Socrate a dormi dehors. Il avait trop fumé hier soir… il a pas osé rentrer chez lui. “A cause de la gamine”, qu’il m’a dit. “Elle a six ans tu comprends ? Jamais vu un pétard de sa vie… et encore moins un chat qui plane, t’imagines…”
C’est vrai qu’hier on a refait le monde. Encore une fois, quoi… Ça change pas ; ça change pas le monde, mais au moins on rêve un peu. D’ailleurs, peut-être que ça peut quand même changer le monde. C’est lui qui le dit. Il est philosophe Socrate ; comme l’autre… Mais moi j’y crois pas. Enfin là, dans nos papotages j’y crois pas… Plutôt “sans culotte”, bolchévique même que je serais… 

C’est toujours pareil nos discussions du soir : il ânonne ses raisonnements inattaquables sur le pouvoir de la non violence, et du Gandhi par ci et du Gandhi par là, et ça m’énerve parce que je suis d’accord au fond. Mais à quoi ça sert une discussion où tout le monde est d’accord, hein ? Alors moi je sors la guillotine et la kalachnikov ; juste histoire d’avoir un rôle à jouer, quoi… Le mauvais bien sûr. C’est toujours pareil, je te dis… Ce qui m’agace le plus quand même, c’est quand il en marre avant moi ; là, il devient paternaliste ! Il s’assied et se lèche lentement le bout de la patte droite, un peu à la manière du penseur de Rodin, et me lâche son sempiternel : “Bon, Môssieur l’avocat du diable, je vais m’coucher…”. Quand il fait ça j’enrage dans ma caboche ! Comme s’il avait besoin de dire un truc pareil. Comme si j’étais assez con pour pas avoir compris qu’il avait compris… C’est comme s’il violait la règle du jeu. Pour moi, si on joue, on respecte la règle… Et hier soir justement, il me l’a fait, son Rodin…

(à suivre?…)

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