AlgoMuse Éditeur associatif
Jean-Pitre le Hardier

Jean-Pitre le Hardier

C’était le grand soir ! Tous les moutons du Conseil étaient là Pierre le Fada, Bécassin le prêcheur, Jocasse le baratineur, tous ! Même Jean-Pitre le Hardier s’était déplacé. Le sort de la pauvre accoucheuse devait être fixé ce soir. La survie du petit village de la Moutonnerie en dépendait.

C’est Jean-Pitre le Hardier qui le premier prit la parole. Se tournant vers la foule compacte des moutons ordinaires, et les toisant, comme à son habitude, de son regard hautain et méprisant, il commença ainsi :

– Mes chers concitoyens moutonneux ! Comme vous le savez, nous allons ce soir juger de la chose la plus horrible qu’ait jamais eue à connaître notre vénérable communauté moutonnière : le crime « d’apologie du jouet cassé » ! Comme président, auto-approuvé, de cette haute cour de justice moutonne, je donne la parole à Maître Bécassin pour qu’il nous résume les faits.

Bécassin sembla d’abord surpris, mais très vite, adroit qu’il était dans le prêchi-prêcha, il se mit en posture de se lancer dans un long sermon sur la question de la physique quantique appliquée aux jouets. En effet, son discours semblait reposer sur l’argument que seule une grande théorie scientifique pouvait éclairer la communauté sur la nature pernicieuse du crime commis par l’accoucheuse.

Heureusement, Migraine, le Factotum du village, l’interrompit à mi-discours : la roue du vieux moulin venait de céder ! Un murmure de panique parcourut l’assemblée….

Le gendarme et le capelan

Le gendarme et le capelan

Le barguignage de l’ancien hussard n’avait de cesse. Il allait et venait, un coup par ci, un coup par là, sans jamais décider vraiment si oui, ou si non, sa nouvelle tunique de gendarme laverait l’affront ! La honte…

Se retrouver ainsi, paumé aux fins fonds du Morvan, sur une veille rosse, emmailloté dans un fourreau rigide dont les seules différences qu’il avait avec la robe du capelan local étaient ses boutons dorés, à devoir porter pour l’exécuter un ordre d’expulsion ! Ah, ça, non ! Jamais il n’eût pensé pouvoir descendre si bas…

Comment en était-il arrivé là ? Avait-il choisi de passer ainsi de l’épopée de la Garde à travers l’Europe, à la canopée des enfers !? D’épouser la gloire des destins sublimes, pour finir dans la tâche mesquine de semer le tourment ? 

Il le sentait, le monde vacillait. Et lui, vacillait avec le monde. Mais la rosse, elle, avançait, le menant à son nouveau destin. Elle aussi, avait servi l’Empire, mais s’était résignée…

Les dunes

Les dunes

La chaleur est suffocante, pas le moindre soupçon de brise. Le sable brûlant longe une mer d’huile. Voilà la plage la plus dangereuse du littoral. Ne vous aventurez surtout pas dans les dunes plantées d’oyats en quête d’ombre car là est le danger. Vous pourriez déranger la nature …

Les marins qui pêchent au lamparo sur leurs pointus m’ont raconté. Quand le sable est déserté, après le coucher du soleil, des centaines de gnomes cachés dans les graminées dégringolent des dunes et envahissent la plage. Ils les ont vu de loin ces petits êtres menaçants à la mine chafouine sans jamais oser les approcher. Ceux qui ignorent la réputation de ce lieu courent un réel danger à flâner la nuit. Cette horde guerrière peut les entraîner au large. Les gnomes n’aiment pas les importuns. Cette plage leur appartient.

Les nuits de pleine lune les nains de jardin se joignent à eux et tous font la fête jusqu’au petit matin. Quelquefois, un nain est adopté par la communauté et passe une vie heureuse dans les dunes.

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Le Toine

Le Toine

20 ans déjà. Cela faisait 20 ans que ” le Toine ” avait été recueilli chez ce vigneron du haut Beaujolais. Il avait alors 12 ans. Il en avait reçu des coups dans son enfance. Le martinet volait pour n’importe quel prétexte.

Il en avait gardé ce dos voûté, la tête rentrée dans les épaules pour se protéger des vilaines douleurs de la vie. Maigre et noueux comme un grand échalas, il besognait en silence sa casquette vissée sur la tête, répondait au patron d’un simple hochement de tête : il avait compris – et puis c’est tout ! -.

Le Toine, tout le monde le savait, il ne fallait jamais le perturber. Son travail  rythmait la journée comme les piquets de la vigne. Le moindre événement différent de ses habitudes et tout s’enrayait.

Les mauvais traitements des premières années de sa vie semblaient l’avoir vidé de toute émotion, de tout sentiment. Son corps blessé répondait mécaniquement pour effectuer les taches qui lui étaient confiées.

Le soir, après avoir afféné les vaches, il traversait la cour de la ferme en claudiquant tel un oiseau éclamé. Il se retirait dans son repaire, la grange à foin.

Chaque samedi, il recevait sa paie qu’il allait boire le dimanche, pour que ce jour de désœuvrement passe plus vite. On ne le voyait pas de la journée.

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Ecart de langage

Ecart de langage

Pétasse ? Vaste question existentielle qui se définit selon la personnalité de celui (ou celle, mais plus souvent ‘celui’ …) qui lance l’injure.

Pour l’un, c’est, malgré une cour assidue proche de celle d’un paon, celle qu’il n’a pas pu ‘pecho’, pas même avec un filet à papillon. Pour l’autre, c’est une femme dont les arguments pertinents le laissent dans l’impossibilité d’étaler avec brio ses vastes connaissances. Il y a aussi la femme dynamique (et plutôt sexy) qui est au-dessus de vous dans la hiérarchie de votre entreprise et ose vous diriger.

Mais la pétasse est, avant toute autre situation, une femme au volant de sa petite voiture. C’est là que l’on retrouve les injures les plus imagées, assorties de mots que mes limites m’interdisent de prononcer. Elle a, par exemple, l’audace de vous doubler sur l’autoroute “quelle p…/”georges ! Les enfants !”. Il y a celle qui prend à votre barbe la place de parking que vous convoitiez ; et elle sait même faire un créneau cette pétasse !. Il y a celle qui fait une erreur de conduite. Alors là ! C’est la pétasse grande classe qui vous permet de vous exprimer avec tous les termes d’oiseau dont vous disposez et que vous réduiriez avec joie telle une falourde engourdie.

Dans toutes les situations, la pétasse ne perd jamais ses moyens et c’est là sa grande force pour affronter ces regards pleins de furie.

Quelquefois, ce terme, somme toutes vulgaire, peut sortir de la bouche d’une femme très ‘classe’ quand celle-ci, à cause de cette pétasse ! qui jabotte bruyamment ! avec toute sa quincaillerie autour du cou !, ne ne pourra pas séduire ce beau mec séduisant assis au bar.

C’est un tout petit mot, pas très beau, mais qui offre une telle variété d’interprétations !.

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Le bal

Le bal

Ça sera ce soir ! Il finira bien par la convaincre cette écervelée ! Cette pauvre ingénue qui se sent enfin aimée !

Il ne lui faudra pas une danse de plus pour arriver à ses fins !

Elle tiendra entre ses mains son carnet de bal et n’attendra qu’un seul moment, celui où la danse avec lui débutera.

Ah l’escroc !

Malgré l’abominable effluence que dégage ce pingre, la jeune crédule aux yeux voilés de candeur n’y a vu qu’un gentilhomme amoureux.

Il ne lui aura suffi que quelques mois à supporter tous ces bourgeois prétentieux, ces bijoux manqués et leurs absurdes falbalas pailletés, tous ces égos surdimensionnés.  

Ce soir il triomphera et dansera à la réussite de cette captation, pendant que les violons joueront à la gloire de cette infâme orchestration.

Ah la canaille !

Quelques mois plus tard après s’être emparé de sa fortune, il s’enfuira dans d’autres contrées laissant trainer derrière lui ce répugnant effluve de malhonnêteté.

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