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C’est le dernier jour. La dernière fois, j’en ai bien peur. Nous en avions pourtant parlé de nombreuses fois, en imaginant le pire, en évoquant parfois une issue miraculeuse. Chacun y allait de son opinion, tentant de convaincre les autres, glissant des sous-entendus sur la prétendue véracité de l’inéluctable. Soupçonnés de complot mondial, les experts avaient été mis à mal par la presse et l’opinion publique…Mais tout le monde en parlait sans cesse. Tout le monde crevait de peur devant l’inexorable…Ce matin-là, au café du village, les vieux, les pauvres, les indigents, les hommes, les femmes, les adolescents et les enfants étaient tous réunis pour entendre la terrible nouvelle. Qu’allions-nous devenir ? Des siècles, que dis-je, des millénaires bercés par toi ! Coléreuse, haineuse, tendre, douce, rauque, éraillée, enrouée, rocailleuse, mélodieuse, grave, haut perchée, balbutiante, bégayante, babillante, susurrante, murmurante…Que d’aventures, de découverte, d’échanges, d’histoires, d’anecdotes, de rires à travers toi ! Nous avions cru que tu étais éternelle, mais rien ne l’est…Nous avions cru pouvoir t’utiliser à jamais, support inépuisable de nos pensées, media de nos esprits et de nos âmes, illustration de nos sentiments…Qu’allons-nous devenir ? Comment allons nous poursuivre ce chemin sans ta douce mélodie ? Dans la ville c’est le chaos. Les librairies, les grands magasins, les buralistes ont vendu tout leur stock de stylos et de papier. Tout le monde se rue sur les blocs-notes, les carnets, les post-it…

Car voici que la radio vient de l’annoncer…C’est la fin de la voix. L’humain perdra la parole dans les jours qui viennent. Chacun d’entre nous, petit à petit…cela prendra peu de temps tellement l’épidémie se répand rapidement. Une grande partie de la population est désormais muette. Nous avions espéré un vaccin, les scientifiques du monde entier y travaillaient depuis des mois maintenant. Nous ne les avons pas crus. Mais il n’y a pas d’issue. Personne ne sera épargné.

Nous avions cru pouvoir continuer à parler sans écouter ni entendre ce que le monde avait à nous dire. Nous avons bavassé, tergiversé, palabré, polémiqué, disserté, argumenté, menti, juré, mais sans jamais entendre ni apprendre.  Bercés par nos paroles égoïstes, nous n’avons rien vu venir, nous avons bien ri, nous avons ignoré, nous avons minimisé, nous avons chanté, maintenant écrivons !

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