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Nous marchions ensemble vers la colline, en groupe comme à l’habitude, chargés de nos sacs à dos remplis de victuailles. Ernest, mon frère aîné s’était chargé d’emporter son éternel alcool de génépi, fabriqué par une vague connaissance de vacances passées dans les Alpes l’été dernier. Emilio, le cousin de Marylène avait quant à lui misé sur notre confort : il avait chargé son sac de duvets, lampes de poche et chocolat. Marylène et moi, nous avions pris de la nourriture pour quelques jours, des livres, un carnet et un stylo, et bien entendu notre appareil photo pour immortaliser le périple. C’était son idée. Depuis que nous nous étions rencontrés, il y a 5 ans, Marylène rêvait de ce voyage. Elle avait vécu dans cette région escarpée lorsqu’elle était enfant. Elle ne cessait de répéter que vivait quelque part dans une grotte un homme solitaire, qu’elle lui avait parlé, qu’il lui avait parlé d’un monde imaginaire. Elle devait revenir lorsqu’elle serait adulte, et il lui dévoilerait le secret.

Je n’avais jamais vraiment cru à cette histoire, je pensais qu’elle avait rêvé. Calme et posée, réfléchie et cultivée, Marylène ne ressemblait en rien à ces individus perdus et sans cesse en quête de sens, prêts à s’engouffrer dans des méandres ésotériques qui permettent d’échapper à un quotidien trop morne.

Nous avions préparé le voyage quelques mois auparavant, et le jour du départ étant arrivé, elle était quelques peu exaltée de retourner dans ces contrées perdues, proches du village dans lequel elle avait passé son enfance et où désormais il n’y avait plus âme qui vive.

Le sentier devant nous s’annonçait pentu, et il faisait froid. Les vastes paysages commençaient à laisser la place à des forêts denses et serrées, au travers desquels la lumière s’essoufflait. Nous avions étudié la carte pendant plusieurs jours, et nous savions où aller, mais je doutais sincèrement de l’existence de cette grotte. Ernest et Emilio qui avaient proposé de nous accompagner, plutôt dans l’espoir d’une franche rigolade, avaient contre toute attente démarré une conversation à bâton rompu sur les trolls, les elfes et autres légendes ancestrales.

Nous marchions bon train, Marylène était particulièrement silencieuse. Au détour du chemin, la végétation se fit de plus en plus dense, verte, silencieuse. Nos visages se tendirent, nous entendîmes couler une source, mélodie enchantée de ce lieu devenu à la fois sauvage et magique.

Lorsqu’il s’approcha de nous, personne n’y crut. Pourtant, le vieil homme, sec et décharné, le visage usé, le regard rempli des secrets de son âme était bien là. Nous étions tous les quatre figés, dans l’attente d’un mot, une parole apaisante, comme s’il nous attendait ! C’est lorsque Marylène tenta d’ouvrir la bouche, qu’il prit la parole

« Tu es revenue. Tu étais une petite fille curieuse…pleine de vie et d’ambition, perdue dans tes pensées…je savais que tu serais là devant moi un jour. Mon monde t’est ouvert si tu le souhaites, il est rempli de tes pensées et de tes rêves les plus fous, des réponses à toutes tes questions. Mais il n’y de la place que pour toi Marylène, ceux qui t’accompagnent ne méritent pas de venir, ils n’y croient pas. Ils ne pourront pas accéder à la beauté des ténèbres, à la vérité insaisissable. Ils sont des êtres insignifiants, dénués de ta candeur et ta pureté »

Emilio, Ernest et moi reculèrent, impressionnés par les paroles acerbes du vieil homme. Il se tenait devant la grotte, son impressionnante barbe mue par le léger souffle du vent. Marylène restait silencieuse. Tant d’années à rêver de franchir cette porte, tant d’années à se demander ce que ce vieil homme avait voulu lui dire. C’était maintenant.

Il ajouta alors : « vous n’êtes pas à la hauteur, vous êtes dépourvus de sensibilité, vos yeux sont vides, partez »

Après avoir craché son venin, le vieil homme s’engouffra dans l’obscurité ténébreuse et disparut. La douce Marylène se tourna vers moi, et je compris qu’elle allait le suivre, qu’elle allait accomplir ce qui la guidait depuis toujours : trouver son âme, enfouie au fond d’elle depuis le jour de cette rencontre.

Que n’avais-je pas su faire ? Aurais-je pu la garder près de moi plus longtemps finalement ?

J’étais en sueur, je me retournai. L’eau coulait toujours, et un chat miaulait…j’ouvris les yeux, et Marylène sortit de la salle de bains, une serviette enroulée autour de la poitrine, ses longs cheveux blond attachés, son regard doux tourné vers moi. Je remarquai la tristesse dans son regard, j’entrevis son âme enfouie tout au fond, enroulée comme une pelote de laine dont à peine un brin dépasse…

 

 

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