AlgoMuse Éditeur associatif
Un autre monde

Un autre monde

Un autre monde

Mes Anges pleins de bonté, connaissez-vous l’Angoisse ?

Dans votre espace, nulle menace,

Mais dans le mien peut-être bien  !

A mes appels, Anges rieurs,

Toujours vous répondez sans sourciller.

Vous exaucez ma volonté,

Vous libérez des potentialités…

…mais parfois, Anges farceurs,

Vous me faites “maronner”,

Vous me testez !

Alors l’Angoisse montre son nez

Jusqu’au dénouement tant espéré.

Où enfin, enfin, je peux respirer !

Devant “Le radeau de la Méduse” (Théodore Géricault)

Devant “Le radeau de la Méduse” (Théodore Géricault)

La frégate « Méduse » gît dans les eaux profondes,

La nuit vient de tomber et le tonnerre gronde.

On a jeté en hâte un radeau trop fragile,

Hissé sur un vieux mât une voile inutile.

 

C’est un amas de chair, plus que de forme humaine,

Sans aucun sentiment, ni d’amour, ni de haine.

Les corps à demi nus se tordent de douleur,

Leurs regards sont empreints d’une lente torpeur.

 

L’un râle, agonisant en invoquant le ciel

D’abréger ce moment ultime et si cruel ;

L’autre, encore debout, agite un vêtement,

Geste désespéré, pour cacher ses tourments.

 

Les chairs disloquées ont la teinte verdâtre

Et plongent mollement dans la fange saumâtre ;

Dans cette nuit de drame, un air nauséabond

S’échappe, en vapeurs, de tous ces moribonds.

 

Survivants affamés ! vous mangez de la chair !

De ceux qui ne sont plus compagnons de galère ?

 

Je suis tétanisée devant cette œuvre immense,

Cette vision d’horreur, cette douleur intense,

Jusqu’au fond de mon cœur, sens courir un frisson.

Ce désespoir me glace et m’emplit d’émotion.

Les vieilles courtisanes

Les vieilles courtisanes

C’est un salon désuet rempli de souvenirs,

De babioles futiles et sans moindre avenir.

Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles

Cherchent encore à vivre avant le grand sommeil.

A gestes mesurés elles minaudent en vain,

Pour tenter d’oublier la peur du lendemain.

Un corsage brodé cache leur cou fripé,

Orné de lourds bijoux, vestiges du passé.

Elles sirotent le thé et croquent des biscuits,

Se disent mille choses sur leurs petits ennuis,

Les échos de la ville ou de leur bienfaiteur,

Celui qui, en secret, rêve d’un autre ailleurs.

Elles tremblotent un peu comme feuilles d’automne.

De leurs voix chevrotantes, lentes et monotones,

Elles relatent le temps heureux de leur jeunesse,

Avec, dans le regard, un voile de tristesse.

Elles étaient des rivales au temps de leurs amours

Quand, pour des avantages, elles montraient leurs atours.

Dès lors, elles sont amies et dans leur décadence,

Elles troquent leur mépris pour de la bienséance.

Le cauchemar

Le cauchemar

Une cacophonie retentissait sans cesse,

Chamboulait la pensée jusqu’au fond l’ivresse.

Les notes discordantes résonnaient sans raison.

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.

 

Un silence inquiétant annonçait la menace

D’une sourde explosion à prendre en pleine face,

Nous figeant tel un roc dans le sol enchâssé.

Dans ce climat glacial, il fallait résister.

 

On voguait, en délire, sur les vagues obscures

De l’océan cruel, de paroles impures.

Mais où sont les repères d’une réflexion saine,

Au fond de ces pensées gangrenées par la peine ?

 

Quel est donc ce démon, surgissant dans un rêve,

Qui hante et qui torture et s’acharne sans trêve ?

Chercher dans les méandres une lueur d’espoir

Nous épuise et nous blesse au fond de ce trou noir.

Décadence

Décadence

Elle arpente la rue de semaine en semaine.

Aguicher le passant, voilà son dur métier.

Dans les bars mal famés du quartier elle traîne

Les funèbres appâts qu’elle tient à cacher.

 

De sa voix éraillée, elle se fait remarquer

Par cet oiseau de nuit qui passe et la rejette.

Ses amies la regardent et la prennent en pitié

Les vieilles formes usées ne font guère recette.

 

Adieu la vie de luxe de gloire et de beauté.

Lasse et abandonnée, elle est l’ombre d’elle-même.

Elle arpente la rue, sa jeunesse est fanée ;

Puis dans ce bar de nuit, elle boit un café-crème.

 

C’est là que la misère en toilette qui meurt,

Loin de ces gens bien nés, bien propres et bien pensants,

Vient trouver un refuge et taire son malheur

Et quêter un sourire, un mot réconfortant.

Espoir

Espoir

Produits avariés, nés d’un siècle vaurien

De l’Eden enchanteur il ne reste plus rien.

Des loques de banquise ; l’ours blanc désespère.

Le haut glacier se meurt, engloutit la vallée.

Et les ouvriers pleurent de l’envie d’exister.

Les fauves affamés massacrent les troupeaux.

Et le ciel menaçant crache ses trombes d’eau.

La mer mange la terre inexorablement.

Et les riverains fuient quand il est encore temps.

Mais l’enfant, l’héritier de toutes ces erreurs,

Construira l’avenir et sa part de bonheur,

Inventif ô combien ! Trouvera les moyens,

Il sauvera la Terre pour protéger les siens.