AlgoMuse Éditeur associatif
le mystère de la porte

le mystère de la porte

Le mystère de la porte

Nous sommes en juillet 2021. Il fait beau, le ciel est bleu, le bleu du centre de la France. Comme chaque année nous sommes venus nous ressourcer en Sologne, terre de forêts et d’étangs si bien décrite par Maurice Genevoix avec son célèbre Raboliot, le braconnier insaisissable que toute la Sologne admire pour son savoir-faire.

Nous sommes sur le territoire de nos grands parents qui habitaient à Mennetou sur Cher, charmante petite ville entourée de remparts avec ses ruelles recouvertes de pavés qui montent vers les ruines du château médiéval. C’est un lieu de passage de Jeanne d’Arc. Mennetou a servi de décor pour le feuilleton télévisé Thierry La Fronde. J’y suis venu y passer mes vacances avec mes cousins et mes cousines durant toute mon enfance.

Les années ont passé, les grands parents nous ont quittés, la famille s’est dispersée.

La maison familiale a connu d’autres propriétaires. Chaque fois que nous sommes de passage, nous allons la voir. C’est notre pélerinage.

C’est une bâtisse en pierre du 19ème siècle. Bien construite, bien située, elle a un petit air de manoir et possède un grand nombre de pièces. Elles étaient toutes de belle surface, meublées, tapissées, décorées avec goût. C’était une maison pleine de charme j’en suis nostalgique.

Un long couloir la traversait. Si les murs pouvaient raconter, ils évoqueraient, les cris, les pleurs, les fous-rire, les courses et de nombreuses parties de cache-cache que nous organisions, aucun endroit de la bâtisse ne nous était inconnu , sauf un. Un seul nous était inconnu. Il nous intriguait. Il nous faisait rêver. Il était au fond du couloir, à droite, la porte était toujours fermée à clé. Quel mystère cachait cette porte ?

Elle n’avait aucun signe distinctif, elle ressemblait à toutes les autres portes de la maison. Nous étions de jeunes enfants, curieux, espiègles, toujours prêts à faire une bêtise et pourtant, bizarrement nous nous étions résignés à ne pas la voir ouverte et l’avions baptisée « la porte du tabernacle », mais que d’interrogations à son sujet. Nous tenions souvent des conciliabules et échafaudions des hypothèses toutes plus farfelues les unes comme les autres. Tous nos souvenirs de lecture y passaient, le Comte de Monte Cristo, l’enfant caché, l’aïeul momifié, le coffre fort rempli de diamants et de lingots d’or, une collection de tableaux dont on héritera, mille et mille suppositions. Nous aimions et respections nos grands-parents. Je les adorais. Je n’aurais pas voulu leur faire de peine et je chassais de mon esprit l’idée qu’ils puissent être intéressés par l’ésotérisme, une religion bizarre, une activité inavouable, et je culpabilisais de temps en temps, mon imaginaire d’adolescent reprenant le dessus.

Jamais, jamais, nous n’avons essayé d’ouvrir cette porte.

Je me souviens, qu’un jour, en passant devant, j’ai cru entendre un soupir, j’ai collé une oreille. Un autre soir j’ai glissé un petit mot sur lequel j’avais écrit « dites-moi qui vous êtes » j’avais pris soin de le laisser dépasser. Le lendemain le papier avait disparu. Mystère ? Mystère ? J’ai aussi toqué, j’ai gratté le bois espérant toujours avoir une réponse, le néant, pas un souffle, rien. Une autrefois, j’ai aussi cru déceler une odeur. J’ai reniflé le trou de la serrure et le chambranle, rien, toujours rien. Je suis sûr que mes cousins, cousines en ont fait autant. Mais personne n’en parlait.

Pourquoi ? Ça ne s’explique pas, mystère.

Pour marquer la fin de l’été et celle des vacances, nos grands parents avaient pris l’habitude de réunir toute la famille pour un repas. Pendant des années, cela a éune belle fête, et, cette année là, alors que nous venions de terminer le dessert, Grand père s’est levé. Nous n’étions pas étonnés, il avait l’habitude de nous faire un petit discours. Il a jeté un regard vers son épouse, son visage est devenu grave. Nous sentions que quelque chose allait se passer. Silence total de l’auditoire, un ange passe, ces quelques instants : une éternité.

Il commence et d’un air solennel et déclare « Nous sommes vieillissant et nous avons pris la décision de vous faire une révélation

« Ce serait une injure de vous dire que vous n’avez pas remarqué qu’une porte au fond du couloir n’était jamais ouverte. Vous vous êtes tous interrogés, vous ne nous avez jamais posé de questions. Vous avez fait preuve de délicatesse, votre silence vous honore. Nous n’en attendions pas moins de vous. Aujourd’hui, nous avons décidé de vous mettre dans la confidence et vous révéler pourquoi cette porte est close.»

Stupéfaction générale, nous sommes suspendus à ses lèvres. Quant à moi, ma sensibilité, ma curiosité, ma jeunesse, mon impétuosité, provoquent une tempête dans ma tête. Je commence à regretter de savoir.

Grand père continue « le Cher coule à quelques centaines de mètres de chez nous. Durant la guerre 39/45 il faisait office de ligne de démarcation, la France Libre, la France Occupée. Mennetou était en zone occupée. Nous nous sommes adaptés à la situation et avons continué à vivre normalement malgré la guerre. Le Général était à Londres. Il avait pris de gros risques, entouré de Français courageux. Que pouvions nous faire à notre petit niveau ? Nous avons tout simplement pris la décision d’aider ceux qui étaient persécutés et devaient fuir l’occupant. Durant ces tristes années, des gens du pays, des passeurs courageux, au péril de leur vie, leur ont fait traverser cette ligne fictive, en franchissant le Cher la nuit. Avant leur traversée, il fallait que ces fugitifs attendent. Nous avons pris la décision de les accueillir clandestinement. La chambre au fond du couloir leur a servi de refuge.

La porte qui est toujours fermée, a été un témoin involontaire de ce qui se passait, si elle pouvait parler, elle vous raconterait toute la détresse, le désespoir, mais aussi le courage des amis que nous avons reçus et peut-être sauvés. Je dis peut-être, car tous n’ont pas eut la chance de s’en sortir et aujourd’hui je pense particulièrement à la petite Sarah, une si jolie petite fille pleine d’innocence et ses parents morts dans un camp en Pologne. Nous ne cessons d’y penser.

La paix est arrivée, nous ne savions que faire pour garder un souvenir et honorer la mémoire de ceux qui ont souffert de la barbarie. Nous avons donc pris la décision, de garder le lieu intact . Il fallait qu’il garde intact les traces impalpables, l’angoisse, la peur, l’espoir, les prières, mais aussi la joie d’être encore en famille de ceux qui l’avaient occupé. Nous l’avons fermé à clé.

Depuis, la fin de la guerre, plus personne n’y a vécu. Une fois l’an nous sortons la clé, nous ouvrons la chambre et nous nous recueillons. C’est le secret de notre vie. Nous sommes heureux d’avoir pu soulager des souffrances. Nous vous en avons imposer une en ne vous dévoilant pas plus tôt notre secret. Nous vous demandons pardon.

Aujourd’hui nous allons entrer dans la maison. Nous allons ouvrir la porte, pénétrer dans la chambre, faire silence et avoir une pensée pour toux ceux qui y ont séjourné et souffert.

Au signal des grands-parents, en file indienne, nous nous y rendons, tous silencieux et profondément émus.

Le couloir me paraît encore plus long que d’habitude. Nous arrivons devant « la porte du tabernacle » Mamy tourne la clé dans la serrure avec beaucoup de délicatesse et pourtant dans ma tête ça raisonne. Elle pousse la porte. Nous pénétrons dans la pièce.

Quel silence ! Je prends une grande bouffée d’air pour mieux me rapprocher des personnes qui y ont séjourné. J’essaie d’imaginer la souffrance de ces pauvres gens persécutés par les Allemands. Je me rends compte tout de suite que cela est impossible. Sarah si tu me vois, pardonne moi. J’aurais aimé te connaître. Gand père et Grand-mère te porte dans leur cœur, comme moi maintenant.

C’est fini, la porte vient de nous livrer son secret.

C’est un de mes meilleurs souvenirs.

Je suis heureux d’avoir connu le mystère de la porte, mais souvent, je me pose la question : Est-il est souhaitable de toujours connaître le fond des choses. Je n’en suis pas certain car un charme est rompu.

Est ce que j‘étais heureux de savoir ? Peut-être pas ?

Ça n’engage que mon égoïsme.

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La libération du caribou

La libération du caribou

Voilà un endroit sauvage au possible fait de terres plus ou moins cultivables et de marais pas toujours bien fréquentés. Le pécari qui reniflait toutes les mottes humides à la recherche de quelque nourriture fut soudain interpellé par un castor couché sur le dos, jambes croisées, qui prenait une pause au soleil :

– Que fais-tu gros cochon, aurais-tu perdu quelque chose ?

– D’abord, cochon, je ne suis point. Admire au moins le collier qui orne mon cou. J’en suis fier et dois te dire – ignorant – que je suis un pécari encore jeune et plein d’ambition. Je cherche pitance voilà tout. Et toi-même que fais-tu là à te prélasser fainéant. Tu n’honores point ta famille que je croyais plus laborieuse. Du moins selon ce qui se dit.

– Mille excuses Monsieur le pécari, je ne voulais aucunement te blesser ou t’offenser. En ce qui me concerne, je viens d’abattre ces trois arbres dans la foulée et prends quelques minutes de repos bien mérité.

–  sur ces entrefaites un buffle passa par là. Apercevant nos deux compagnons, il se rapprocha d’eux et poliment leur dit bonjour castor, bonjour cochon.

– non mais ce n’est pas vrai ! S’exclama le pécari ulcéré, Déjà deux fois ce matin.

Le castor s’adressant au buffle lui dit ;

– ce n’est pas un cochon, mais un pécari. Je t’expliquerai la différence qui se résume à une histoire de collier.

Le pécari émis pour tout commentaire un grognement.

  • Pardonnez mon intrusion dans votre conversation, mais peut-être pourriez-vous me donner un coup de main, interrogea-t-il ? Et d’un mouvement de son cou indiqua une direction.

En deux mots le buffle – lequel précisa qu’il était plus exactement une bufflonne – avait rencontré ce matin même au travers de la clôture de la réserve zoologique proche, un caribou qui lui avait expliqué avoir été capturé au Canada, un pays fort éloigné de la Louisiane et infiniment plus froid, où il avait l’habitude de surcroît de se nourrir de mousses et de lichens. Que s’il restait là, il allait probablement en mourir. De fait ce caribou délocalisé devait être secouru.

Immédiatement les trois compères se mirent en route clopin-clopant. Le castor qui revendiquait toujours sa vaillance s’était néanmoins juché sur le dos de la bufflonne à l’invite de celle-ci pour gagner du temps.

Parvenus à la grille du parc soi-disant zoologique, mais que nos amis considéraient comme une prison, ils retrouvèrent le caribou qui releva la tête et s’agita dès qu’il les vit. Réfléchit bien lui dit la petite troupe du bon côté du grillage. Aller au Canada ne va pas être une opération des plus simple, il va falloir te faufiler au travers de la population des hommes pour remonter toute l’Amérique du sud au nord, de la Louisiane au Canada, sans te faire prendre.

  • Aucune crainte dit le caribou mon cerveau m’oriente toujours vers le nord, à tel point que les copains de captivité m’ont surnommé la boussole. Au Canada déjà je savais éviter les hommes, les villes, les routes. Pour cela il est préférable de voyager de nuit et de toujours s’éloigner des lumières.
  • Dans ce cas, si tout le monde est d’accord, y compris le principal intéressé, nous allons te sortir de là, dit la bufflonne laquelle du fait de sa taille jouait le rôle de chef de groupe.
  • Je me charge de couper ces trois gros poteaux de bois. Dit le castor qui n’attendait que cela.
  • La bufflonne de son côté dit qu’elle écrasera ce grillage pour que le caribou puisse passer tandis que le pécari veillera à ce que le caribou ne se prenne pas l’une de ses pattes dans les mailles de ce maudit grillage et y remédiera si le cas advenait.
  • Ainsi fut fait, et tout se passa bien. Les quatre amis se séparèrent non sans émoi et la bufflonne ajouta :
  • Moi-même j’étais prisonnière de cet enclos et ai profité d’une porte mal fermée pour m’enfuir. Comme je suis venue d’Afrique je sais que je n’y retournerai jamais à moins qu’une révolution chez les hommes fasse que chaque animal capturé soit un jour ramené dans son pays et que ferment ces fichus parcs et autres zoos des villes.

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Faux coupable

Faux coupable

FAUX COUPABLE

l’autre côté de la barrière

Il fallait qu’il paie.

J’éprouve une sensation bizarre. L’atmosphère est étrange, mon esprit est en ébullition, mon sang se glace, mon cœur bat la chamade. Il est là devant-moi, les mains pleines de cadeaux. Il esquisse un sourire mais je ne suis pas dupe. Je le connais mieux qu’il ne se connaît. Nous avons passé ensemble notre enfance, notre adolescence, notre jeunesse, j’avais en lui une totale confiance. C’était un confident, un frère, un ami.

Mais, c’est un Judas. Il m’a trahi. Il a volé de l’argent. Je suis en prison. Il m’a laissé être accusé à sa place.

J’entends le Président du tribunal qui annonce « vous êtes coupable, je vous condamne à 20 ans de prison », la tête me fait mal, mon sang s’est glacé dans mes veines.

Depuis, au fond de moi, une petite voix me disait « il t’a trahi , un jour ou l’autre il reviendra avec le besoin de soulager sa conscience, se faire pardonner.» et le voilà, il est devant moi.

Je suis innocent, personne ne m’a écouté. Je souffle. Je pleure. Je suis anéanti.

Mon dieu, qu’est ce qui m’arrive ?

Je crie : rends l’argent !

Il n’y avait que 10 euros.

J’ai l’impression qu’il sourit. Comment oses-tu ?

Il baisse la tête, avance de quelques pas. Il s’agenouille, gémit, veut demander pardon.

Ah non ce serait trop simple.

Mon corps se raidit. Je ne réfléchis plus, je prends la hache bien en main, mon bras se lève. Le tranchant entaille profondément son crâne.

Du sang gicle partout, sur les murs, les bancs, le carrelage, tout est rouge. C’est horrible.

Je suis mal, je souffle, je voudrais que ça finisse et pourtant, aveuglé, ivre de rage, je relève à nouveau le bras vengeur, mais je le stoppe net, je réalise ce que je viens de faire.

Merde ! je vais en reprendre encore pour 20 ans !

Tétanisé, paralysé, pas le temps de réaliser, d’aller plus loin, j’entends : Oh Marie si tu savais., tout le mal……… c’est Johnny, le radio réveil vient de se déclencher. J’ouvre les yeux.

Je suis dans mon lit. Mon épouse est à côté de moi t. Elle continue de dormir.

Oups ! Quel cauchemar !

Dorénavant, je vais faire attention à la charge émotionnelle journalière et dîner plus légèrement.

Cérémonial du matin, je me dépêche, j’ai une audience à 8 heures.

Je suis juge à la Cour d’Assises.

Cette nuit, je suis passé de l’autre côté de la barrière.

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le masque

le masque

Le masque

chez toi, chez nous

Un homme monte dans un taxi

– Bonjour monsieur le chauffeur. Comment vous appelez-vous ?

– Rémi, monsieur

– Rémi, en plus d’être chauffeur de taxi, vous êtes chanteur ?

– Non monsieur.

– C’est dommage, avec un prénom pareil vous pourriez chanter du fado.

– Rémi avez-vous un chien ?

– Oui monsieur.

– C’est une chienne et elle s’appelle Lassie nest-ce pas ?.

– Où allons nous monsieur ?

– Nulle part.

– Nulle part, mais encore.

– Ici, là-bas, ailleurs, n’importe où.

– C’est vague.

– Allons chez vous.

– Pourquoi chez moi ? Je ne vous ai pas invité ?

– Oui, mais on va chez-vous. Je vais vous expliquer. Quand vous dites : chez-moi, c’est chez-vous. Conclusion, chez-moi, chez-vous c’est pareil.

– Donc, si je comprends bien, quand vous dites on va chez moi, c’est chez vous.

– Oui, vous avez compris.

– Mais c’est où ? Chez-vous ?

– Vous ne connaissez pas votre adresse ?

– Je ne connais qu’elle, mais chez moi, ce n’est pas chez vous.

– Bien sûr que si. Je viens de vous l’expliquer, chez moi et chez vous c’est pareil.

Je pensais que vous aviez compris. Nous allons chez moi et c’est chez vous.

– Ça ne me dit toujours pas où nous allons.

– Je viens de vous le dire, chez moi, donc chez vous.

– J’ai mal à la tête, je ne comprends toujours pas.

– C’est parce que vous y mettrez de la mauvaise volonté.

Chez moi, c’est chez vous, je vous le répète depuis tout à l’heure, c’est pareil,

c’est pareil ! Faites un effort !

– Je suis perdu monsieur. Aidez-moi.

– C’est un comble ! Un chauffeur de taxi qui demande de l’aide à son client.

Le GPS, vous connaissez ?

– Oui monsieur, c’est une application qui m’indique le chemin qui par exemple, me permet d’aller de chez-moi à chez-vous.

– Mauvais exemple, chez-moi, chez-vous, on a dit que c’est pareil, c’est pareil, pas besoin d’un G.P.S.

– Monsieur, arrêtez le supplice s’il vous plaît.

– D’accord, on va en finir, je vais vous prouver que chez-moi, c’est chez-vous et inversement. Retournez-vous et gardez votre calme.

– Papa ! Je ne t’avais pas reconnu sous le masque.

– On va à la maison ?

– Ni chez-toi, ni chez-moi, ni chez-nous, Je te l’ai dit, on va nulle part ? Tu m’as énervé.

Je descends. Je vais marcher.

Préviens ta mère que je serai en retard pour le déjeuner.

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Petit plaisir grinçant

Petit plaisir grinçant

Vite à table ! C’est prêt.

Je m’apprête à m’asseoir, le téléphone sonne.

Je décroche, je décroche pas ?

Je décroche.

– Bonjour monsieur Gabriel, DUCON, je me présente, je m’appelle sybille et je viens vous présenter dans le cadre de notre grande promotion nationale les produits de la marque italienne Restoupi.

Vous aimez l’Italie, J’en suis sure.

– Désolé Sybille ? On ne dit pas monsieur Ducon, mais Dusson, le C prend la cédille ça l’adoucit.

– Pardon Monsieur Ducon, je ne connais pas cette Cédille.

Je continue. Nos produits, des spécialités italiennes, sont bien sur exclusivement fabriqués en Italie. Par exemple : du pesto au basilic, du salame levonetto à la truffe, du saucisson toscan, de l’huile d’olive toscane, que de bons produits de très grande qualité. Ils sont bio.

– Des produits bii, vous voulez dire.

– Non Monsieur, pas seulement pour bi mais aussi pour des homos, des hétéros pour tout le monde.

– Je vous disais cela parce que en italien on dit un concerto des concertii.

– Vous avez certainement raison Monsieur Ducon. Je continue, nos produits sont présentés dans un très beau coffret qui peut servir de cadeau. De délicieuses spécialités italiennes de la maison Restoupi, pas moins de 6 produits de la gamme des produits Restoupi.

Comme je vous le disais, nous vous les offrons gratuitement, cependant, pour nous permettre de les diffuser nationalement, exceptionnellement, nous allons vous demander une toute petite participation.

– une participation ? Je ne parle pas italien.

Rassurez-vous monsieur DUCON , nous n’allons pas vous demander de parler italien mais seulement une petite contribution de 2 euros pour frais d’envoi. Pour cela, Il me faut tout simplement les numéros de votre carte bancaire. Soyez sans crainte nous avons pris des dispositions, la procédure est totalement sécurisée.

– C’est parti ! Je jubile.

– Ok, je vous fais confiance, n’en abusez pas. Vous notez : 09.. .. ….02 crypto 666

Soyez rassuré Monsieur DUCON nous faisons notre maximum. Vous allez être surpris .

Je vous remercie Monsieur DUCON  de m’avoir fait confiance.

Bonne réception, bonne découverte, bonne dégustation. Vous allez penser à moi ces prochains jours. J’ai été heureuse de vous “avoir”.

Bonne journée.

On me dit naïf. Effectivement je le suis et heureux de l’être et j’en use et parfois j’en abuse.

A force d’être sollicité depuis que le portable existe, je suis vacciné et quand je suis bien disposé je joue le jeu. Plus la ficelle est grosse, plus je tire dessus, chacun son plaisir, même si parfois j’ai des scrupules.

Sybille, si c’est son nom, va faire connaissance avec le 666, « la bête de l’Apocalypse » Certes le discours de Sybille n’annonce pas la fin du monde, mais il est malhonnête et il peut être catastrophique pour beaucoup d’entre nous. Elle est tellement charmante avec son petit accent d’ailleurs, la chaleur de sa voix, son charme, on est tenté d’accéder à sa demande, n’empêche que c’est un escroc. 

Je lui souhaite de ne pas connaître les foudres de ses commanditaires lorsqu’ils s’apercevront de la supercherie.

(*) Buon intenditor, poche parole ! chi ha pensato prendere é preso!

Cet entretien téléphonique avec Sybille m’a ouvert l’appétit. Aussi, je vais déguster un bon petit Bourgogne qui n’a rien à envier au Barolo Riserva et savourer la cuisine française à défaut de pouvoir goûter aux spécialités italiennes qui n’arriveront jamais.

Au prochain ou à la prochaine !

A qui le tour ?

(*) A bon entendeur salut ! Qui croyait prendre est pris !

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Qui a tué monsieur Blanche?

Qui a tué monsieur Blanche?

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Qui a tué Monsieur Blanche ?

l’hiver est bien avancé . Il pleut depuis une semaine et ce n’est pas aujourd’hui que Gabriel va pouvoir mettre le nez dehors.

Pour se dégourdir les jambes il fait un petit footing autour de la table du salon. Être confiné ce n’est déjà pas gai , si en plus il faut se rouiller….

Il est de méchante humeur. Il maugrée devant sa tasse de café qui est trop chaude. Il souffle, il s’essouffle, il se brûle les lèvres. Il va falloir qu’il se ressaisisse sinon il va faire passer une journée exécrable à son entourage.

La radio est allumée.

Comme d’habitude il n’est question que de politique, de Covid, de décès, de mouvements sociaux et autres. Un flot ininterrompu de nouvelles toutes plus tristes et banales les unes que les autres. Les journalistes sont prolixes. Aujourd’hui, Il faut « faire le buzz », il faut être le premier.

Toutefois son attention est attirée par la nouvelle suivante : 

»un individu a été retrouvé égorgé dans une mansarde, sous les toits, un téléphone a été retrouvé, posé sur le sol . La victime était connue dans le milieu de la nuit parisienne. Il a été découvert par son voisin de pallier qui avait remarqué que la porte de la chambre était entr’ouverte. La police a ouvert une enquête. D’après les premiers éléments, il s’agirait d’un règlement de compte entre caïds trafiquants de drogue ».

Après avoir entendu cette information, il se dit j’aurais aimé être policier. Enquêter, fouiller dans la vie des autres, cuisiner un suspect, je suis sur que j’y aurais pris du plaisir. Il ironise, souhaite bon courage à ces messieurs les policiers qui, mystérieusement, paradoxalement, ne lui inspirent pas de sympathie, il est rebelle et il en a conscience.

Ce matin, de nombreux auditeurs auront de quoi discuter devant la machine à café.

Trois semaines se sont écoulées, de l’eau a coulé sous les ponts comme disait ma grand-mère. Gabriel relève son courrier. et découvre une convocation du commissariat du X-ième arrondissement. Que lui veulent ces braves gens ?

Nous somme le 1er Avril et ce n’est pas un poisson.

Il pleut, il fait gris, tout lui paraît triste, il est pensif, et se rends à la convocation, des idées plein la tête.

Arrivé au commissariat, un officier de police judiciaire l’accueille et le conduit dans un bureau où un de ses collègues est déjà installé.

« Asseyez-vous ! »

L’interrogatoire commence immédiatement.

« Identité, situation de famille, profession, adresse ! »

Une rafale de questions lui tombe dessus.

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Il s’exécute et attends.
« Connaissez-vous monsieur Jules Blanche ? »

Monsieur BLANCHE?

Il fouille sa mémoire. « je ne connais pas cette personne. Ce nom ne me dit rien. »

L’officier de police reprend la parole et déclare : « cette personne a été assassinée dans une mansarde sous les toits, et nous avons trouvé votre nom et votre numéro de téléphone dans son répertoire téléphonique. Vous êtes entré en relations avec lui le 29 février dernier. »

« Êtes vous bien sur de ne pas connaître ce monsieur ? Prenez votre temps, réfléchissez bien !

Il se concentre, il fouille et refouille sa mémoire. Panique à bord, poussé d’adrénaline, son cerveau ne répond plus.

«Blanche, vous dites ? Ce nom ne me dit vraiment rien.

« Désolé, je ne connais pas ce monsieur Jules Blanche. »

« Nous avons communiqué le 29 février , dites-vous? « 

« Oui, le 29 février »

Il se concentre de nouveau, refouille, « rerefouille » « rererefouille » les tréfonds de sa mémoire. » et commence à paniquer.

Il respire profondément comme il a appris sur un tuto de youtube. Il rassemble ses souvenirs. Rien ne vient. Il ne sait plus où il est, perd la notion du temps quand tout à coup, il a une fulgurance. Il prend une grande bouffée d’air et se met à parler : le 29 février, mais c’est bien sûr ! (vous vous rappelez «  LES CINQ DERNIÈRES MINUTES ») Maintenant je me souviens et d’un seul trait il déclare : « la veille, le 28 février, je roulais sur les grands boulevards, un cabriolet rouge stationnait en double file, un danger public, un bouchon monstre s’était formé. Lorsque je suis arrivé à la hauteur du véhicule, j’ai été doublé par une trottinette, j’ai été déporté sur la droite, j’ai rayé l’aile.

Au crissement, un homme est sorti furieux d’un immeuble. Pas très sympathique à première vue. Il était bizarrement vêtu, on aurait dit un dandy de film de gangsters. J’avoue, j’ai eu une frayeur, son visage était crispé. J’ai hésité à sortir de mon véhicule, il avait une main dans la poche intérieure de sa veste. Je suis sorti précautionneusement de ma voiture et je me suis dit, s’il me cherche il va me trouver tout en lui signifiant immédiatement, par un sourire, que je souhaitais dialoguer. Je suis mes gardes. Je lui explique que je me rends à un rendez-vous chez mon médecin. Je suis très très en retard, et je souhaite que nous établissions le constat, un peut plus tard, dans un endroit calme et à tête reposée. Au départ il n’est pas très sensible à ma requête. Il m’en veut, ça se lit sur son visage. J’argumente et il fini par accepter. Nous convenons de nous rencontrer le lendemain. Nous échangeons nos noms et nos numéros de téléphone pour fixer l’heure et le lieu.

Le lendemain, 29 février, j’ai pris contact, comme convenu, avec ce monsieur.

Le constat rempli nous l’avons envoyé à nos assurances respectives. Depuis je n’ai plus jamais entendu parler de Monsieur BLANCHE.

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J’ai supprimé son numéro de mon répertoire téléphonique. Il tend son i-phone, tenez, vous pouvez vérifier. Je ne vois pas ce que je peux dire de plus. »

Son interlocuteur est silencieux. Il est sceptique, il le scrute, le fixe au fond des yeux. Il se tourne vers son collègue, balbutiements, regard inquisiteur.

Gabriel est inquiet. Il tend l’oreille, Il essaie d’entendre ce qu’ils se disent ce qu’ils échafaudent. Il n’est pas rassuré.

Je ne connaissais pas ce Monsieur BLANCHE ni ses activités. Je le jure et pourquoi je commence à doute ?. Tu n’as rien fait, tu n’as rien fait, il essaie de se convaincre. Est-ce que j’ai été assez clair assez persuasif dans mes explications ?

L’enquêteur se retourne vers lui. Il reste un long moment silencieux, une éternité……..

« pas d’insultes, pas d’affrontement, tout c’est passé dans le calme ?» Vous me confirmez  » Vous êtes certain ?

Je confirme.

« Votre véhicule a-t-il un G.P.S ? »

Je confirme.

Que signifie cette question ?

« Avez-vous des relations dans le milieu parisien ? »

« non bien sur.

Dans le passé, avez-vous déjà eu des altercations ?

« Non jamais. »

Silence à nouveau, un ange passe. Sa tête va éclater.

Quels sont vos passe-temps. Qui fréquentait vous en général? Vous êtes marié. Vous avez des enfants. Êtes vous plutôt patient ?

Un flot continu de questions arrive. Il est noyé sous cette vague.

Il n’a pas l’intention de me lâcher. A ses yeux je suis suspect aucun doute.

Son attitude a changé, son ton est sec, incisif, de suspect à coupable il n’y qu’un pas et il est convaincu qu’il l’a franchi. Il plisse les yeux, il a un petit sourire aux coins des lèvres.

Gabriel attend, espère. Il pense à la garde à vue. Il n’a pas dit au revoir à sa famille. Je n’ai pas tué. Pourvu qu’il me croit.

Il a perdu la notion du temps. Il prie. Il cherche comment il pourrait les convaincre qu’il est innocent et au moment où il commence à désespérer où il voit son avenir au plus sombre, le silence est rompu : « nous allons prendre le temps et vérifier vos déclarations et pour cela vous allez rester à notre disposition. Relisez et signez votre déclaration, vous êtes libre. Nous reprendrons contact »

Libre, rester à leur disposition, mais je suis innocent !!!!!!!!!!

Il signe sa déposition. Il sort du commissariat soulagé. Il ne s’est jamais senti aussi léger. C’est beau la liberté.

Quelle histoire ! Il prend une longue inspiration. Merci monsieur BLANCHE, grâce à vous je viens de vivre une situation que dans mes rêves les plus fous je n’aurais imaginée, si j’avais pu éviter de vous rencontrer. Je vous en veux, mais pas au point de vouloir vous trucider encore que…………

3

Les policiers ne l’’ont plus contacté. Gabriel a repris le cours normal de sa vie.

Il repense souvent à cet épisode. Il lui est même arrivé d’en rêver.

Il a appris que Monsieur Blanche, truand notoire, Don Juan à ses heures, bien connu sur la place, avait l’habitude de donner des rendez-vous galants dans sa garçonnière sous les toits. Le jour de son assassinat, Ils avait été surpris avec sa conquête par le mari trompé, un certain Maurice, dit « Momo beau sourire », spécialiste du sourire kabyle.

Détail cocasse, la dame s’était évanouie et le mari avait du la descendre de six étages sur son dos.

Moralité, si Gabriel avait été sensible à l’écologie, il aurait emprunté les transports en commun, et évité de finir à l’ombre.