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Une impossible éléction©
CHAPITRE VI

Le Préfet était présent. Il se retourna surpris et gêné de voir Yarole entrer. Il avait totalement oublié de l’appeler.
Pascal était interrogé par le commissaire Périer et semblait répondre avec aisance, précision et détachement.

Pourtant, d’après les renseignements glanés par Yarole auprès du haut fonctionnaire, Janvion avait été percuté par un autre engin qui roulait à vive allure.

« Janvion ne sort jamais de chez lui avant 7 heures du matin. Il m’envoie toujours un message avant de venir chez moi. Il y a forcément quelque chose ou quelqu’un qui l’a poussé à changer des habitudes quasi maniaques, … »

Bousculée par la porte d’entrée de la chambre qui était bondée, la représentante de Région dissimula sa colère envers le soignant qui venait mettre un peu d’ordre dans ce lieu de repos.

Le Professeur Meunier s’excusa puis, connaissant bien Yarole, lui demanda de rester. Elle et elle seule !

Jacques Meunier faisait partie du cercle restreint des notables de la région. Pascal Janvion et Yarole le côtoyaient depuis leurs années universitaires.
Quant au Préfet, Gwen Kermaria, il avait été muté depuis peu dans le département et ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Quand la Présidente parlait de lui c’était, généralement, avec sarcasmes, métaphores et controverses.

– Merci Jacques, nous allons pouvoir enfin nous retrouver au calme. Ce Kermaria n’est décidément pas le Préfet qu’il nous fallait !
– J’entends bien mais tu sais, nous devons quand même faire avec !
– Oui, bon !… Pascal est-il en mesure de sortir rapidement ?

– Je le garde en observation encore quelques jours. Ne t’inquiète pas. L’accident semble avoir été violent mais, …,
– Hé ! les amis, je suis là !… en entier !…

Le Vice-Président, orné d’un large sourire, déposa ses deux pieds au bord du lit et se mit à faire le pitre pour prouver qu’il allait bien.
Jacques et Yarole le rattrapèrent in extrémiste et le sommèrent de se recoucher.
Un grand éclat de rire fusa dans la chambre ensoleillée par les premiers rayons du soleil de midi.

– Repose toi et interdiction de te lever pour le moment ! Serge est persuadé que tu venais chez moi ?
– Effectivement, je devais te voir avant que tu partes.
– A quatre heures du matin ?
Meunier n’avait jamais entendu ces deux là se tutoyer. Il en sourit et sortit discrètement de la chambre.

– Veux-tu que je repasse dans la soirée ?
– Je veux bien, je vais quand même me poser un peu.
– Bon, ok. Je vais demander à ce qu’on me fasse un rapport de l’accident. Je ferai le maximum pour revenir vers 17 heures.
– Oui, à plus tard. Yarole,… Merci….

La matinée était déjà bien entamée. La Présidente avait fait annuler quelques rendez-vous mais devait absolument passer à son bureau où Jeanne l’attendait avec impatience pour en savoir un peu plus sur cet accident.

« Allons enfants !… »

– Jeanne ?… J’arrive !… Appelez le Préfet, Poirier et le Commissaire. Réunion de crise dans la grande salle à 11 heures.
– Désolée mais la réunion est en cours à la Préfecture sur ordre de Kermaria. Je vous appelais pour que vous vous y rendiez !
– Ben voyons !… Bon, pas le choix, je m’y rends immédiatement.

« Surprenante cette réunion à la Préfecture !… Janvion est mon adjoint, pas celui du Préfet !… On me cache encore quelque chose !… Ce Kermaria aurait dû rester en Bretagne !… Grenier est-il derrière toute cette pagaille !… »

« Allons enfants !… »

Jeanne semblait prendre un malin plaisir à faire sortir Yarole de ses pérégrinations intellectuelles où se côtoyaient mille et unes idées contradictoires, enchevêtrées ou polémiques pouvant aller jusqu’à la surexcitation. Il devenait urgent qu’elle s’octroie une interruption qui la recentrait sur l’essentiel.

– Oui, Jeanne !…
– Un fax de la Préfecture : la réunion est suspendue pour raisons internes.
– Je fais demi-tour et j’arrive !… Préparez-moi un courrier où vous les enjoignez de nous tenir informés de tout ce qui découle de l’accident de Pascal. Enfin, bref, vous avez compris !…
– Je ferai pour le mieux, comme d’habitude !…

Le ton de Jeanne surpris Yarole un cours laps de temps. L’heure était trop grave pour lui en faire la remarque.

La 607 roulait à vive allure entre l’hôpital et le Conseil Régional où, elle le savait, l’attendrait une meute de journalistes avide des derniers rebondissements de l’enquête.

La situation devenait de plus en plus compliquée à gérer. Un Grenier complaisant, un Préfet incontrôlable, une Jeanne limite insolente, Janvion hospitalisé, ses enfants … et cette lettre anonyme !… C’en était trop.
Pendant un cours instant, Yarole se sentit dépassée par tous ces évènements.
Le ciel rosé à l’horizon, entrelacé d’une multitude de petites boules moutonneuses, lui indiquait une heure tardive. Etait-il bien raisonnable de se rendre à son bureau en cette fin d’après midi si particulière ?
Au feu rouge, Yarole appuya sur la touche A de son téléphone qui la reliait instantanément à sa secrétaire.

– Jeanne, ne m’attendez pas, je rentre chez moi !…

Elle raccrocha sans se préoccuper de la réponse qui, de toute façon, ne pouvait être qu’un acquiescement.

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