Je suis un étourneau. Savez-vous ce qu’est cet oiseau? Car je suis un oiseau, n’en doutez pas. Je vole, je frivole, je m’envole et je caracole! C’est ma vie, c’est ainsi.

Ce que j’en fais? Je n’en fais rien, enfin rien de bien particulier. Rien de bien pécunier. On me le reproche. Souvent. C’est un peu comme si la vie se méritait, se gagnait. Comme si je la volais. Mais je ne vole rien à personne, je ne vole qu’à moi-même. Les humains n’y comprennent rien… Car en réalité, nous, les soi-disant étourneaux, nous avons un secret…

Tenez, laissez-moi vous expliquer. Voler n’est pas notre apanage. Les mantes aussi, volent. Et pour le coup, elles volent la vie! Et comment s’y prennent-elles? Vous allez voir, c’est fascinant!

D’abord, elles séduisent. Séduire, c’est tout un art, un art dans lequel elles excellent. La grâce de leur silhouette s’y prête bien à propos, mais elle serait insuffisante, en face d’un étourneau. Car à nous, il nous faut de l’esprit!

C’est ainsi qu’au petit matin d’un certain mois de Mai, j’ai rencontré la mienne, de mante. Oh, elle n’était pas religieuse, mais quand même avait ce respect que l’on sait, pour la chose sacrée. Elle m’attendait dans un endroit tout à fait improbable. C’était une sorte d’étable où ne venaient que des bêtes estropiées…

Elle, bien sûr, ne l’était pas. Et c’est ce qui fit que je la remarquai. Elle était différente. Son regard surtout, exprimait l’appétit de la vie! Oui, cet appétit-là, qui pour nous, les étourneaux, marque le sens d’être au monde, d’être étourneau.

Naturellement, je me rapprochai d’elle et nous devînmes amis.

Tout une année passa. Et une autre encore… Ce n’étaient que jouissance et plaisirs partagés.

Mais au début de la troisième, ma mante s’ennuya de n’être point amante, et commença de retrouver au plus profond d’elle-même cette sorte d’instinct qui nous fait qui nous sommes. Et de commencer à gémir, à piéger, à pointer, à compter, à reprocher et… à juger!

Et moi, moi qui ne la voyait plus que comme amie, ma mante, je m’embarbouillais à m’en rendre malade. J’étais angoissé. D’étourneau frivole, je devenais étourneau stupide. Étourneau… débile.

C’est là bien sûr que j’ai sorti notre secret de son écrin. Et toi, lecteur, tu sais très bien ce que j’ai fait…

Alors tu sais aussi que tout est bien qui finit bien. Et que dieux nous ne sommes pas, et que mantes qui se mentent, et qu’étourneaux sur le dos, ne font à la fin que le monde qui nous vient, que le monde qui nous tient.

0
L'auteur-trice aimerait avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x