un passage ? Fait le libraire, les yeux écarquillés d’excitation. 

Sous le choc, vous ne répondez pas. Il continue : 

– Ce que je préfère, dans les livres, c’est la fin, pas vous ? Et si nous lisions le dernier chapitre ? 

Il ne vous voit pas secouer la tête. Tout cela commence à vous mettre mal à l’aise. Le dernier chapitre ? La fin ? Veut-il parler de votre fin à vous ? Votre mort est-elle vraiment écrite dans ce livre ? 

Son sourire et ses yeux s’agrandissent, sa respiration s’accélère. Vous ne pouvez vous empêcher de reculer d’un pas. Il passe lentement sa langue sur ses dents et commence sa lecture : 

– Dernier chapitre. Le libraire est seul. Sa librairie est plongée dans l’obscurité. Il est entouré de livres de toute taille et de toute couleur, mais tous paraissent vieux et poussiéreux. Ils sont posés les uns sur les autres, à la verticale, à l’horizontale, peu importe, pourvu qu’ils rentrent dans les rayonnages. Certains n’ont pas eu cette chance et forment des piles sur le sol. 

Vous froncez les sourcils. Le libraire redresse alors la tête et continu de lire, les yeux plongés dans les vôtres : 

– La librairie n’est certes pas lumineuse, ni même chaleureuse et le libraire est quelque peu intimidant… 

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