AlgoMuse Éditeur associatif
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Qui a tué Monsieur Blanche ?

l’hiver est bien avancé . Il pleut depuis une semaine et ce n’est pas aujourd’hui que Gabriel va pouvoir mettre le nez dehors.

Pour se dégourdir les jambes il fait un petit footing autour de la table du salon. Être confiné ce n’est déjà pas gai , si en plus il faut se rouiller….

Il est de méchante humeur. Il maugrée devant sa tasse de café qui est trop chaude. Il souffle, il s’essouffle, il se brûle les lèvres. Il va falloir qu’il se ressaisisse sinon il va faire passer une journée exécrable à son entourage.

La radio est allumée.

Comme d’habitude il n’est question que de politique, de Covid, de décès, de mouvements sociaux et autres. Un flot ininterrompu de nouvelles toutes plus tristes et banales les unes que les autres. Les journalistes sont prolixes. Aujourd’hui, Il faut « faire le buzz », il faut être le premier.

Toutefois son attention est attirée par la nouvelle suivante : 

»un individu a été retrouvé égorgé dans une mansarde, sous les toits, un téléphone a été retrouvé, posé sur le sol . La victime était connue dans le milieu de la nuit parisienne. Il a été découvert par son voisin de pallier qui avait remarqué que la porte de la chambre était entr’ouverte. La police a ouvert une enquête. D’après les premiers éléments, il s’agirait d’un règlement de compte entre caïds trafiquants de drogue ».

Après avoir entendu cette information, il se dit j’aurais aimé être policier. Enquêter, fouiller dans la vie des autres, cuisiner un suspect, je suis sur que j’y aurais pris du plaisir. Il ironise, souhaite bon courage à ces messieurs les policiers qui, mystérieusement, paradoxalement, ne lui inspirent pas de sympathie, il est rebelle et il en a conscience.

Ce matin, de nombreux auditeurs auront de quoi discuter devant la machine à café.

Trois semaines se sont écoulées, de l’eau a coulé sous les ponts comme disait ma grand-mère. Gabriel relève son courrier. et découvre une convocation du commissariat du X-ième arrondissement. Que lui veulent ces braves gens ?

Nous somme le 1er Avril et ce n’est pas un poisson.

Il pleut, il fait gris, tout lui paraît triste, il est pensif, et se rends à la convocation, des idées plein la tête.

Arrivé au commissariat, un officier de police judiciaire l’accueille et le conduit dans un bureau où un de ses collègues est déjà installé.

« Asseyez-vous ! »

L’interrogatoire commence immédiatement.

« Identité, situation de famille, profession, adresse ! »

Une rafale de questions lui tombe dessus.

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Il s’exécute et attends.
« Connaissez-vous monsieur Jules Blanche ? »

Monsieur BLANCHE?

Il fouille sa mémoire. « je ne connais pas cette personne. Ce nom ne me dit rien. »

L’officier de police reprend la parole et déclare : « cette personne a été assassinée dans une mansarde sous les toits, et nous avons trouvé votre nom et votre numéro de téléphone dans son répertoire téléphonique. Vous êtes entré en relations avec lui le 29 février dernier. »

« Êtes vous bien sur de ne pas connaître ce monsieur ? Prenez votre temps, réfléchissez bien !

Il se concentre, il fouille et refouille sa mémoire. Panique à bord, poussé d’adrénaline, son cerveau ne répond plus.

«Blanche, vous dites ? Ce nom ne me dit vraiment rien.

« Désolé, je ne connais pas ce monsieur Jules Blanche. »

« Nous avons communiqué le 29 février , dites-vous? « 

« Oui, le 29 février »

Il se concentre de nouveau, refouille, « rerefouille » « rererefouille » les tréfonds de sa mémoire. » et commence à paniquer.

Il respire profondément comme il a appris sur un tuto de youtube. Il rassemble ses souvenirs. Rien ne vient. Il ne sait plus où il est, perd la notion du temps quand tout à coup, il a une fulgurance. Il prend une grande bouffée d’air et se met à parler : le 29 février, mais c’est bien sûr ! (vous vous rappelez «  LES CINQ DERNIÈRES MINUTES ») Maintenant je me souviens et d’un seul trait il déclare : « la veille, le 28 février, je roulais sur les grands boulevards, un cabriolet rouge stationnait en double file, un danger public, un bouchon monstre s’était formé. Lorsque je suis arrivé à la hauteur du véhicule, j’ai été doublé par une trottinette, j’ai été déporté sur la droite, j’ai rayé l’aile.

Au crissement, un homme est sorti furieux d’un immeuble. Pas très sympathique à première vue. Il était bizarrement vêtu, on aurait dit un dandy de film de gangsters. J’avoue, j’ai eu une frayeur, son visage était crispé. J’ai hésité à sortir de mon véhicule, il avait une main dans la poche intérieure de sa veste. Je suis sorti précautionneusement de ma voiture et je me suis dit, s’il me cherche il va me trouver tout en lui signifiant immédiatement, par un sourire, que je souhaitais dialoguer. Je suis mes gardes. Je lui explique que je me rends à un rendez-vous chez mon médecin. Je suis très très en retard, et je souhaite que nous établissions le constat, un peut plus tard, dans un endroit calme et à tête reposée. Au départ il n’est pas très sensible à ma requête. Il m’en veut, ça se lit sur son visage. J’argumente et il fini par accepter. Nous convenons de nous rencontrer le lendemain. Nous échangeons nos noms et nos numéros de téléphone pour fixer l’heure et le lieu.

Le lendemain, 29 février, j’ai pris contact, comme convenu, avec ce monsieur.

Le constat rempli nous l’avons envoyé à nos assurances respectives. Depuis je n’ai plus jamais entendu parler de Monsieur BLANCHE.

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J’ai supprimé son numéro de mon répertoire téléphonique. Il tend son i-phone, tenez, vous pouvez vérifier. Je ne vois pas ce que je peux dire de plus. »

Son interlocuteur est silencieux. Il est sceptique, il le scrute, le fixe au fond des yeux. Il se tourne vers son collègue, balbutiements, regard inquisiteur.

Gabriel est inquiet. Il tend l’oreille, Il essaie d’entendre ce qu’ils se disent ce qu’ils échafaudent. Il n’est pas rassuré.

Je ne connaissais pas ce Monsieur BLANCHE ni ses activités. Je le jure et pourquoi je commence à doute ?. Tu n’as rien fait, tu n’as rien fait, il essaie de se convaincre. Est-ce que j’ai été assez clair assez persuasif dans mes explications ?

L’enquêteur se retourne vers lui. Il reste un long moment silencieux, une éternité……..

« pas d’insultes, pas d’affrontement, tout c’est passé dans le calme ?» Vous me confirmez  » Vous êtes certain ?

Je confirme.

« Votre véhicule a-t-il un G.P.S ? »

Je confirme.

Que signifie cette question ?

« Avez-vous des relations dans le milieu parisien ? »

« non bien sur.

Dans le passé, avez-vous déjà eu des altercations ?

« Non jamais. »

Silence à nouveau, un ange passe. Sa tête va éclater.

Quels sont vos passe-temps. Qui fréquentait vous en général? Vous êtes marié. Vous avez des enfants. Êtes vous plutôt patient ?

Un flot continu de questions arrive. Il est noyé sous cette vague.

Il n’a pas l’intention de me lâcher. A ses yeux je suis suspect aucun doute.

Son attitude a changé, son ton est sec, incisif, de suspect à coupable il n’y qu’un pas et il est convaincu qu’il l’a franchi. Il plisse les yeux, il a un petit sourire aux coins des lèvres.

Gabriel attend, espère. Il pense à la garde à vue. Il n’a pas dit au revoir à sa famille. Je n’ai pas tué. Pourvu qu’il me croit.

Il a perdu la notion du temps. Il prie. Il cherche comment il pourrait les convaincre qu’il est innocent et au moment où il commence à désespérer où il voit son avenir au plus sombre, le silence est rompu : « nous allons prendre le temps et vérifier vos déclarations et pour cela vous allez rester à notre disposition. Relisez et signez votre déclaration, vous êtes libre. Nous reprendrons contact »

Libre, rester à leur disposition, mais je suis innocent !!!!!!!!!!

Il signe sa déposition. Il sort du commissariat soulagé. Il ne s’est jamais senti aussi léger. C’est beau la liberté.

Quelle histoire ! Il prend une longue inspiration. Merci monsieur BLANCHE, grâce à vous je viens de vivre une situation que dans mes rêves les plus fous je n’aurais imaginée, si j’avais pu éviter de vous rencontrer. Je vous en veux, mais pas au point de vouloir vous trucider encore que…………

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Les policiers ne l’’ont plus contacté. Gabriel a repris le cours normal de sa vie.

Il repense souvent à cet épisode. Il lui est même arrivé d’en rêver.

Il a appris que Monsieur Blanche, truand notoire, Don Juan à ses heures, bien connu sur la place, avait l’habitude de donner des rendez-vous galants dans sa garçonnière sous les toits. Le jour de son assassinat, Ils avait été surpris avec sa conquête par le mari trompé, un certain Maurice, dit « Momo beau sourire », spécialiste du sourire kabyle.

Détail cocasse, la dame s’était évanouie et le mari avait du la descendre de six étages sur son dos.

Moralité, si Gabriel avait été sensible à l’écologie, il aurait emprunté les transports en commun, et évité de finir à l’ombre.

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