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Écrire un récit avec haleiner, parégorique, sur un moine, avec un masque de zorro, dans un sentiment de légèreté.

En un monastère était un moine. Seul rescapé de son espèce.

Tous les autres avaient soit pris femme, soit homme, soit les deux, soit rien du tout, mais ils étaient tous partis.

Notre moine était donc seul, autant que le vers solitaire qui le faisait tant souffrir, mais qui lui conférait, cela dit, une minceur inouïe et inespérée, compte tenue de sa propension à s’enfiler filets mignons sur bœufs bourguignons, et bouillabaisses sur aligots.

Mais le moine était, il fallait bien l’avouer, bien triste. Son isolement, et ses lectures restreintes atrophiaient chaque jour un peu plus son noble esprit. Car il compulsait, avec force et fureur, sa très-sainte bible, tant et tant que chaque verset s’imprimait à l’encre noire sur sa pauvre cervelle esseulée de tout, sauf de Dieu.

Ses yeux alors entraient en frénésie folle, et, il devenait de plus en plus inconsolable.

Seule parégorique de sa dolence à ses yeux : la justice divine.

Oui, car, en ses sillons cérébelleux perturbés, naissait une idée, qui eut tôt fait de se grimer en obsession. La vengeance.

Il fallait se venger de ce siècle d’avanie, où l’on oublie les choses saintes, où l’on s’adonne à cet épicurisme sectaire et l’on renie le sacré !

Mais comment faire ?

Il ne réfléchit pas longtemps avant qu’une phrase catharsistique ne vint à ses oreilles : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Son œil se lumina et, sans plus attendre, il alla à l’autel, découpa la frange d’une étoffe, cisela deux trous et, une fois son ouvrage achevé, il se l’enfila au visage. Son loup de justice était fait.

Ce serait le zorro de Dieu.

Il s’alla ensuite au cimetière. La brume flottait dans l’air, et un mince filet de souffle s’haleinait de ses lèvres minces.

Il inspecta les croix, puis, à l’emplacement de feu l’abbé J…, se signa, avant que d’ôter de terre le crucifix géant. Le mettant à l’envers, la croix formait comme une épée. Il l’avait, son instrument de justice.

Alors, il se mit à rire comme un beau diable, et son rire se répercuta en tous endroits du lieu macabre ; un éclair s’échappa de l’Olympe et frappa l’épée qu’il élevait en l’air.

L’épée s’enflamma, de même que son rire.

Dieu était avec lui.

Le courage gonflé, il descendit au village, et l’on ne voyait que l’incandescence de son arme de fer.

Des hou ! hou ! hou ! mâles scandaient ses pas, comme issus des enfers, et ses yeux réverbéraient les braises du crucifix renversé.

Qu’allait-il donc faire ?

Il marchait, le long de la ruelle, qui était en quelque sorte, l’avenue de ce hameau. Les fenêtres des maisons, où tous s’étaient endormis, le miraient en silence, suivant son pas leste.

— Léger, je vais me sentir plus léger, se disait le moine, et sa main et son corps tremblaient d’excitation à cette idée.

Quelle folie allait-il donc faire ?…

Là, à la fontaine centrale, une petite fille contemplait le cygne sculpté rendant l’eau de quelques ruisseaux lointains.

— Une démone, je dois la rendre à Lucifer qui n’aurait jamais dû être.

Et, pressant le pas, le porteur de feu éleva son épée d’enfer.

La fillette se retourna, et son grand œil tout bleu se déposa sur le prêtre.

— Je me sentirai plus léger, exhala son rictus.

— Ma chérie ? Ma chérie, où es-tu ? chanta une douce voix lointaine, sûrement la mère de la fillette.

— Hou ! Hou ! Hou ! cadençaient alors les voix.

— Ma chérie ?

— Plus léger, susurra le moine.

— Hou ! Hou ! Hou !

La fillette contemplait la scène, comme en dehors. Le glouglou de l’eau seul ne semblait pas impacté par l’affaire.

— Ma chérie ?

Le prêtre se cramponna à son arme.

— Léger… Léger, après, je serai plus léger.

— Chérie ?

Hou ! Hou ! Hou ! Hou !

Le moine s’apprêta à abattre son arme, mais soudain, masquant les voix mystiques qui hantaient son esprit malade, une voix cristalline, fine et innocente parut, celle de l’enfant, qui lui dit : « Papa ? »

Le moine fut saisit.

— Que dis-tu ?

— Je dis papa, car tu es mon papa.

Le moine resta abruti, sans comprendre.

La mère de l’enfant se découvrit d’une venelle, et vint.

— Ah ! Vous êtes là tous les deux, je vous cherchais ! (Au moine.) Eh bien, tu en fais une tête, que t’arrive-t-il ?

— Mais… Mais… Quelle est cette folie ?… Je crois rêver.

— C’est exactement ce que je me disais. Bon, il ne fait pas chaud, rentrons mon amour.

Le moine papillonna des yeux, qu’il traîna au hasard autour de lui.

Le village, maintenant qu’il y pensait, était différent. Il avait quelque chose d’évanescent, d’irréel. Tout était cotonneux. Lui-même se sentait éthéré. Lorsqu’il s’arrêta à la fontaine au cygne, il vit ceci, écrit en lettres latines et capitales : LA VIE QUE J’AURAIS PU AVOIR, LA VIE QUE J’AI ?

Le moine lâcha son arme sans comprendre. L’épée tomba dans la fontaine et le feu se dissipa en fumée grisâtre avant de toucher le fond.

Il baissa le regard, vers l’eau onduleuse, et y vit comme une forme, une image.

Il se baissa, et l’image s’y précisa : c’était lui, enfin, son corps, mort d’épuisement à la table du scriptorium, dernier vestige d’un temps passé.

Il s’admira un moment, puis contempla sa famille, reconsidéra son ancien lui, sa famille, lui, sa famille, sans comprendre.

La fillette, alors, lâcha la main de sa mère pour prendre la sienne à lui, et, d’une voix enchantée, elle lui dit : « Viens. »

Alors le moine, sans trop saisir encore, la prit et la suivit, en disant un simple : « Oui. »

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