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1.

Coralie est morte hier. Ce n’est pas une surprise, elle était vieille. Le soucis, c’est que des émanations commencent à s’échapper par dessous la porte. L’odeur inonde la cour petit à petit. Raymond ne semble pas capter ces effluves de vache crevée. Non, ce qui fâche le père, c’est que la bête gonflée encombre l’entrée. Il doit trouver le moyen de dégager le passage au plus vite.

Raymond est un reclus. Il a toujours prétendu ne pas avoir besoin de quiconque pour faire tourner sa ferme et nourrir sa famille. En retour, plus personne ne daigne venir en aide à cet ours mal léché.

Christian est inquiet. Le froid l’a incité à rester blotti plus tard dans le foin tiède. Ce n’est pas le meilleur jour pour être en retard.

Il jaillit du grenier et saute à pieds joints sur le toit du nichoir pour semer la panique dans la basse-cour. Depuis qu’il sait grimper à l’échelle, il couche au-dessus du poulailler. Il vit avec les volailles, pourtant, il ne les aime pas. Il les juge trop stupides.

Il termine les nœuds de ses lacets à la hâte, puis s’empresse de rejoindre l’entrée de la cuisine. L’aube éclaire à peine la ferme. Les hurlements de Raymond résonnent déjà, repris par l’écho de la vallée.

Christian a sept ans. Il ressemble à un échalas malgré son jeune âge. Il sera sans doute plus grand que son père. Pour le moment, il prend soin de baisser les yeux lorsqu’il fait face à Raymond. Il sait que le vieux considère tout regard appuyé comme une provocation.

Raymond, le patron, est un gaillard aux cheveux taillés en brosse que les années de travaux manuels ont rendu solide comme un chêne. Il est né dans cette cour souillée de bouses. Il ne la quitte qu’à de rares occasions, prétextant que le monde extérieur n’est peuplé que de bandits qui en veulent à sa fortune. De l’argent, il n’en possède guère plus que d’intelligence, toutefois sa brutalité écarte toute discussion. Il ne supporte guère la contradiction, le Raymond.

Le paysan, appuyé sur le chambranle de la porte, achève d’avaler son café sur le seuil de la cuisine. Il contemple le gamin comme s’il désirait le pourfendre du regard.

— T’as vu ta tête ? T’as encore passé la moitié de la nuit à lire les bouquins stupides que ta mère te donne derrière mon dos. Peut-être que vous pensiez que je ne m’en doutais pas. Tu t’imagines que ce sont ces niaiseries qui vont déposer à manger sur la table tous les jours.

— Mais p’pa, le coq est si vieux qu’il en oublie de chanter.

— Dépêche-toi de te mettre au boulot au lieu de te chercher des excuses. En plus, tu viendras m’aider à creuser le trou au bord du champ pour enfouir Coralie. Le boucher m’a promis de la tracter jusque-là avec son camion. Pas le temps de lambiner.

Après ces invectives, il attrape la bouteille de prune appuyée sur le rebord de la fenêtre pour s’en verser une nouvelle rasade. Chaque jour, la pendule demeure ainsi suspendue jusqu’à la dernière gorgée du breuvage. À partir de l’instant où sa tasse sera vide, il ne restera rien de moins qu’une heure avant que la brute soit saoule.

La mère, Germaine, elle aussi la tête basse et le regard fuyant, surveille son mari du coin de l’œil. Elle sait qu’après une série de pets dont tout le vallon pourra bénéficier, il s’absentera pour se soulager dans un coin de l’étable. C’est le signal qu’elle guette. Elle tendra alors à Christian la tartine beurrée qu’elle lui a préparée en cachette, un index sur les lèvres pour lui indiquer de surtout ne pas la remercier à haute voix.

Cela fait, elle s’empressera de retourner se réfugier dans sa cuisine. Christian, lui courra se dissimuler derrière la haie pour engloutir le pain frais avec gourmandise. Puis il commencera à ouvrir les portillons pour que les vaches entrent dans la salle de traite.

Sa minceur est impressionnante. Germaine retaille au mieux les vieilles salopettes de son père. Il flotte dedans tout de même. Certes, il est grand pour son âge, quoique sec et frêle comme un brin de paille. Son visage maigre laisse ressortir ses yeux sombres. Il fait peur à ses camarades de classe qui se moquent de lui en le surnommant « le squelette ».

En revanche, malgré sa jeunesse, le travail l’a déjà endurci. Ses muscles fins, tout en nerfs, peuvent exploser sans raison. Les quolibets des écoliers ne durent jamais très longtemps. Les punitions ne tardent pas non plus.

C’est un début de journée comme les autres. La brume reste fixée au-dessus des arbres de la forêt qu’un soleil pâle ne parvient pas à dissoudre. Le gamin graisse les pis des vaches en attendant que son père le rejoigne. Raymond entre dans la salle en rattachant ses bretelles, et l’haleine chargée, commence à tirer le lait.

Christian, la tête toujours baissée, ose la question qui le démange depuis ce matin :

— P’pa, tu me laisseras aller à l’école cette semaine ? La maîtresse a dit qu’elle nous ferait passer des tests afin de juger de nos capacités pour l’avenir. Elle prétend même que j’ai été très absent, mais que je pourrais peut-être accéder à la classe supérieure quand même.

Aussitôt, rien qu’au regard de son père, Christian comprit qu’il ne s’assisterait pas aux cours avant un bout de temps. Le ton de Raymond ne laissait pas de doute. Une gifle s’abattit, rata sa joue, le cueillit à l’oreille.

— Et toi, tu la crois ? On vous met vraiment des idées débiles dans le cerveau, à vous les gamins. Tu trouves que le labeur manque au point de pouvoir nous permettre ces fantaisies ?

Christian, les dents serrées, continuer à masser les mamelles. De toute manière, la classe de mademoiselle Bestille, il ne la côtoyait que par hasard, lorsque les services sociaux envoyaient des rappels à l’ordre à ses parents. De temps à autre, le maire se dérangeait en personne pour notifier à Raymond l’obligation que la loi prescrit : les jeunes doivent recevoir une instruction jusqu’à leurs seize ans. C’est la règle.

— Si tu t’entêtes à ignorer cette obligation, je me verrai contraint de placer ton fils dans un centre. Et bien sûr à tes frais, le menaçait-il.  

En d’autres circonstances, les histoires d’argent avaient un tel don de provoquer des colères noires chez Raymond, qu’il irait chercher le fusil suspendu au-dessus de la cheminée. Face au pouvoir de l’élu, il faisait bonne figure. Il promettait d’obéir. Dès lors, il expédiait le gosse à l’école du village.

Cela ne s’éternisait pas non plus, parce que Raymond devait s’acquitter du car et de la cantine. Juste le temps que les autorités se calment.

Le père aimait rappeler que ce n’est pas ce Jules Ferry qui l’aidera à rentrer les vaches pour les traire. Rien que pour cela, il ne méritait pas sa considération.

Raymond n’éprouve pas de sentiment. Dans son esprit étroit, c’est un truc réservé aux faibles. Il estime que nourrir ce rejeton, qui ne contribue pas à la bonne marche de la ferme, incarne déjà un énorme sacrifice.

 « Facile d’expliquer aux autres la conduite à suivre, quand ce n’est pas toi qui paies », grommelait-il au maire. 

Lui n’avait appris qu’à signer son nom. Il assurait que cette maîtrise de l’écriture suffisait amplement pour se confronter aux aléas de l’existence. Il considérait qu’il était la preuve vivante que la seule culture utile était celle de la pomme de terre.

Pour le reste, sa femme Germaine, qu’il surveille comme le lait sur le feu quand elle verse un verre à l’employé des postes, lui fait la lecture du rare courrier qui arrive à la ferme.

Pour achever de se tenir informé, le facteur, cet adversaire en uniforme (Raymond avait entendu dire que les préposés possédaient une queue frétillante), leur rapporte des nouvelles du reste du monde. Tant qu’une nouvelle guerre ne risqua pas de l’éloigner de son vallon, Raymond estimait que tout allait pour le mieux.

Enrichi de ces pensées lumineuses, il ne voyait pas quel intérêt le gamin tirerait à gaspiller ses semaines et son argent sur les bancs de l’école, au lieu de participer aux récoltes. Tout ce temps perdu à acquérir des connaissances qui ne serviraient jamais le révoltait.

 Il expliquait que le jour venu, une liaison avec une fille cultivée telle que sa Germaine, lui permettrait de s’en sortir sans problème. C’était l’unique occasion où cet esprit obtus dévoilait une once de respect pour sa femme. Sinon, il ne la considérait que comme un utérus qui arpentait sa cuisine et qui se devait de lui préparer ses repas sans faillir.

#

Germaine n’était pas née belle. La vie rude de la ferme n’avait rien arrangé. Jeune femme, elle avait à peine connu sa mère. Celle-ci était morte en mettant sa cadette au monde. Elle hérita de son rôle. Elle s’occupa de sa fratrie et sacrifia son existence au service des plus petits.

Et puis, au hasard d’un marché aux bestiaux, le père de Raymond tomba d’accord avec le sien. Les deux fermiers décidèrent de les marier.

La famille de Germaine était bien plus riche et la dot proposée bien maigre. Néanmoins, le patriarche voyait dans cette union l’occasion de se débarrasser d’une bouche à nourrir. Maintenant que ses autres enfants étaient grands, elle devenait inutile. Sans compter que la plus jeune se montrait plus docile…

Le règlement de l’affaire se traita au coin d’une table de chêne, à grands coups de godets tirés de bouteilles de prune trop fortes, de ces flacons qui ont le don de faire monter le ton et rosir les joues.

Les chefs de famille se tapèrent dans la main pour celer la tractation. Elle prépara son trousseau. Aux yeux de ces gens simples, les pactes verbaux ont autant de valeur que n’importe quel contrat de mariage.

La jeune femme revêtait le statut de serf au sein de son clan. Elle devint un ventre à enfanter en rejoignant celui de Raymond. La pauvre fille n’avait changé que de bourreau.

Poussant la radinerie à son paroxysme, les deux factions s’accordèrent pour ne pas offrir de cérémonie religieuse aux fiancés. À peine invitèrent-ils quelques voisins proches à boire un coup de rouge pour fêter les noces. Chaque sou économisé était bon à prendre. De toute façon, les promis ne s’aimaient pas.

#

Christian œuvre sans se plaindre dans ce milieu depuis qu’il sait marcher. D’ordinaire, dans le monde paysan, la naissance d’un garçon bénéficie d’un accueil bienveillant. Les mâles annoncent de futurs bras qui participeront plus tard aux corvées des champs.

Raymond, brutal, borné à l’extrême, est incapable de se rendre compte de cette chance. Il reste bloqué sur sa contrariété perpétuelle : l’obligation d’entretenir un enfant en bas âge, sans envisager une seconde qu’il devienne rentable un jour.

Sa crainte est que, si comme ses frères le gosse venait à périr avant de pouvoir travailler correctement, ce serait encore une fois de l’argent jeté par les fenêtres.

 Voilà pourquoi Christian ne jouissait pas de plus de considération que son meilleur ennemi, le vieux chien. Lui, la pauvre bête, dépérissait au bout d’une chaîne fixée à côté de la porte de la cuisine. Le père avait même raccourci le lien pour s’assurer qu’il n’arrive pas à fuir ses coups de pied.

Certes, quelques conflits engendrés par le manque de nourriture pouvaient éclater entre eux de temps à autre. Pourtant une solidarité était née entre l’enfant et l’animal. Les deux ères avaient conscience de poursuivre un but commun : esquiver au mieux les raclées et essayer de ne pas mourir trop tôt.

 

2.

 

 

 

 

 

 

Il doit avoir dix ans. C’est un jour de mauvais temps, une de ces journées où il a plu toute la nuit. Le soleil ne parvient pas à percer les nuages sombres.

Christian achève ses corvées. Après avoir terminé de ramasser les œufs, en gobant un ou deux au passage, il a mené à grand-peine le troupeau aux pâturages.

 Ses godillots sont restés plusieurs fois plantés dans la boue générée par le passage incessant des bêtes. Les génisses, d’humeur joueuse, ont pris un malin plaisir à se moquer de lui, refusant de suivre leurs mères. Même les coups de bâton ne les ramenaient pas dans le droit chemin. Le gamin était en butte à la colère.

La matinée est à peine à sa moitié qu’il sent déjà une grande fatigue le gagner. Les bâtiments qui se dessinent dans la brume en haut du sentier font renaitre des images. Ses souvenirs de la veille lui donnent envie de pleurer.

 

La soirée avait été éprouvante. Chaque muscle de son dos lui fait encore mal. Le père avait rapporté du foin en fin d’après-midi. Il avait exigé qu’il le rentre à l’abri de la grange. Le fourrage risquait de subir les averses qui menaçaient.

Ses bras menus ne lui permettaient pas d’exécuter la tâche à la vitesse d’un adulte. La besogne l’avait conduit jusque tard. Son travail enfin terminé, il revint vers la cuisine et tourna devant les croisées afin d’attirer l’attention de ses parents.

 

 Il était affamé. Inquiet aussi de ne pas trouver l’écuelle que sa mère lui posait d’habitude sur le rebord de la fenêtre. À force de passer et repasser pour qu’ils remarquent sa présence, Raymond sortit sur le seuil pour l’informer de sa récente décision.

— Puisque tu as tant tardé à finir ton ouvrage, il ne reste plus de quoi te donner à manger. Mets cette diète sur le compte de ta lenteur. Essaie de t’en souvenir à une prochaine occasion.

— Mais p’pa, c’est injuste. Même le chien a droit aux reliques de votre dîner alors qu’il ne fait rien.

— Sur ce point, tu n’as pas tort… nous allons rectifier cette erreur.

 

Raymond partit vers la grange. Il revint, une pelle au bout du bras. Il posa ensuite le pied sur la chaîne pour bloquer l’animal au plus près du mur.

— Regarde, Christian, pour que tu comprennes que tu ne dois pas discuter mes décisions.

— Non ! pas ça… pitié, hurla l’enfant.

 

Il leva l’outil à plusieurs reprises, jusqu’à ce que les plaintes de la pauvre bête cessent et que le silence redescende sur la cour.

— Façon, ce clébard m’énervait. Il ne savait qu’aboyer sans raison, surtout la nuit. Réjouis-toi, cette disparition t’évitera dorénavant d’avoir à partager les restes. Mais concernant ce soir, je ne changerai pas d’avis.

 

Christian s’était laissé tomber sur les pavés glacés en fermant les yeux de toutes ses forces, se bouchant les oreilles pour ne pas entendre les cris de son ami. Il demeura longtemps, étendu ainsi, à caresser le pelage sanguinolent de son compagnon d’infortune.

Pour une des premières fois de sa vie, il pleura jusqu’à ce que la fatigue l’assomme et que le froid le fasse claquer des dents.

Christian aimait beaucoup ce chien à qui l’on n’avait jamais donné de nom. On l’appelait « le chien », ce qui n’était pas injurieux puisqu’il en était un.

En hiver, le gamin se relevait parfois en pleine nuit. Sur la pointe des pieds, il venait détacher son compagnon pour qu’ils dorment ensemble, blottis l’un contre l’autre afin de se tenir chaud. L’animal lui léchait le visage pour le remercier, à moins que ce ne soit pour offrir à ce gosse l’affection qu’il ne recevait pas des hommes.

Christian comprit que Raymond ne l’avait pas exécuté parce qu’il faisait mal son boulot de gardien. Le but était que Christian n’est plus d’ami. La brute avait réalisé que l’animal lui apportait un peu de bonheur. Il ne le supportait pas.

Une grande colère l’emplissait à présent. Il ne pouvait pas l’exprimer pour le moment. Il se jura de se venger de cette cruauté, un jour ou l’autre.

 

Il traîna le cadavre pour l’enterrer derrière la maison, pas trop loin. Il se dit qu’une fois que les asticots et les fourmis auront achevé leur office, il récupérera le crâne et le conserverait près de sa paillasse. Il pourra toujours caresser le lugubre vestige de son copain lorsqu’il se sentira seul dans l’obscurité de son grenier glacial.

 

Épuisé, abruti de chagrin, il s’assit sur une grosse pierre pour se reposer un instant, tentant d’effacer les images de la scène terrible de la nuit.

Il aimait ce coin discret. Il observait les poules stupides, choisissant sa future victime. Sa mère, à coup sûr, lui demandera d’en égorger une pour le repas du dimanche. Elle avait découvert qu’il prenait du plaisir à leur tordre le cou avant de saigner les volatiles. Elle lui accordait volontiers ce privilège.

La disparition du chien lui offrirait au moins l’opportunité de terminer la carcasse sans avoir besoin de partager.

 

Il rêvassait sur son caillou préféré, agitant un bâton, le regard vide. Il frappait les poules qui passaient trop près pour les faire fuir et engloutissait les graines oubliées avec voracité.

 

Comme le tonnerre en été, des vociférations explosèrent et le sortirent de ses songes. Les cris venaient de la maison.

Se tordant le cou à travers la haie pour découvrir ce qui justifiait ces hurlements, il aperçut son père au milieu de la cour qui braillait son prénom. L’enfant n’y voyait là rien d’étonnant. Il n’avait pas souvenir d’avoir entendu ce rustre lui parler sans beugler, ne serait-ce qu’une fois. Avec sa mère, ils n’avaient droit qu’à des remontrances. Les insultes fusaient du matin au soir, sept jours sur sept. Les vaches et les cochons étaient mieux considérés, surtout qu’ils rapportaient quelque argent.

 

Christian sortit de son abri. Il approcha la tête basse, se préparant à recevoir une calotte pour ne pas avoir répondu assez vite. Il avança en se protégeant le visage, les bras levés au-dessus de la tête. Étonnamment, le vieux ne bougea pas.

 

Raymond, rouge de confusion et d’alcool mêlé, lui expliqua que la mère allait accoucher. Elle semblait se lamenter plus qu’à l’habitude.

À son avis, toute cette comédie n’était que des jérémiades de bonne femme. Néanmoins, il voulait que ces plaintes cessent. Il désirait que le médecin vienne la rassurer, en dépit du prix que l’intervention allait coûter. Christian devait aller le chercher d’urgence.

 Malgré sa pingrerie, il admettait que sa femme avait vieilli. Elle atteignait des âges peu conseillés pour enfanter. Elle lui avait déjà pondu deux mort-nés, même dans ses belles années. Cette fois encore, son état ne présageait rien de bon.

 

L’incident, auquel Christian ne comprenait pas grand-chose, le ravit. Ce n’était que dans les périodes difficiles que le tyran l’autorisait à quitter la ferme. Il pouvait alors utiliser un antique vélo qui végétait le long du mur de la grange. Le gamin courut pour s’en emparer, enfourcha le cycle, puis disparut sans attendre de plus amples explications.

 

Raymond, durant une fraction de seconde, sortit des brouillards de l’eau-de-vie et regarda le gosse s’éloigner sur la route. Christian était l’unique survivant de ses tentatives de procréation alcoolisées. Il réalisa à cet instant qu’il ne restera bientôt plus que lui pour assurer ses vieux jours.

 

L’enfant à naitre qui se présentait mal, Raymond se souvenait très bien des circonstances dans lesquelles il l’avait conçu. C’était sur la table de la cuisine.

En même temps, c’était là que se déroulait l’essentiel de ses activités. Ce jour-là, il se rappelait avoir surpris la mère à sourire au facteur lors du ballon de prune traditionnel. Il s’en était offusqué. Du coup, il avait décidé de lui remémorer qui était son maître. Le père ne connaissait que deux approches pour faire sentir sa désapprobation : les coups de pied ou le coït violent sur la toile cirée. La seconde méthode lui parut la plus souhaitable. La plupart du temps, il gardait l’autre technique pour son rejeton.

Concevoir que le ventre ravagé de Germaine ait pu féconder les vieilles graines du Raymond peut sembler difficile. C’était pourtant advenu.

 

La nature commet parfois des erreurs, preuve que Dieu ne peut se prétendre infaillible, ou que le malheur de ses sbires l’amuse. En tout cas, la mère était pleine et arrivait à terme. Or l’affaire tournait au drame.

 

 

 

 

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