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Doudou, Patoche, Karla et les autres @gigi22

Doudou, c’est le fils de Wermer, le cordonnier. Il agresse tout le monde.
Patoche, c’est la fille de Karla, la dame qui fait monter les mossieurs.
Patoche aime Doudou, le coeur tout gonflé d’espoir et de vaillance.

– Doudou, j’t’aimmmme !…
– Quoi, quoi, quoi !… t’es conne ou quoi ?
– J’comprends pas !
– Et ben t’as qu’à réfléchir, pauvre fille !
– Mais Doudou, j’t’aimmmme ! Pourquoi t’es comme ça avec moi ?

La petite fille connaît son amoureux depuis la moyenne section de maternelle.
Lui, il est né au village.

Madame Wermer, l’institutrice, sent pas bon sous les bras.
Karla, c’est le contraire.

– Patoche est une salope ! Patoche est une salope !
– Snif, snif, snif !
– Tu vas pas t’mettre à pleurer, dis ?
– Snif, snif, snif !
– Y’en à marrrrrre !..

Karla dort encore. Sa journée à elle débute, sans compagnon de lit, sans bonnes causeries, quand la classe se termine.

– Bon, allez viens !
– Snif, snif, snif !
– T’as intérêt à te taire. J’supporte pas que tu chiales !
– Mais Doudou, t’es si méchant avec moi !
– Ben, c’est comme ça !
– J’tai montré ma foufounette. J’tai fait un bisou sur la tienne. J’comprends pas !

Le cordonnier termine sa journée de labeur bien avant que l’école ferme ses portes.
Toute la journée, il a veillé à ce que semelles, talons et coutures en tout genre soient irréprochables.
À seize heures sonnantes, il a rangé, scrupuleusement, ses marteaux de galochier à battre, à clouer, replacé l’enclume sur son grand établi.
Quelque peu excité, il ferme la boutique au rez-de-chaussée de l’appartement qu’il rejoint quatre à quatre par l’escalier en colimaçon.

– Sûr que ça m’a fait du bien !
– Alors, tu m’ aimmmmes ?
– J’te déteste !… Une grande baffe dans la gueule, c’est tout c’que tu mérites !
– Snif, snif, snif !
– Arrrrrêtes ! Tiens, tu l’as bien méritée !
– Oh ! Doudou, que je t’aime !

Karla sait qu’à seize heures quarante, elle a son premier client.
Dans sa chambre, toute fraîche d’un sommeil ignorant l’aurore, embaumée de senteurs envoûtantes, vêtue de soie et de cuir, elle
remet les petits coussins du lit en place, lave soigneusement la grande baignoire, rince l’éponge jusqu’à ce qu’elle ait dégorgée tout le liquide des jouissances de la vieille. Place, au carré de chaque table de nuit, bien en haut et à gauche du réveil, sex-toys lubrifiés,
capotes parfumées, prêts aux plaisirs, qu’elle a consciencieusement stérilisés, hier, tôt dans la soirée.

– J’veux pas que tu m’aimes !
– J’vais dire à ta mère que t’as mis quelque chose dans ma bouche !
– Ah ! nous y voilà !
– Quoi, quoi, nous y voilà ?
– Et ben moi, j’vais dire à ma mère que la tienne fait pareil avec mon père !

La cloche sonne. Il est seize heures trente.

Vingt heures tapantes :
L’institutrice rentre chez elle.
Le cordonnier douché, en charentaise et pyjama à rayures, lit la gazette du jour.
Karla accueille son troisième client.
Doudou et Patoche continuent à se disputer, assis côte à côte sur le rebord de la fontaine de la place du village.
Ils se sépareront, comme chaque soir, lorsque la lumière du jour disparaîtra totalement.
Doudou rentrera chez lui.
Patoche ira chez la voisine.

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