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Vie d’une bague

— Gisèle, viens ici !
— Oui maman, j’arrive !
— As-tu encore fouillé dans mes affaires ?
— Euh, …, non !
— Je ne retrouve pas ma bague de fiançailles !

Mon embarras, je dirais plutôt complications, avec toutes les bagues qui ont traversé ma vie, c’est, je pense, ce jour-là que tout a commencé.

Petite fille j’aimais me déguiser avec les vêtements, bijoux et autres accessoires que maman avait en grand nombre. Je cherchais, je crois, plutôt à lui ressembler. Enfin, j’en suis certaine, après dix ans de psychanalyse. Sa bague de fiançailles, je l’avais bien prise dans son bel écrin riche de petites tourmalines noires, rouges et vertes. L’assemblage invitait à fouiller tant je pouvais deviner, avant même de l’ouvrir, qu’il recelait un trésor. J’étais tellement fière de mon apparence que je me précipitai dans les escaliers pour parader face aux copines qui jouaient dans la cour. Seulement, l’escalier ne servait pas uniquement à monter ou descendre, son autre destination, bien pratique en soi, était d’emmagasiner le charbon pour l’hiver. Lieu où je perdis la fameuse bague. Maman n’en a jamais rien su.
De bagues en bagues, de petite fille à adolescente puis jusqu’au bac, des bagues ont parcouru ma vie. Des petites en laiton, puis en argent, ornées de pierres tellement belles que toutes mes copines voulaient les essayer. Et patatras !… Soit, elles ne me les rendaient pas, soit elles les perdaient, enfin c’est ce qu’elles me disaient !
De l’or comme maman, enfin de l’or !
Pierre précieuse, vert bleuté, montée sur un anneau en or jaune. Elle ne ressemblait pas à celle que j’avais perdue. « Tiens ma chérie, pour nos fiançailles, je t’offre cette émeraude ». J’étais aux anges.
Hélas, je lui ai rendu sa bague de malheur après l’avoir surpris dans les bras d’une de mes amies. Enfin, c’est ce que je croyais !
Inutile de vous parler de celle du second, puis du troisième !…
Ô, à chaque fois, les bagues étaient belles et de plus en plus belles, enfin, en fonction de la situation de celui qui me l’offrait !…
Puis, un jour, un jour pluvieux, j’entendis prononcer ces mots : Monsieur X, acceptez-vous de prendre pour épouse Mademoiselle Gisèle Y ? Après avoir dit oui chacun notre tour, il me passa un anneau tout simple, comme notre amour, à l’annulaire de la main gauche. J’en fis de même.
Nous sommes mariés depuis soixante ans.
Je me suis réconciliée avec toutes les preuves de son attachement. Elles sont rangées, tendrement, dans l’écrin que j’ai hérité de maman.

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