AlgoMuse Éditeur associatif
Ya pô d’lézard

Ya pô d’lézard

commissariat du 16e arrondissement 17- 11 – 2021- 9h00

  • L’art, ne peut pas être moderne, puisque l’art est éternel, grommelait le tailleur de pierres précieuses menotté et assis sur le siège dans la salle d’interrogatoire.
  • Je ne vous parle pas de lard, hurla le flic excédé, je veux simplement en savoir plus sur ce trafic de diamants. Parlez, sinon je vous mets en garde à vue !
  • Que pourrais-je ajouter sinon que je suis un artiste et vous un flic de seconde zone. On ne peut rien changer à cela, chacun son carma et puis, les diamants sont éternels, quant à vous ?
  • bien dit répliqua le petit lézard qui venait porter plainte pour vol. on lui avait subtilisé sa peau. Il cherchait donc le tailleur de pierre qui de temps à autre pouvait aussi tailler les costumes.

Les institutions ne changeraient probablement pas les hommes, mais les tailleurs pouvaient rhabiller les lézard.

On ne connaît pas son bonheur

On ne connaît pas son bonheur

Je fais mon “vieux”. J’observe le spectacle du quartier derrière mes volets à demi clos. C’est le quartier nord de Le Tannos. Le quartier sensible comme on dit à la télé. Il y a des gosses. Il y a des garçons et des filles. Ce soir, plus qu’à l’habitude, des gamines. L’une d’elles est intrépide, Elle grimpe sans relâche aux portiques du mini terrain de basquet dont il ont fait un mini foot. Et dès qu’elle est à trois mètres du sol, elle se pend à une seule main et crie à qui voudra la sauver. Oh, je crois bien avoir compris que cet appel aux secours n’est que simagrée. Il semble ne s’adresser qu’à l’un des garçons. Un gros petit bonhomme tout en chair, vêtu d’un polo rose et d’un short bleu. Lui, doit avoir une grosse dizaine d’années, perchées, cependant, sur une taille d’un bon mètre soixante-cinq. Il avance nerveusement, bras et jambes ballantes. Le corps est immobile. La tête fixe. Seuls le membres se meuvent. C’est comme un personnage de dessin animé. Il arrive sous le lieu du drame potentiel, et ses bras se tendent vers le ciel. 

— Descends, Naïma, descends maintenant ! 
— Prends mes pieds, prends mes pieds…
Le dialogue, je l’ai imaginé. La scène me l’a dicté. Car, hélas, ils ne parlent pas tannosien. 
Moi qui suis né ici, je suis un peu perdu. J’aime beaucoup les enfants. Tous les enfants du monde. Et j’aime beaucoup Le Tannos.
C’est vraiment difficile, pour moi, de combiner ces deux élans de l’amour dans cette réalité qui s’impose à moi.
Quand même, je sens bien que s’il me fallait choisir, je préfèrerais les enfants à la magie tannosienne… 

Mais s’agit-il de choisir ?

Le peintre

Le peintre

Il apparaît parfois en ville. Le plus souvent, il part seul dans la campagne faire des croquis ou des pochades pour saisir la lumière. Son visage est buriné, la chevelure en désordre, l’œil sombre sous un feutre à larges bords. Il passe pour un fou original, indiscutablement un artiste.

Il vit dans son atelier où le mobilier se résume à l’essentiel. C’est le royaume des toiles, cartons à dessins, récipients, pinceaux, tubes de couleurs, chevalets. Tout est dédié à son art. Là, il peint sans relâche. Le temps ne compte plus. Le jour et la nuit se mêlent. Il est totalement déconnecté du monde réel.

Il tolère ma présence dans son atelier et j’y passe de longs moments à l’observer dans son travail. Il sait que je ne prononcerai aucun mot qui pourrait troubler son travail.

Il peint à la manière des anciens en de multiples glacis qui nécessitent un long temps de séchage.

Le voir peindre un modèle vivant est une expérience inoubliable. Il frôle de la main son modèle, une jeune femme aux courbes généreuses. Il est déjà en train de dessiner mentalement celle qu’il appelle sa « servante ». De cette osmose silencieuse naîtra, en plusieurs séances, le chef-d’œuvre.

Il va frénétiquement de son modèle à son chevalet pour extirper son émotion et la coucher sur la toile avec une délicate obstination, se vidant de son énergie jusqu’à la plénitude.

« La création c’est sortir quelque chose de soi et se sentir néanmoins comblé » Paul Carvel.

0

L’accident de la vie

L’accident de la vie

C’était juste après, que la mort avait commencé de gagner sur la vie. Juste après l’accident. La corde avait lâché, elle, s’était écrasée.

Son ami d’enfance, le magicien, tentait bien encore de lui faire croire que tout était possible. Que les dieux dans les cieux et les démons des bas-fonds ne permettraient jamais que cette formidable énergie vitale trépassât ! Il y mettait tout son art tant il l’aimait : le chapeau, le lapin, le foulard et la colombe…

Rien n’y faisait cependant. L’acrobate s’était résignée à suivre le chemin des ténèbres…
Une seule chose la tenait encore en vie : elle était furieuse ! Furieuse contre l’absurdité de la vie…

Car oui, c’est plus souvent dans l’adversité que dans la félicité, que la vie s’épanouit.
Mais quand elle l’a fait, elle a pris tant de forces, que l’autre…

Cent pour cent

Cent pour cent

– Tiens ! Regardez cet homme : petite taille, noir de peau, vivant dans la forêt tropicale. Moi je vous le dis haut et fort : c’est un pygmée, c’est sûr à cent pour cent, j’en mets ma main à couper.

Les gens pensent toujours que ce qui est vrai est vrai à cent pour cent.

– En êtes-vous bien sûr ? Considérons ce même homme, assoiffé d’aventures, las de cueillir, chasser, pécher. Il quitte sa peuplade. Il est traité de déserteur par les âmes du village. Il est même banni. Tout se complique … Comment vont-ils le nommer pour le juger ? Ils ne diront pas : c’est le pygmée mais – c’est le déserteur – cinquante/cinquante ! C’est un pygmée-déserteur.

Après avoir traversé la forêt, les villages, notre homme (petit et noir) a soudain soif de solitude. En chemin, il trouve une grotte où il décide de vivre retiré en ermite et de se consacrer à la méditation (il ne connait pas encore le fameux ” lâcher prise “).

Et de nouveau tout se complique : quand les gens des environs voudront parler de lui, que diront-ils ?

– prenez garde, dans cette grotte il y a un drôle de petit homme, un pygmée je crois, un cannibale peut-être

ou bien : – c’est vous qui cherchez cet homme qui vit dans la forêt. On dit par ici que  c’est un déserteur ; il aurait quitté son village

ou encore : – vous qui venez de la ville si vous voulez connaître les plantes de la région, allez voir l’ermite, un grand (ah ?) original

Il est donc les trois à la fois. Et en plus cent divisé par trois : ça ne tombe pas juste. Si les mathématiques s’en mêlent, la démonstration va s’écrouler.

Je vais nuancer mon propos : il sera toujours homme à cent pour cent … a moins que … ? si … ? Tout peut arriver !

0

La cigale et la fourmi

La cigale et la fourmi

La fourmi de la fable est bien peu charitable,

Mais je vais vous conter ce qui est arrivé

Là-haut dans la forêt.

Une jeune fourmi, lassée de sa réputation

De bête non prêteuse,

Se mit à faire des provisions

Pour la saison neigeuse.

Elle en fit tant et tant que l’hiver arrivant

Elle put offrir à la cigale

Qui n’avait que repas frugal

De quoi dîner jusqu’au printemps.

Ainsi notre dame fourmi

Remercia l’insouciante danseuse

D’avoir accepté ce présent.

L’occasion lui avait permis

D’être alors enfin généreuse.

0