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Recettes de la Mère Jacqueline

Restaurant de la Mère Jacqueline, 15 mai 1970 :

—  Je vous en prie, prenez place.

— Merci. Je suis assez pressé. Je vais prendre le plat du jour !

La patronne connaissait cet homme. Mais où l’avait-elle vu, quand et pourquoi ?.

Le plat du jour, elle le servait, avec un petit rosé du cru. La recette du perdreau mitonné aux petits oignons, dans tous les sens du terme, elle seule, dans la profession, osait le préparer en l’entourant de filets d’élan plutôt que de lard.

Bien qu’elle ait perdu sa première étoile du Guide Michelin pour, justement, cette substitution, elle s’entêtait. Sa clientèle, un peu spéciale, aimait plus la Mère Jacqueline que ses plats. Son côté loufoque en faisait le personnage à connaître absolument. Elle disait qu’elle s’en fichait d’avoir ou pas une étoile, pourtant, en étant tout à fait sincère, sa rédemption aux yeux du guide, elle en serait bien contente.

Restaurant de la Mère Jacqueline, 15 mai 1975 :

—  Je vous en prie, prenez place.

— Merci. Je suis assez pressé. Je vais prendre le plat du jour !

La patronne connaissait cet homme. Depuis sa dernière visite qui remontait quand même à cinq ans, Jacqueline n’avait cessé de chercher, dans sa mémoire, qui il était, certaine que cela avait une grande importance.

Le plat du jour, était, cette fois-ci, concocté à base de murène mixée avec basilic, cerfeuil, ail et oignon rouge de Bretagne. Cette farce accompagnait la chiquetaille (*) de morue. Recette qu’elle avait ramenée des Antilles. Servie avec des tomates frites et quelques queues de grosses crevettes de Guyane, en faisait un plat magnifique. Senteur, visuel, tout y était pour en avoir l’eau à la bouche.

Le Monsieur, en demandant l’addition, présenta sa carte de visite en précisant qu’il avait été ébloui par la présentation, stupéfait par la saveur merveilleuse que ses papilles avaient ressentie à la première bouchée. La Mère Jacqueline se souvint alors que celui qu’elle avait remisé tout au fond de sa mémoire était le connard qui lui avait ôté sa première étoile.

Mais là, il ne fallait pas se griller. Elle lui remit sa facturette en le remerciant et s’en retourna en cuisine.

Le lendemain, elle reçut un télégramme lui annonçant qu’elle avait non pas une mais deux étoiles.

Ce fut l’apothéose dans l’équipe et pour tout le quartier et même Monsieur le Maire en parla au conseil municipal.

(*)Préparation hachée, effilochée ou émincée, principalement de poisson

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