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Je suis un très beau berceau. J’ai été créé par Gustave, menuisier de son état, il y presque deux cent ans, pour sa douce, comme il appelait son épouse Rose. Lorsque celle-ci lui annonça qu’elle attendait un enfant, il avait décidé de faire à ce bébé le plus berceau que l’on jamais vu de mémoire de menuisier. Il en avait passé du temps, le soir après son travail, le dimanche, chaque fois qu’il avait un moment. Il me voulait parfait, suffisamment haut pour que Rose n’ait pas mal au dos lorsqu’elle prendrait l’enfant, qu’elle puisse le bercer sans problème tout en tenant son ouvrage. J’ai vu défiler pendant ma conception toutes les femmes avec enfant du village en grand secret, j’étais un cadeau pas un simple berceau. J’allais accueillir un petit bonhomme ou une petite princesse, fruit de l’amour de Gustave et de Rose, d’un bel amour comme on en voyait peu à l’époque. Ma nacelle est semblable aux coques de bateaux que fabriquait Gustave, je suis monté au centre des quatre pieds qui me maintiennent stable, il y a aussi une petite poignée sur le côté pour permettre à Rose de me faire balancer doucement, une capote en éclisse de châtaignier et tissu permet d’abriter le bébé du soleil, et un voile de coton est roulé tout autour d’elle que l’on peut dérouler et qui va jusqu’au pied de la nacelle toujours pour protéger l’enfant des insectes, des poussières. Gustave avait  sculpté ses initiales entrelacées avec celle de Rose. Je suis d’une belle couleur de merisier, miellée avec des reflets à peine plus foncés. Je fus garni d’un beau matelas de laine douce, et de draps blancs. Lorsque Gustave m’offrit à Rose elle en pleura  et se réfugia dans les bras de Gustave, ce jour j’ai surement vu le plus beau des baisers. J’ai accueilli tous les enfants de Gustave et de Rose, puis leurs petits-enfants, j’en ai vu passé des bébés. J’ai parfois été maltraité, reçu les coups de pieds des enfants, j’ai été relégué au grenier dans la maison devenue résidence secondaire, remplacé par des berceaux modernes plus tendance. Mais je suis toujours là dans mon grenier, protégé par une toile et une couche épaisse de poussière.  Tiens des bruits ….

  • Chéri qu’est-ce que tu fais, où es-tu ?
  • Au grenier, je déblaie un peu les vieilleries
  • Ok, n’oublie pas que l’on déjeune à midi
  • Oui mon cœur

L’homme est près de moi, je sens sa présence, j’ai un peu peur. La toile se soulève, l’homme a le visage tourné sur le côté, il éternue bruyamment, il ne me voit pas encore. Il est jeune, et tient mon destin entre ses mains. Il s’arrête, se baisse, caresse ma nacelle.

– Coline viens vite, dépêche-toi

J’entends une cavalcade dans l’escalier.

-qu’est-ce qui de  passe, tu es blessé ?

La main de l’homme est toujours posé sur moi, je vois la jeune femme, elle attend un enfant.

– Regarde,  ce que je viens de trouver pour le bébé

– Il est splendide, regarde il y a les initiales et une date, 1824 ; incroyable, il est aussi vieux que notre maison de famille

–  Il a peut-être accueilli les bébés de tes ancêtres

– Surement, descends- le vite. Une fois nettoyé, les tissus changés, il sera parfait  on le mettra dans le salon.

Mon cœur explose de joie, ce nouvel enfant,  cette nouvelle vie est aussi la mienne, je vais en prendre soin comme Gustave voulait que je le fasse.

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