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La Gargouille

Il faisait bon se promener dans ce bois de chênes et de fayards, cueillir la première violette et le muguet avant qu’un chasseur ne croise cette créature, arrivée d’on ne sait où.
Il l’a aperçu dans sa cabane faite de bric et de broc, à demi nu, le muscle puissant et saillant, la peau vérolée et le regard vitreux et mauvais, un rictus dévoilant des dents longues et acérées. L’homme, quand il raconte pour que personne n’oublie, s’interroge encore sur un détail incongru : la présence d’ouvrages reliés posés sur une étagère. Cet être a-t-il une âme ? Plus personne n’ose s’aventurer dans ce coin.
Parfois le monstre sort de sa tanière. Ses larges épaules voûtées, dans la pénombre naissante où traînent encore des lichens de soleil et des morves d’azur, il rase les murs en traînant ses grolles trouées, trop grandes et sans lacets. De son vieux pardessus gris, il émane des relents de cave de crasse et de moisi. Les passants, prudemment, s’écartent de lui sur son passage sans oser le dévisager, et les mères rattrapent leurs marmots trop curieux. Des loques emmêlées et poussiéreuses encadrent sa face ocreuse et couperosée. Son nez plongeant n’est qu’une hideuse pustule protubérante et incongrue, masque raté des grosses têtes de carnaval. De son œil jaune et larmoyant, il traîne autour de lui un regard bestial comme s’il voulait chercher querelle et mettre en œuvre un mauvais dessein. Une flamme inconnue anime sa figure. Sa large et longue main noueuse et décharnée tient serré son vieux chapeau de feutre éculé, si fort qu’elle en est violacée. Toute sa haine est dans ce membre, tenaille dangereuse dont il est prudent de s’éloigner. Il a des allures de hyène prête à se jeter sur sa proie.
Tous, nous le craignons. Nous l’appelons ‘’La Gargouille’’

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