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Tout d’abord, veuillez accepter mes excuses pour cette tentative d’imposture. Aussi, je préfère d’emblée jouer la carte de la transparence et ne pas vous abuser, en vous révélant dès à présent que je suis la cousine, un peu moins noble, de la thèse de doctorat ès sciences. A vous, je me présente, je suis une thèse un peu singulière du système universitaire français, qui conclut les études de certaines professions de santé. On me nomme officiellement Thèse d’exercice. Ma rédactrice trouve que ce n’est pas un joli nom et qu’il manque de poésie. Elle m’a donc affublée d’un surnom éclopé, la parent thèse.
Depuis quelques minutes, elle caresse ma sobre couverture glacée, relit l’écriture standardisée de mon titre en lettres capitales, noires, posées sur un fond impersonnel lacté plus tout à fait immaculé, les années ayant laissé quelques traces. J’entends qu’elle peste contre mon titre insipide énoncé en ces termes « Contribution à… ». Ne me laissant pas le temps de finir l’intitulé des révélations, elle apostrophe mon ton impersonnel à voix haute : « Ce titre, il manque de rythme et de cadence ! Transformons-le en poème et qu’il nous livre une nouvelle symphonie ! »
Puis ses yeux parcourent le recto de haut en bas, et s’arrêtent sur quelques dénominations protocolaires, inscrites en gras : « Monsieur le Professeur », « Jury », « le grade ». Elle poursuit son monologue en rognonnant qu’elle regrette le formalisme de mon apparence, et qu’elle apprécierait que ma reliure soit émaillée d’une calligraphie singulière, de quelques éclats de couleurs et elle s’emporte : « Et pourquoi donc ne pas t’illuminer de graffitis?»
Elle me retourne et s’attarde sur les deux parties, qui se réfléchissent en échos étrangers. Deux titres, deux résumés et deux mots clés, l’un en français, l’autre en anglais. Mais, ce matin elle se dit que ce serait quand même plus amusant de recréer sur le verso un jeu des 7 différences en y glissant quelques erreurs judicieusement choisies. Parce qu’elle y croit, mon autrice, que le jeu est grande source de motivation et d’envies.
Elle m’effeuille et réordonne mes 101 pages. J’ai vieilli, je ne suis plus à jour et je me dois l’actualisation de mes connaissances. Elle pense qu’elle pourrait me retravailler, me parfaire et m’enrichir. M’embellir aussi. Et puis s’amuser et jouer en me recomposant. Je crois que madame rêve, en se fabriquant un fantasme improbable. Je reste interdite, au moment où elle s’esclaffe « Et si je te vulgarisais en roman? »

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