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Je n’ai jamais aimé descendre à la cave, il y régnait une horrible odeur de pourriture. L’humidité, l’absence de ventilation et l’abondance de saletés périssables en étaient responsables. Chaque pas me coutait un effort mental prodigieux tant j’avais peur de glisser sur les marches usées et poisseuses et me retrouver gisant au bas de cet escalier sans force pour appeler au secours. La pauvre ampoule falote qui pendait au droit de l’entrée révélait, plus qu’elle ne dissipait, l’obscurité du lieu.

Pour conjurer l’angoisse qui me saisissait au moment d’ouvrir la petite porte vers l’antre maudit j’avais conclu une alliance indéfectible avec Lucile. Jamais je ne m’aventurais en ce lieu hostile propice à tous les cauchemars sans la douce chaleur de son pinceau de lumière. Elle avait le pouvoir magique de transformer ce que son faisceau touchait en absorbant dans son halo la noirceur du monde alentour. Grâce à elle les inquiétantes caisses de bois stockées au fond de la pièce devenaient possibles malles au trésor dont les ferrures jetaient de doux éclats, grâce à elle les sombres taches de vin, qui maculaient le sol sous les racks à bouteilles, quittaient leur livrée sanglante pour s’épanouir en fleurs d’hibiscus garance, grâce à elle l’enfant sensible et trouillarde se transformait en aventurière presque intrépide.

Aujourd’hui encore Lucile m’accompagne comme une amie, changeant de sac au gré de mes humeurs, et au-delà de mes pas d’adolescente la lampe de poche de mon enfance continue d’éclairer mon chemin comme une bonne fée dont la magie déploie l’imaginaire.

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