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Mariage pluvieux, mariage heureux

Depuis ce matin, nous étions mari et femme.  Tard dans la nuit, nous nous sommes éclipsés de la fête pour notre grand départ, heureux mais épuisés par cette journée. Nous avions une quarantaine de kilomètres à faire pour rejoindre la chambre qui aurait dû abriter nos émois.
A mi-parcours, notre vaillante petite deux-chevaux se mit à tousser et refusa tout net d’effectuer le moindre tour de roue ; panne en pleine campagne, loin de toute âme qui vive, tous feux éteints.
Dans un élan d’optimisme, je pensai “Mauvais rôle a besoin d’être bien joué”. Je me mis à tournoyer, heureuse, pieds nus, au milieu de cette petite route, dans ma robe de mariée, seule tache immaculée dans cette nuit sans lune, enveloppée de tulle flottant dans le vent. J’étais devenu l’héroïne d’un film jouant la fameuse scène mythique, qui serait immortalisée à tout jamais dans les arts cinématographiques. Je virevoltais, je riais, je prenais des poses de star. J’étais libre. Libre ? Non ! Celui à qui j’avais dit deux fois « oui » quelques heures auparavant restait raide, pâle et sans voix à côté de cette petite Citroën grisâtre et capricieuse.

Je n’ai jamais pensé qu’il aurait pu être l’auteur du « coup de la panne », mais je compris à cet instant précis que j’allais partager mon quotidien avec un homme, qui, malgré des qualités que j’avais pu déceler (mais non encore testées …), était dépourvu d’un moindre iota de sens de l’humour. Me voir en train de faire la folle, au milieu de nulle part, dépassait totalement son entendement. Avait-il peur que je me donne en spectacle ? Mais, dans ce désert champêtre, quels auraient pu être les heureux bénéficiaires de cette fameuse et inoubliable représentation ? Une chouette curieuse, un goret lubrique ou un lapin insomniaque auraient pu nous surprendre et ternir notre réputation ?
Pour distraire mon compagnon, je changeai de stratégie. Je me fis douce, aimante, un brin provocante. J’avançai vers lui dans une démarche lascive, arrachant d’un geste théâtral mon voile, puis retroussant légèrement ma robe, je me blottit contre lui. J’imaginai une nuit de noce dans des parfums d’herbe fraîche. Nos soupirs se mêleraient aux hululements de notre chouette curieuse jusqu’au petit matin et les arbres seraient complices. Tentatives inutiles ! Mon futur ex-mari restait de marbre comme un objet oublié par l’accessoiriste après le tournage de mon film.
Puisque personne ne voulait jouer, presque déçue d’avoir quitté la noce … je commençais à m’ennuyer. Après un long moment, très loin sur la route, deux phares avançaient.

J’adoptai une attitude d’auto-stoppeuse. La voiture arriva à notre niveau et s’arrêta. L’obscurité profonde ne permettait pas de distinguer le conducteur. J’entendis : « alors ma petite dame, vous avez un problème ? ». C’était mon cousin préféré qui bondit et m’embrassa avec une explosion de rire devant notre fâcheuse aventure ! Mon sauveur !
Il réussit à faire redémarrer la voiture mais pas à dérider l’homme de marbre. La fête était finie.
Quelques mois plus tard, nous apprenions que mon fameux cousin farceur avait siphonné notre réservoir. Et bien plus tard encore, le temps altéra nos ardentes amours.
Il n’avait pas plu ce jour-là …

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