• 4Minutes de lecture env.
  • 29Lectures récentes
9
(1)

Il était une fois un roi (on va dire qu’il était roi) qui avait trois fils (le pauvre aurait bien voulu avoir des filles, mais la vie est ainsi faite). Les noms de ces princes ? Peu importe. Nous les nommerons selon leur caractéristique. Ainsi, l’aîné était un téméraire de la pire espèce. Nous l’appellerons donc : le Téméraire.

Le second (des fils) était un être einsteinien, de ceux qu’on ne trouve qu’une fois au cours d’un siècle, c’était le Génie.

Le troisième et dernier (le cadet), était un rêveur fier, convaincu que le monde tournerait mieux suivant telle idée. Lui, c’était l’Idéaliste.

Or un beau jour, voilà-t’y pas que le bon papa mourut (une vie sans oméga 3, ça vous tue un honnête homme). Aussi les trois fils, qui étaient aussi les trois héritiers du trône, s’allèrent vite expédier bon papa dessous la terre des ancêtres, et coururent au notaire, Maître X…, lui demander l’oseille.

— D’où qu’il est l’oseille ?

Maître X…, alors, d’un geste impérieux, ouvrit l’un des tiroirs à son bureau, sortit un brin de polygonacée, et le déposa humblement sur la table.

— Keskséksa ? demanda dubitativement le Téméraire.

— L’oseille demandée.

— Et qu’est-ce que vous voulez qu’on en fasse, de votre oseille ?

— C’est ce que vous vouliez, non ?

— Nan. Nous, on voulait le grisbi, la thune, la rondelle, bref, aboule le blé, et en vitesse !

— Ça tombe bien, fit le notaire, j’ai un épi qui traîne ici dans ce tiroir.

Et il déposa un épi de blé près du brin d’oseille.

Les trois frères louchèrent dessus en s’arqueboutant, avant de se redresser.

— Vous vous fichez de nous ?

— Point du tout. Il est dit, dans ce testament, que vous devrez donner vie à un champ de blé et d’oseille. Celui qui aura le plus gros champ emportera la couronne, et du même coup, les richesses (en pièces sonnantes et trébuchantes cette fois).

Il ne se le fit pas répéter deux fois.

Aussitôt, le Téméraire, qui réfléchissait toujours après coup (pour peu qu’il sache) courut au champ sans prendre rien des végétaux.

Ne restaient plus que le Génie et l’Idéaliste. L’Idéaliste avait dans l’idée qu’un champ de blé serait autrement plus doré qu’un champ d’oseille, mais que l’oseille serait plus odoriférant. Aussi ne savait-il trancher entre les deux, désirant ardemment qu’un véritable jardin d’éden sortît de la terre, et que lui, idéalement, en devînt en quelque sorte l’yahvé.

Le Génie, quant à lui, prit l’oseille, dont il savait qu’elle pousserait fort vite avec peu de moyen.

Il s’alla dehors, dépassa le champ que creusait inlassablement le Téméraire, à force de pioches, de pelles, de bêches… Il y allait même avec les mains puis avec les dents, croyant ainsi faire naître des profondeurs de Mère Nature, la verdeur tant souhaitée.

Le Génie sourit sous cape, alla à un champ qu’il jugea fertile, creusa un petit trou, mit une graine dedans, referma le petit trou, alla creuser un autre petit trou, mit dedans une autre graine, etc. etc.

Trois mois passèrent.

L’Idéaliste était toujours au bureau du notaire. Il avait chipé au bon homme de loi des feuillets et des plumes, et s’acharnait à produire la théorie d’un jardin idyllique et parfait, hélas en vain.

Il avait toujours quelque chose à reprocher à ses productions.

Le Téméraire, lui, était toujours en train de creuser. Il avait tant et tant creusé qu’il avait accédé à des sortes de lieux étranges, aux créatures bizarres. Il avait parcouru des tunnels profonds, des cercles de damnés. Un beau jour même, au plein centre de la terre, parmi les fournaises et brasiers ardents, il avait pu saluer un être sur un trône, qui l’avait regardé avec de grands yeux ronds.

— Je ne fais que passer, avait alors dit le Téméraire, entre deux ahanements.

Puis il avait poursuivi son ouvrage, creusant au-delà.

Dans quelques mois, il parviendrait en terres australes.

Quant au Génie, son champ, assez petit, était pourtant, il fallait le reconnaître, le plus beau, le plus grand.

C’est donc à lui que revint la couronne, ainsi que les royales richesses.

Moralité, ne pas foncer la tête trop basse ni trop élevée, voilà le secret du progrès !

Moyenne obtenue : 9 / 10. Nombre de votes : 1

Soyez le-la premier-ère à exprimer votre ressenti !

Partager ?

4
0
L'auteur-trice aimerait avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x