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Posée négligemment sur l’établi de l’oncle Anatole, à côté de la pince à pointe droite spéciale, je revois avec nostalgie les jours agréables ou Pauline m’appelait « Lolita ». La petite fille alors âgée de dix ans avait hérité de la belle collection philatélique de sa tante Jeanne. Elle ne passait pas une semaine sans me caresser, me serrer, me cajoler pour apprécier de plus près les dentelures des timbres qu’elle venait d’acheter. J’étais juste adaptée à sa main fine et m’appliquais à lui monter, en cinq fois plus larges, les images et couleurs de ces personnages, monuments, fleurs et animaux : il lui fallait distinguer des différences si minuscules. J’étais fière de ne pas déformer les lignes et détails importants (même si je m’interrogeais régulièrement sur l’utilité de ces différences infimes). Imaginez-vous qu’elle m’avait même donné un prénom « Lolita » ! Ridicule me direz-vous ? Mais mes oreilles arrondies et ciselées élégamment sur le bord de ma grande fenêtre s’étaient habituées au fil des années… Un jour, la petite fille a déposé à côté de moi une de mes cousines. Elle me semblait énorme éclairée sur un support articulé ! Un an plus tard une parente a pris place sur la table du salon encore plus grosse « numérique » m’a indiqué la fillette. Comme je les détestais : elles prenaient ma place et me volaient Pauline ! Je me suis battue de toutes mes forces pour pousser mes concurrentes au sol et garder ma place de favorite. J’entends encore et encore la voix suave de la petite fille me dire « Viens aujourd’hui j’ai besoin de tes éclaircissements sur la série de timbres de ces personnages célèbres ci, de ces fleurs-là ou de ces musiciens ou peintres ». Malgré mes protestations indignées, à Noël, Pauline m’a présenté une énorme loupe qui gesticulait dans tous les sens avec ses pieds de danseuse ! La petite fille m’a annoncé sans ménagement : « Lolita tu es trop vieille tu comprends : j’ai besoin d’un grossissement plus important pour mes timbres. Je viens d’acheter « Beldona ». Avec elle, je pourrais changer ses lentilles, sa tête et ses bras articulés seront pratiques et sa fonction visualiseur est indispensable pour moi ».
Je n’en crus pas mes oreilles ! Depuis ce jour maudit, j’ai été reléguée au fond du garage : mon manche s’est décoloré et je n’entends plus arriver oncle Anatole dans la pièce !

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