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Une atmosphère poisseuse, des odeurs de graisses brûlées, la crasse et le vacarme emplissaient la taverne. Dans l’un des coins, assis à une table faiblement éclairée, un homme écrivait. Il était là, comme chaque soir, la tignasse en broussaille un peu grisonnante, le regard sombre, ses vêtements défraîchis. Je lui avais servi une soupe et un verre de vin. Très rarement, il s’autorisait un menu complet. Nous échangions peu de mots, le strict nécessaire ; et je me suis souvent demandé, sans jamais oser lui demander, pourquoi ce solitaire éprouvait le besoin de se fondre dans ce brouhaha qui le laissait imperturbable.

Son repas vite avalé, il se penchait sur son cahier et écrivait, indifférent à toutes les conversations des habitués. Rien ne semblait le distraire de sa tâche. Il levait parfois la tête, le regard perdu dans le vague, puis il recommençait à écrire sans relâche, comme une nécessité, jusqu’à la fermeture ; toujours le dernier à quitter les lieux, comme à regret, avec un bref « bonsoir », son cahier sous le bras. Je ressentais pour lui des sentiments contradictoires faits à la fois de sympathie et d’une sorte d’incompréhension face à son mutisme. Il m’était à la fois familier et étranger. Il m’intriguait et je rêvais qu’il pût, un jour, oublier son précieux cahier pour percer son mystère

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