AlgoMuse Éditeur associatif
Un audacieux montreur d’ours

Un audacieux montreur d’ours

C’était pendant l’une de mes expéditions dans le Grand Nord que je fis une découverte. Il y avait un vent assez froid ce matin-là, et je tombais de fatigue. Sous mon gant, je sentis un carré dur et gelé. Je le sortis de sous un monticule de neige. C’était un carnet, dont il ne restait plus grand chose: 1 ou 2 pages seulement. Le silence était sans limite, ici, et je pus lire tranquillement. Le journal datait du Lundi 21 août 1967 : 

” Ce matin, mon ours brun, Jacoberie, et moi, pauvre montreur d’ours, sommes arrivés au Pôle Nord. Il fait froid, là bas, et tout est gelé. Mais c’était ce qu’il me fallait : les gens voulaient un ours polaire à présent, et non un ours brun. C’est qu’ils sont capricieux, les gens, ils veulent du nouveau! C’est pourquoi je suis venu ici, pour rendre blanche la fourrure marron de Jacoberie. Mais j’ai peur qu’il attrape froid… Toutefois, je trouve mon ours plus pâle qu’avant.” 

En tournant la page, je me rendis compte qu’était inscrit en gros “PLUS TARD”, et en dessous, encore quelques lignes. 

“Cette nuit, il y a eu une tempête de neige. Je ne pouvais en attendre plus de cette froide contrée! Le pelage de Jacoberie est plein de givre!  Nous allons pouvoir rentrer, le public va être content!”

Après, plus rien. Je ferme donc le journal, et clos mes paupières. 

Moi, je savais bien que, en se réchauffant, Jacoberie sera redevenu un ours brun… Mais cet audacieux montreur d’ours aura sûrement essayé de le mettre dans un réfrigérateur !…

 

Le sieur de Monterrey

Le sieur de Monterrey

C’est une sorte de parchemin grisâtre, poussiéreux et malodorant et gisant là sous la vieille mâle du grenier, qui attira mon attention. Je tentais de le dégager délicatement quand il s’effrita littéralement en poussière. Une page une seule résista. Je la tenais intacte. Je la sentais… précieuse.

Couverte d’une belle écriture de plume, elle commençait ainsi : « Le 12ème jour de l’An de grâce mille cent soixante quatre, Le Sieur de Monterrey, Gentilhomme de la contrée, allait être écartelé sur la place des chapeliers !  J’y étais! J’en puis témoigner.
Le supplice promettait d’être atroce. Une abominable exécution qui devait durer plus de six heures ! Mais, par chance pour le condamné, un esprit malin dérangea les plans du destin ! Une tempête de neige d’une violence inouïe surgit tout à coup du néant ! Les chevaux prirent peur et s’énervèrent tant qu’il fut impossible de les atteler aux membres du pauvre hère de gentilhomme. Le badauds assoiffés de sang, giflés par la morsure du vent glacial, se précipitèrent dans la taverne. Ne restaient sur la place qu’un montreur d’ours et son compère. Habitués qu’étaient ces deux-là à supporter telle froidure, ils attendaient le spectacle avec quelque impatience manifeste… Pour une fois qu’ils étaient spectateurs, ils en voulaient pour leur bourse !

(à améliorer & continuer…)

C’est la fin.

C’est la fin.

Cher Journal,
 Nous sommes, il me semble, le 17 février 2121, et voilà près de cent ans que je n’ai pas noircie tes pages. Je t’ai retrouvé dans les décombres de cette vieille maison que j’ai construite avec Paul, cette maison que je ne reconnais plus. Tu étais caché dans une malle où mes arrières petits-enfants ont regroupé les derniers souvenirs de cette famille. J’ai mis bien des mois à retrouver ta trace. J’ai pris le temps de relire chaque mot de chaque page qui te constitue, en redécouvrant des sentiments qu’aujourd’hui, je ne ressens plus. Je me plaignais de cette vie que je trouvais dur et insupportable en 2021, avec cette Covid 19 et les décisions gouvernementales qui ne plaisaient pas à certains. Je les verrais bien, ceux-là, dans ce monde actuel. Ils se rendraient compte de la chance que nous avions de vivre dans un monde qui paraissait sûr.
Lorsque j’ai pris la décision, ce 26 août 2021, de participer à l’expérience scientifique de cryogénisation, je ne pensais pas rester aussi longtemps dans un bloc de glace. Ils avaient promis que cela ne durerait pas plus de cinq ans, et pourtant, j’y suis resté 95 de plus. Je me retrouve à présent dans un monde que je peine à reconnaître. Quelle est loin l’époque où nous pouvions faire la fête, lire dans des parcs, ou simplement se retrouver au bord d’un dîner avec la personne que nous aimons. Pour les jeunes de cette époque, voilà bien des années qu’ils n’ont pas vu l’ombre d’un repas correct, je ne suis même pas sûr qu’ils sachent ce que cela signifie. Ce bon vieux réchauffement climatique à tout détruit. Il ne reste plus rien. Juste ces êtres humains et leurs technologies débiles qui, comme je l’avais déjà dit, n’est d’aucune utilité dans cette situation plus que désastreuse. Il fait chaud. Tellement chaud.
Voilà près de six mois que je suis réveillés, que je supporte cette atmosphère apocalyptique. Je te mentirais si au début la journaliste qui sommeil en moi n’a pas pris cela comme une aventure, mais à présent, c’est un véritable calvaire. En plus de cette chaleur étouffante, la fonte des glaciers a fait ressurgir d’anciennes maladies que les médecins ne peuvent soigner. Ceux qui n’en meurent pas, finissent de toutes façons par mourir de faim ou de soif. Cette situation est dure, tellement dure. Le peu de dirigeants de pays encore en place, disent chercher des solutions, mais je n’ai plus d’espoir. Je sais que nous sommes foutus.
Si tu savais tout ce que je donnerais pour revenir à mon époque et retrouver mon emploi à la BBC, retrouver mon tendre et bel amour Paul qui me manque terriblement, et mes enfants. Leurs absences créées un trou béant dans ma poitrine. Je veux simplement retrouver ma vie, celle où les gens vivaient réellement et ne se contentaient pas de survivre.
Aujourd’hui, j’écris ces pages pour témoigner du chaos dans lequel le monde s’est plongé. Ces pages qui seront les dernières, et témoigneront du passage de l’Homme sur la Terre.
C’est la fin, Cher Journal.

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La lumière

La lumière

Nadine était arrivée à la ferme la veille. Elle y resterait, comme chaque année, durant  toutes les vacances d’été.

Cette première matinée, c’est dans la grange qu’elle l’avait passée, et c’est dans une vieille malle qu’elle avait trouvé ce cahier rongé par le temps. L’odeur du papier jauni l’en avait d’abord éloignée, comme si elle avait craint de s’en imprégner, mais finalement, elle avait osé ! Elle comprit vite qu’il s’agissait d’un journal. Un journal intime…

Elle en parcourut quelques pages encore lisibles, et peu à peu, forgea sa conviction : un gardien de phare l’avait écrit. Cherchant dans sa mémoire un ancêtre auquel elle put l’attribuer, elle s’arrêta sur un vague souvenir d’arrière grand père, sans pouvoir s’y fixer.

Une page, en particulier, la plongea dans la rêverie d’un monde inconnu et secret ; celle du mardi 20 juillet 1926, parfaitement conservée.

Mer d’huile. J’ai pensé à Marie toute la journée, et me suis ennuyé.
Tenté de lire, ce matin, sans succès. Ramassé trois oursins et quelques moules…
Aucune voile, aucun visiteur ; pas même de goéland.
Grande solitude, mais quiétude aussi. Ne l’ai-je pas désirée ?
Je ne suis pas en prison, il n’y a pas punition. C’est mon âme que j’ai voulu sauver… Personne ne m’a forcé. Mais je dois payer…
Arrêter de penser… Allumer le foyer. Demain je pêcherai.

C’est par “Marie” que, peut-être, elle pourrait découvrir ce mystérieux ancêtre. D’ailleurs, était-il son ancêtre ? Mystérieux, il l’était ; l’écriture le montrait. Bien formée, légèrement inclinée et les lettres bien liées, elle ne pouvait appartenir qu’à quelqu’un qui la maîtrisait. Comment cet homme, à l’évidence cultivé, était-il arrivé là ? Et surtout : que devait-il payer ?

Nad se réjouit : son enquête pouvait commencer ! Elle ferait, elle le sentait, toute la lumière sur cette énigme des grands fonds. “Et pour commencer, le lire en entier, se dit-elle. J’y mettrai la journée s’il le faut.”

confidence

confidence

Vendredi 17 décembre 2027

Les guirlandes sont déjà installées. Les yeux des enfants s’écarquillent devant les automates des vitrines d.écorées
Moi, cher journal, je suis triste en pensant à la première rencontre.
C’était le 17 décembre 2007 : 20 ans !
Après quelques années, le ciel devint plus gris … et l’avenir brumeux …
Alors, depuis longtemps je comptais les jours, les semaines, les mois … Rien ne changeait.
Je souhaitais le distraire des démons intérieurs de ce cerveau en perpétuelle révolution et dans une agitation créatrice.
Un peu présomptueuse, je m’imaginais représenter le repos du guerrier de cet illuminé de la Science Algorythmique.
Rien n’avait été gagné d’avance.
La bataille avait été trop rude, bien au-delà de mes compétences. Ce constat d’échec me laisse une saveur amère.
Un jour, peut-être, il découvrira le sentier de l’apaisement.