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Je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

 

Je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

Je n’en finis pas de m’effeuiller, enfin, de me dépoussiérer. Pourtant je n’arrive toujours pas à savoir comment je peux m’aimer ! Il faut dire, que je peux être mis au placard tout en étant plus qu’utile. Être celui qui rappelle qu’il y a de la poussière et du ménage à faire tout en étant celui avec lequel il est possible de faire « du propre ».

Vivre le nez dans la poussière, se faire secouer comme un bananier et coller au placard. Il y a vraiment toutes les raisons pour broyer du noir.

Mais à côté de ça, de superbes moments de vie. Par exemple, le matin après le petit-déjeuner. Quand j’entends : « Allez, oust. Du balai. Tout le monde dehors. » Et moi, moi le balai, je suis le seul à être autorisé à rester avec la maîtresse de maison. Nous avons notre rituel. L’un comme l’autre, nous savons exactement ce que nous avons à faire. Elle choisit la musique, toujours entraînante, pleine de gaieté, de joie et de bonne humeur pour m’entraîner dans une danse endiablée. Tous les pas de deux y passent pour balayer large. Des mouvements amples et fluides, une valse à trois temps et en quatre temps, trois mouvements, le ménage est fini. Un vrai bonheur que de sentir le plaisir de la maîtresse de maison. Et ce ! Grâce à moi.

Et je ne vous parle pas de ce matin-là. Un matin comme beaucoup de balais aimeraient en vivre mais que peu, très peu, très très peu, ont vécu. Moi, je fais parti des heureux élus. Je vous raconte. Il faisait encore sombre ce matin-là, aucune lumière ne filtrait sous la porte de mon placard ; enfin, de notre placard avec aspirateur et serpillère. Il faut dire que la veille, nous avions reçu. Je venais d’être réveillé par le téléphone et tendais l’oreille pour m’informer de la raison de cet appel matinal.

« oui, d’accord… Je vais regarder. Ne t’inquiète pas, je ne passe pas l’aspirateur. Je te rappelle plus tard ».

À peine le téléphone raccroché que la lumière inonde notre placard, une main m’agrippe et me sors plus efficacement du sommeil qu’un seau d’eau froide. Aucune musique, aucun pas de deux langoureux. À la place, un entraînement de hockey sur parquet. L’horreur. Je passe et repasse, sous le canapé, sous le buffet, sous le tapis, des poussières, des miettes, un caillou, certes transparent mais caillou quand même. Et là, arrêt sur image. Tout s’arrête ! à la place de la brutalité de ces va-et-vient incessants retournement de situation. Enfin, c’est moi qui suis tout retourné avec la tête au pied et cet œil inquisiteur, qui me regarde, m’ausculte, me fouille, me chatouille pour entendre hurler « je l’ai ».

Deux doigts viennent retirer de mes poils le caillou transparent comme si c’était une pierre précieuse. Et pourquoi pas un diamant aussi. « Allô, ma chérie. Je l’ai retrouvé ton solitaire. Tu vois, un coup de balai suffisait ». J’ai compris que moi, le balai, avait réussi cet exploit d’avoir découvert un diamant.

Dans ces moments de vie, je m’aime passionnément, mais le plus souvent, je ne m’aime pas du tout, je suis lucide avec moi-même, je ne suis qu’un ramasseur de poussière alors que je rêve d’être un ballet.

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