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Quand j’entrai chez elle j’éprouvai une paisible sensation de fin de voyage, d’aboutissement. J’observai les objets, les livres, les espaces vides, l’arrangement du mobilier en regard de la lumière, tout me semblait refléter les atmosphères enchantées de mon enfance.
Je retrouvai, en m’introduisant chez mon hôte, un peu de chacun des lieux que j’avais habités et côtoyés, auprès des parents proches qui m’avaient élevé, l’atmosphère du bistrot de mon oncle, les influences espagnoles de ma tante, et les objets collectionnés, des pièces rapportées de leur voyage, réunis et groupés, sur les meubles de bois sombres, imposants, ostentatoires qui animaient leur séjour cosmopolite.
Depuis le pas de la porte de mon hôtelière, je progressai pour découvrir le caractère de la salle principale. Je distinguai une panthère noire, la gueule ouverte, les 4 crocs blancs aiguisés, en posture offensive, positionnée sur un buffet haut, au bois foncé sculpté d’un chevalier sur la porte de gauche, et sur celle de droite droite, d’une reine voilée. A l’arrière du buffet, un long rideau rouge habillait le mur. Et soudain, quelle sensation grisante de revivre l’explosion imaginaire de ma jeunesse, improviser le mouvement rapide de la panthère sautant majestueusement du buffet et entendre les voix lointaines du chevalier et de la reine qui s’animaient. Ces héros imaginaires me gratifiaient à l’époque des premières lignes d’une épopée.
Je tournai alors la tête vers la gauche, en direction de la cuisine ouverte, séparée du reste de séjour par un bar agrémenté de quatre tabourets hauts au style vintage. Mes yeux se posèrent sur un miroir publicitaire sérigraphié de bistrot ; je reconnus la jeune femme dessinée, au teint rosé, brune, coupe au carré et boucles crantées, le haut d’une robe blanche froissée laissant apparaître des épaules laiteuses dénudées, tenant un verre d’apéritif, à la main ; en arrière plan, on distinguait les sommets blancs d’une montagne, au second plan, de grands pins. Je souris en parcourant en bas du miroir « En vente ici… » Gagné par l’émotion, je me rappelais de l’apéritif élaboré à partir d’une infusion de résine de pins de Norvège, que mon oncle proposait à ses clients, servi très frais, avec un zeste de citron ou d’orange. Mais surtout, je me remémorai les premières aventures romanesques adolescentes, nées d’échanges fantomatiques, sous l’impulsion du spectre de cette jolie brune, qui depuis son miroir, venait me prendre la main et me conviait à la rejoindre dans ses paysages norvégiens.

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