AlgoMuse Éditeur associatif
Ingénieux les bonobos !

Ingénieux les bonobos !

Une dépêche vient de nous parvenir de notre correspondant du Congo :

« mise à sac dans un hypermarché de Brazzaville ».

Après enquête de la police scientifique, il s’agirait d’une horde d’une centaine de bonobos ayant dévalisé la totalité du rayon literie.

Ils avaient entendu dire que tous les conflits pouvaient se régler très simplement sur l’oreiller.

C’est tout de même plus confortable que dans la jungle !

Déclic

Déclic

Tout petit déjà, j’avais senti cette âme d’artiste s’exprimer en moi, voulant sortir… J’ai changé de voie pour elle, j’ai emprunté la sienne. J’ai compris que c’était aussi la mienne. Cette âme d’artiste s’est bien développée, à l’école des Beaux-Arts.

J’ai acheté un petit appartement au bord de la mer. Mais quand je me suis retrouvé, seul, face à ma toile, un pinceau dans la main  et débutant ma vie, toute inspiration m’a quitté. J’étais vide, vide, vide. 

Mon âme d’artiste m’avait quitté. 

J’ai encore essayé, pendant longtemps : la preuve, mes toiles sont toujours là, personne n’en veut.

Et puis un jour, de mon étroit balcon, j’ai vu un homme en short et en tee-shirt, transpirant sous le soleil du Midi, passer devant chez moi. Il avait de bonnes baskets, celles d’un randonneur, une casquette sur la tête et un sac sur le dos.

Et là, je l’ai sentie. Après toutes ces années, je l’ai sentie revenir, mon âme d’artiste ! Elle m’a fait m’émouvoir de me tenir pas loin d’un homme qui a fait le tour du monde, un globe trotteur. Un homme qui ne connaissait que le voyage, et qui avait tout vu. J’avais envie de lui demander “D’où viens-tu ? Qu’as tu vu ?” Faute de mieux, surtout faute à la timidité, je l’ai simplement pris en photo, et il a poursuivi sa route.

Je suis retourné dans mon atelier, et je l’ai dessiné, à la façon des impressionnistes. C’était pas mal. J’y avais mis tout mon cœur, mais je m’étais surtout demandé ce qu’il y avait eu dans sa tête, à ce moment là. Cet homme avait tapé dans le tas, il avait tout bouleversé. Et il était là, en face de moi, son visage baigné de sueur, mais aussi d’une grande résolution, grillé par les rayons du soleil.

J’ai proposé mon tableau à des marchands d’art. Il y en a beaucoup qui ont bien aimé, pour un débutant comme moi. D’autres ont critiqué mon non-savoir-faire. 

C’est du chinois ! A dit l’un. “Pourquoi ?” ai-je demandé. “On ne comprend rien à ce que vous avez peint !” A été la réponse du marchand.

J’ai quand même rencontré un autre marchand d’art, Jean le Carte, et il m’a dit que non, ce que l’autre ne comprenait pas, c’était l’art. Et il m’a acheté ma toile. 

Elle s’est vendue plus de 1000€. 

Peut-être que je n’étais pas aussi débutant que ça ?… 

Alors, je suis parti à la recherche du globe trotteur. Je n’imaginais pas encore tous les paysages que j’allais voir, tous les tableaux que j’allais peindre, toutes les peintures que j’allais vendre, jusqu’à ce que je pose enfin ma main sur l’épaule de l’autre, ce globe trotteur, ce voyageur qui m’avait, sans le savoir, tant donné.

Phileas avait raison

Phileas avait raison

Elle est partie. Enfin ! J’en avais assez de cette grande niaise qui me servait de femme de chambre ! Elle faisait absolument TOUT de travers. C’était l’apocalypse dans la maison, par sa faute. 

Rendez-vous compte : tous les matins, je prends en bain de pieds à 30° pile. Et tous les matins, cette bonne à rien me le prépare à 29° ! Je me gèle les pieds à cause d’elle, et, toute la journée, ils sont engourdis. J’ai même vu de la glace se former sur un orteil… 

Mais ce n’est pas tout : je n’ai jamais vu une femme aussi impatiente ! Quand je lui demande de nettoyer le scrabble, ce jeu composé de plus de 30 petits carrés avec des lettres, elle lave la boîte, mais elle ne prend même pas le temps d’essuyer un à un les carrés ! 

Elle avait pourtant l’air cultivée, pleine de promesses… Je ne suis pourtant pas très exigeante. Comme on pouvait s’y attendre, avec toutes ses âneries, je l’ai fichue à la porte.

Mais bon, elle est partie, quel soulagement, n’en parlons plus.

News les torts

News les torts

Le club MED s’adapte et proposera bientôt des vacances virtuelles sous hypnose numérique ! 

Pour ces vacances d’été, le club MED proposera à ses clients de se reposer tout en faisant du sport ! La toute dernière technologie, le casque viwx00207.x est sorti le mois dernier. Ce casque de réalité virtuelle est programmé par vous, pour aller faire du surf à Tahiti, du golf au golfe du Mexique tout en restant dans l’hôtel, dans votre canapé, en France. Le décor est d’une réalité si frappante que l’on s’y croit vraiment ! Vous pourrez y passer toutes les vacances, sans une seule fois l’enlever, car vous serez nourri virtuellement.  Pour éviter à votre corps  -de la réalité-  de s’engourdir, le club MED propose également de vous envoyer une fois par jour un kinésithérapeute professionnel. 

N.B : Pour ces vacances spéciales, une petite augmentation du prix de 99,9 % sera faite. 

Le joueur d’échecs (une sorte d’hommage à Stefan Sweig – qu’il me pardonne…)

Le joueur d’échecs (une sorte d’hommage à Stefan Sweig – qu’il me pardonne…)

Le roi est nu. Sa Dame a disparu, les fous et les tours ont insuffit. Le roi est nu, il va mourir. Ne reste à ses côtés qu’un pauvre cavalier ; un chevalier errant, un chevalier tremblant…

Je le sais, et Dietrich en jouit ; je le sens. Il n’est pas mon ennemi, il est mon adversaire, mais quand il savoure d’avance la fin de la partie, je le hais ! C’est plus fort que moi.

Me viennent alors des idées de suicide, d’un monarque qui fuit, qui se retire jusqu’à ne plus être atteignable, touchable, …couchable.

Mais Dietrich est allemand. Il est intelligent. En tout cas, il est doué de cette intelligence qui m’est à moi, pauvre latin, si étrangère que j’en comprends à peine le sens : l’intelligence des faits.

Grâce à elle – à cause d’elle ?–, il a noté chaque mouvement ! Son petit calepin rouge est plein de gribouillis que lui seul, probablement, peut déchiffrer…

Oh, ce n’est pas faute d’avoir essayé de m’y convier, je te l’ai dit : “Dietrich est mon ami” ; mais comment pourrais-je passer ainsi du conte de fée au compte de dés ?

Une fois encore, j’ai échoué. La partie est perdue. C’est Dietrich qui l’a gagnée…

Alors, comme chaque fois, je me rassure : “avons-nous, jamais, joué la même ?”…

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Une vie de vélo

Une vie de vélo

Une vie de vélo

Le vélo presque neuf n’avait pas vu la lumière depuis fort longtemps, à tel point qu’il en était déprimé, carrément au fond du trou. Dans la demi pénombre de cette cabane de jardin sordide, il attendait en vain que l’on vienne le prendre, le sortir, lui faire faire une balade en pleine nature. Mais voilà. Plus rien de tel n’était advenu depuis un temps infini, alors qu’auparavant il avait connu une existence vélocipédique. Ses pensées depuis quelque temps tournaient en rond. Notre vélo radotait. Il parlait même tout seul et tout haut :

  • Ah que cette période passée fut belle avec cette toute jeune fille qui était mon utilisatrice. Comment les humains ne se rendent-ils pas compte qu’ils peuvent être blessants, critiques, méchants avec nous les vélos. De plus être né vélo d’enfant n’est pas une sinécure. Je vous raconte.
  • Je n’ai en fait aucun souvenir de ma naissance. J’ai entendu dire que je venais d’Asie. Enfin pas tout. Mon corps est composé de divers éléments. Le cadre viendrait d’Asie, mais les freins, le pédalier et tout ce mécanisme avec la chaine et autres pignons viendraient plutôt d’Italie. Le reste, je ne sais pas trop. Tout cela aurait été assemblé en France et hop c’est ce jour là que je suis né. Je suis par conséquent un vélo français, estampillé bleu, blanc, rouge.
  • Mes premiers souvenirs remontent au jour où je suis sorti du carton pour être exposé dans ce fameux magasin où j’entendais différents commentaires désobligeants – je n’aime pas la couleur, il est moche, trop petit, trop grand – et d’autres plus élogieux – comme il est beau, pourrait-il m’aller ? J’adorerais avoir ce beau vélo –
  • Finalement un soir, juste avant la fermeture, alors que je commençais à attendre la nuit réparatrice, le silence bien faisant, quelqu’un me prit et m’emporta. Le lendemain je me retrouvais dans un jardin pour ce qui me semblait être une fête, et c’est ce jour là que je compris que j’étais offert à une fillette comme cadeau d’anniversaire. Grâce à elle je fis mes premiers tours de roues, mes premiers tours de jardin. Puis en groupe restreint je découvris les petites routes et les chemins caillouteux. Ce fut pour moi une période heureuse. Je vivais pleinement ma vie de vélo.

Bien sûr, je trouvais toujours ces balades trop courtes et m’en confiais aux autres vélos de notre petit groupe.

  • C’est tout à fait normal me dirent-ils. Tu es un vélo d’enfants et les enfants ne vont jamais très loin, ils sont vite fatigués et cela se comprend. D’abord ils sont jeunes, ont sans doute mille choses à faire et toi en tant que vélo, tu n’es qu’un jouet parmi d’autres. Nous les vélos d’adultes, en dehors de ces petites sorties d’accompagnement des enfants, sommes régulièrement chevauchés par des cyclistes téméraires et sportifs. Bien que sportifs… cela dépend de notre propriétaire. Quoi qu’il en soit les adultes font du vélo de façon plus efficace. En plus nous sommes mieux conçus et de meilleure qualité. Plus légers bien que plus grands, car nous sommes réalisés en aluminium lorsque les vélos d’enfants comme toi sont le plus souvent en acier bien plus lourd. Il en va de même pour tout le matériel, pédales, pignons. Sans compter un nombre de vitesses plus important qui permettent aux adultes de se vanter de gravir des cols et autres montagnes.
  • Oui, je comprends mieux, mais moi en ma qualité de vélo d’enfants je permets aux futurs adultes de se perfectionner pour plus tard et de prendre goût à ce loisir, car nous sommes des fournisseurs de loisirs.
  • C’est indéniable ton rôle est prépondérant, des plus utiles. Pour autant les enfants grandissent vite et c’est pour cela que tu vas être abandonné, prépare toi à ce que cette jeune adolescente devienne une jeune fille qu’elle ne puisse tout simplement plus monter sur ta selle trop basse. Ou encore et tout simplement qu’elle te snobe et t’abandonne parce qu’elle sera passée à autre chose. Tous les vélos d’enfants se plaignent d’être abandonnés un jour ou l’autre et surtout depuis qu’il y a chez les humains cette mode des écrans qui les éloignent des activités extérieures dont ils auraient pourtant un grand besoin.
  • Abandonné ? eh bien je crois pouvoir dire que j’en suis là. Pourtant c’était génial les quelques fois où cette pré-adolescente m’a emmené sur une extraordinaire piste de pumping-bike comme elle le disait elle-même. Un circuit tout en bosses et virages relevés. Après m’avoir élancé par un pédalage énergique, elle cessait de pédaler, jetant tout son corps dans la descente et se redressant tout en tirant sur le guidon dans la montée. Je sentais ma suspension de ma fourche faire de rapides mouvements de haut en bas et de bas en haut. J’y ai pris un plaisir extrême et je peux dire qu’elle aussi. D’ailleurs tous les deux nous sommes retournés régulièrement au pumping-bike. Nous faisions un beau couple. Les gens autour de la piste ne se lassaient pas de nous regarder. Les plus jeunes applaudissaient. Ma jeune écuyère connaissait un certain succès, auquel je n’étais pas étranger.
  • Et puis plus rien ne se passa, plus de sorties, plus de pumping, plus rien, le néant, la mélancolie. Et je suis là à ruminer et à radoter toujours les mêmes histoires dans cette cabane sordide qui me sort par les pédales.

Finalement, lors d’une belle journée de printemps la porte de la cabane s’ouvrit, le soleil jaillit à l’intérieur et un jeune garçon accompagné d’un adulte entrèrent à la suite de l’homme qui l’avait embarqué lorsqu’il était dans le magasin.

  • Oui déclara ce dernier, j’ai passé une annonce dans le Bon Coin pour vendre le vélo de ma fille. Elle a grandi d’un coup, il est devenu trop petit. Vous pouvez vérifier, hormis la poussière il est en bon état, comme neuf. Le jeune garçon enthousiaste ajouta « c’est exactement le vélo dont je rêve pour aller au pumping-bike ».

Ce jour là une nouvelle existence s’ouvrit devant notre vélo qui jaugea le gamin. Il lui paraissait bien jeune et un peu petit. Notre vélo en déduisit que son avenir en serait d’autant plus long, qu’enfin il repartait pour un nouvel épisode, qu’il allait revoir cette nature qui lui avait tant manquée et il sentit qu’il allait bien s’amuser avec ce petit garçon.

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