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Trait d’union

J’ai un profil plutôt banal, mais cela n’enlève rien à mon fort caractère. Emporté par la noblesse de ma fonction, il me faut en permanence canaliser mon énergie. Trop chaud, trop froid ? Impossible ! Je dois impérativement être tiède, maintenir l’équilibre des températures, la circulation des fluides. C’est essentiel pour réussir ma mission, et si déprimant ! Vous imaginez ce qu’est une vie tempérée à ce point ? Je bouillonne d’émotions du matin au soir, devant ce bout de choux qui s’anime et découvre le monde. J’ai l’impression de participer à la plus belle aventure qui soit… de quoi être plus qu’emballé ! On attend cependant de moi que je sois stoïque ! Je suis jugé sur ma fiabilité et ma constance : éviter les coups d’éclat, réguler le flux, conserver une solidité à toute épreuve… C’est qu’il est fragile, mon protégé.

Sa maman ne réalise pas les prouesses que j’effectue chaque jour pour la représenter, tisser ce lien vital entre son propre corps et la prunelle de ses yeux, suppléer à la plus personnalisée des sources de nutrition et d’affection. En somme, je suis un dévoué trait d’union entre la mère et l’enfant, une sorte de cordon ombilical entre l’aimante maman et l’avide bécoteur. J’ai la pression, voyez-vous !

Je m’oblige autant que possible à la discrétion : ce n’est pas moi la Star ! Mon Maître sera toujours prioritaire. Certes, je joue parfois la carte de la facilité, pour séduire bébé, mais ma plus grande fierté reste le retrait : permettre à ce chérubin de grandir, l’aider à préserver ce lien unique à celle qui l’a mise au monde. Je ne suis malheureusement qu’une pâle imitation de mon Maître, je me dois de me retirer dès que l’occasion se présente. À côté de lui, doudou suprême autant que source de nectar divin, aucune rivalité n’est possible !

Il m’arrive, heureusement rarement, d’être dans l’embarras. Ah, quand on vous considère comme l’usurpateur, celui qui déloge le Roi du monde… là, c’est beaucoup moins plaisant, je peux vous le dire. Dans ces moments-là j’ai trop honte, c’est presque humiliant de se voir attribuer pareilles intentions.

Chut… je l’avoue tout de même : mon ego est flatté quand le gourmand marmot m’accorde sa préférence, mais je ne le montre pas trop… un peu de respect pour mon Maître ! En même temps, je suis tout de même plus facile à apprivoiser que lui, même si mon odeur est moins alléchante et ma texture beaucoup moins douce.

Quelle chance quand le papa projette sur moi tout l’amour qu’il souhaite transmettre à son petit. Grâce à moi se vivent d’inoubliables moments de complicité. J’ai droit, même, à d’attendrissants surnoms : mon bibi, mon tétouillou, le teuteu du bonheur, le p’tit délice du jour, le biberon du champion, le meilleur lolo du monde, le bibi magique, le bidou de Super Papa…

Enfin, gare à la prétention… J’évolue sous le signe de l’humilité : une colère, une émotion furtive, un geste à peine trop brusque, et je suis à terre. Bibi, en miettes ! Bibi, aux oubliettes ! Vive le sein !

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