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Jamais, vous entendez, jamais je n’aurai imaginé être has-been… Jamais, jamais, je n’aurai imaginé qui me rende inutile. J’étais l’apothéose de la révolution hygiénique et me voilà tomber de mon piédestal pour être moins bien traité qu’une lavette. Oublié je suis refoulé au fond d’un placard. Comment ne pas déprimé ? Comment ne pas être rempli de désespoir ? Comment ne pas en vouloir à la terre entière et être rempli de colère ?

Avant, j’étais rempli de mousse au parfum de fleurs. Tous les matins, parfois même certains soirs, je voyageais dans des champs de lavande ou de rose. Je suis même allé encore plus loin, dans les pays du Maghreb. J’aimais entendre le réveil. Il annonçait l’heure de mon entrée en scène. Le ruisseau chantant, une main me serrant doucement… Vous n’imaginez même pas la sensualité de ce premier contact qui me faisait frémir de désir. Je ne savais jamais si je profiterai du savon qui viendrai glisser sur moi, dans un va et vient excitant ou si je sentirai ce savon se laisser couler en moi. Les deux m’apportaient un plaisir différent mais tout aussi intense. Alors je commençais à danser au rythme de la chanson du jour. Parfois une fausse note mais peu m’importait. La joie et l’enthousiasme étaient mon essentiel. Nous n’étions que tous les deux, personne pour venir nous déranger. Jusqu’à cet après-midi de printemps, ma main a posé à côté de moi un truc tout hirsute d’une couleur tellement vive, que ça flashait dans mon temple du pastel. Nous nous sommes arrangés tant bien que mal à se supporter toute la journée. J’ai surmonté cette épreuve en me raccrochant au matin qui allait venir et ce moment où je m’éloignerai de cette toile rugueuse et collante.

Vous ne pouvez imaginer mon désarroi lorsque ma main m’a poussé de côté, limite à m’ignorer, pour venir se saisir de cette chose trouée et rêche. Un véritable bore-out. Je me suis tout recroquevillé, enfermé, desséché.

Je sens bien que je suis sec comme le foin après la canicule. Je suis aigri et rugueux. Ne vous m’éprenez pas, je sais que j’en suis responsable. Si j’avais su conserver mon moelleux, ma douceur, ma tendresse, mo amour pour la peau et mon envie de la toucher, je serais toujours son préféré. Mais, j’ignorais qu’il me fallait entretenir cette relation intime. J’ignorais que la vie pouvait ainsi basculer sans prévenir parce qu’on pensait que tout était acquis. Si c’était à refaire, je resterai vigilant, chaque jour, à toujours donner de la douceur, de l’attention, à entretenir l’amour et le contact de ce peau à peau. J’aurais évité de me dessécher et me durcir, pensant que c’était la solution. Le punir de me prendre sans même me regarder. Une forme de chantage dont je suis le perdant. Si je l’ignorais, maintenant, bien à mes dépens, je le sais et je pleure ma vie d’avant. J’en suis le seul responsable, je n’ai pas su évoluer pour continuer à être aimé. Je n’étais qu’un gant de toilette, elle une fleur.

 

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