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Elle passait le plus clair de la journée à la contemplation de la mer, dans une somnolence rêveuse, un peu triste, le soir je la voyais rentrer chez elle par le sentier des douaniers, sa longue tresse rythmant ses pas, elle était perdue dans ses songes et m’adressait un vague signe de la main. Elle habitait trois maisons plus loin, dans une vieille bâtisse pleine de charme qui avait à la fin du siècle dernier appartenu à la famille Rohmer. Les parents Rohmer et leurs trois enfants avaient, par un beau dimanche d’automne, pris la mer pour pique-niquer sur la petite île aux femmes qu’on distinguait lorsque le temps était clair. Je les vois encore dans leurs beaux habits de fête monter dans l’embarcation en bois. C’était un bateau stable et neuf construit sur le modèle des anciens sardiniers. Mais en fin de journée, la mer avait grossi, les vagues avaient pris du rythme et leur bateau s’est fracassé sur la barrière de rochers qui sépare l’île des zones de pêche. Au petit matin, on avait compté quatre silhouettes inertes sur le sable humide. Le corps du plus jeune des enfants n’avait jamais été retrouvé.
    Lorsque la jeune femme à la tresse me saluait de sa mélancolie vespérale je pensais à ce drame et me venait l’idée que la tristesse de la maison avait empli son corps et embrumé son esprit, qu’elle portait sans le savoir le poids dramatique de la disparition des anciens propriétaires. Comme si en achetant une maison maudite, elle avait pour le même prix accédé à l’infinie tristesse qui étendait sa chape sur toute la demeure.

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