Hôtel de Passe

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  • #27069
    Sklaera
    Participant

    L’aveugle, ayant perdu son chien-guide, errait à tâtons, aidé de sa seule canne, dans une ville qui lui était étrangère.

    Croyant avoir enfin retrouvé son hébergement du soir, il entra dans un bar chelou et s’aperçut bien vite de sa bévue.

    Il commanda une bière et s’enquit à haute voix de son chemin.

    Un soiffard, pas plus finaud qu’il ne faut, lui indiqua un hôtel assez voisin.

    Rassuré, il finit paisiblement son demi dans le brouhaha ambiant et prit la sortie de ce trou de rats, ignorant les rires sournois.

    Ayant trouvé sans grande difficulté l’hôtel indiqué, il en poussa la porte pour entendre une voix rauque de tabac lui demander: “Salut beau gosse, ça te dirait une partie de galipettes dans la pièce d’à côté?”
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    #27070
    Sklaera
    Participant

    À vous de jouer, un “cadavre exquis” c’est génial.

     

    #27073
    melanie chaine
    Participant

    La tenancière, derrière son comptoir, n’était plus de la première jeunesse. Elle avait monté sa petite affaire, il y a une dizaine d’année, avec ses copines de l’époque, du temps de leur splendeur. Mais tout passe, et les beautés avaient fané. Gouailleuse et haute en couleur, elle alpaguait le client qui se faisait de plus en plus rare. Son hôtel vivotait avec les quelques habitués de l’époque qui tentaient de raviver les souvenirs de leur jeunesse.
    « Cet aveugle pourrait bien être l’occasion de redonner un peu d’activité aux filles. Sans faire de vilains jeux de mots, il ne serait pas très regardant ! » pensa-t-elle.
    – mets-toi donc à l’aise, on va faire un brin de causette dans le petit salon. Je vais appeler les filles. Ici, on ne fait pas de manières. Qu’est-ce que tu bois ? Un petit remontant ?Tu es tout pâlot ! C’est moi qui régale !
    Et, sans attendre de réponse, elle l’accompagna et l’installa dans un fauteuil de velours rouge un peu râpé par les ans. La pièce était plongée dans une douce lumière. Des spots éclairaient des gravures suggestives, ne laissant aucun doute sur l’activité des lieux. Dans un angle, un énorme bouquet de fleurs artificielles s’ennuyait …

    #28700
    Lillà Berger
    Participant

    Quand “les filles” déboulèrent enfin dans le petit salon, minaudant à qui mieux-mieux, Théodore, notre aveugle, avait déjà sifflé plusieurs coupes d’un mousseux plutôt douteux. Un peu pompette maintenant, il se félicita de l’erreur qui l’avait conduit ici, comptant bien passer un agréable moment aussi inespéré qu’inattendu en fort bonne compagnie. À sa place, d’autres auraient sans doute pris la fuite devant ces visages vieillissants couverts de fards bon marché et ces corps dont les atouts n’en étaient plus depuis longtemps, mais son handicap avait au moins le mérite de lui épargner cette vision. Au contraire, l’excitation qu’il percevait dans leurs voix l’émoustillait, les effluves capiteux des parfums dont elles s’étaient aspergées lui tournaient la tête, ajoutant à sa légère ivresse, et il se serait presque cru au paradis.

    Aussi étonnant que cela puisse paraître, la présence de ce nouveau client intimidait ces professionnelles endurcies. Il était plutôt jeune et assez bien de sa personne, rien à voir avec les sexagénaires bedonnants qui formaient maintenant leur cœur de cible. Elles voletaient autour de lui comme une nuée de midinettes, mais aucune ne parvenait à franchir le pas.

    Une dénommée Irina fut la plus hardie, qui vint lui susurrer une invitation pour le moins explicite à l’oreille. Au moment même où Théodore tendait une main gourmande vers sa nouvelle conquête, un énorme bouvier bernois fit irruption dans la pièce et fonça sur eux.

    — Hector ! Tu m’as retrouvé, s’écria l’aveugle…

    #28710

    — Hector ! Tu m’as retrouvé, s’écria l’aveugle, tendant les bras vers l’avant, paumes grandes ouvertes. Le fidèle compagnon ne put que se ridiculiser un peu en dérapant du train arrière pour stopper sa course folle. Il en heurta même le guéridon de pacotille qui portait le faux vase chinois qui contenait les fleurs en vrai plastique, et le monde bascula brutalement !

    Le vase était cassé. Les filles hurlaient, histériques. Le chien haletait et grognait, chimérique. Mais Théodore, lui, relativisait, stoïque. Sa main caressa l’oreille gauche d’Hector, qu’il souleva délicatement pour se porter ensuite du même mouvement, très lentement, à la position qui lui permit de murmurer à son ami : “Ne t’inquiète pas, tout va bien ici. Dis-moi plutôt comment cela s’est passé avec cette belle malinoise — si j’ai bien compris de ses aboiements — qui t’a rendu assez fou pour m’abandonner, tout à l’heure ? Vois-tu, mon fidèle compagnon, c’est notre soirée “malinoises”, je crois, à toi et moi. Là, calme, calme-toi, calme… Calme…”

    Le chien ne répondant point, les dames s’étant calmées, notre héros comprit très vite qu’il restait, pour un temps, seul en scène. Le silence s’était fait, il écrivait la pièce :
    — Savez-vous, mesdames, ce que me rappelle cette situation ? Vous allez trouver cela bizarre, mais regardez : je vivais à La Crau, pas très loin d’ici comme vous savez, et j’étais presque aveugle, enfin, pas tout à fait quoi… Mais j’avais réussi de me faire octroyer par les services sociaux, le service, justement, d’un auxiliaire de vie. Il aurait vocation à me faire la lecture ! Tout simplement…

    Là où cela s’était un peu compliqué, “à la malinoise” si vous me permettez cette expression bien de chez nous, c’est quand l’auxilaire devint une auxiliaire. Car alors, étant entendu que je choisissais les lectures, me vint à l’esprit que peut-être d’une pierre…

    #28734
    melanie chaine
    Participant

    – … me vint à l’esprit que, peut-être, d’une pierre deux coups, je pourrais mêler littérature et langage des sens pour postures en tous genres.
    Théo, émoustillé par les ‘’filles’’, s’étalait sur ses exploits amoureux avec la belle lectrice, qui, dans un élan de solidarité, disait-il, avait su aller bien au-delà de ses compétences d’auxiliaire de vie. Et Théo se perdait en moult détails croustillants, tout en se laissant cajoler par la pulpeuse Irina prête à lui offrir ses charmes et même lui accorder, gracieusement, quelques petits suppléments dont elle avait le secret.
    Dame Claude estimait que la soirée s’éternisait et craignait que son petit commerce ne se perdît en bavardages et marivaudages. Elle fit venir Robert, l’homme de la maison, gardien vertueux de ces dames, discrétion assurée, consolateur des mauvais jours et bricoleur, pour réparer les dégâts du vrai faux vase Ming.
    C’est alors que tout ce petit monde s’aperçut de la présence de l’homme, costume trois pièces et serviette en pécari, à demi caché entre le seuil et le porte-manteaux. Hector l’avait entraîné jusque là. Après un instant d’hésitation, l’homme avait poussé, avec une certaine réticence, la porte de ce lieu de perdition et se dit :
    – après tout ! Je ne fais que rendre ce chien à son maître ! L’occasion fait le larron ! Diantre !

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