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En matière d’usurpation d’identité, j’ai un certain toupet. Pourtant bien malgré moi. Je l’avoue : je ressens quand même une certaine jubilation à créer de la confusion, un intérêt certain à manipuler l’opinion ! Après tout, mieux vaut agir que subir.

Par moment, cela s’avère toutefois très gênant. Je laisse des traces dans la mémoire, des souvenirs éprouvants, des rêves terrifiants : instruments de pouvoir et d’autorité, je claque, je siffle, je marque. Je dessine sur le corps des enfants des cicatrices destructrices, brise leur cœur et tire des larmes d’intenses douleurs. L’utilisation que l’on fait de moi me fait trembler d’effroi, et pour le coup… je subis ce hideux karma qui malgré moi s’alourdit. Faire mal, blesser – c’est tout à l’inverse de mes plus chers souhaits. On m’accroche ensuite, et puis basta. Je pends, là, honteux et penaud.

Les ignorants se limitent à ma première définition tandis que les amoureux de la nature me connaissent autrement. J’enfile alors – ouf ! – mon costume de héros. Roi des longues distances, je parcours des milliers de kilomètres sans cesser de voler. On m’admire pour mon endurance, mes ailes de géant qui m’empêchent de marcher, ma capacité à vivre en mouvement au gré de ma ténacité. C’est ainsi que j’aime la vie !

Mais c’est terrible, tout de même, qu’à la simple évocation de mon nom, mon homonyme soit visualisé en premier. Ouste de là, toi ! Grâce à mes grandes ailes, à l’image qu’elles dégagent, des enfants traumatisés parviennent heureusement à se libérer de leur passé chiffonné. Le martinet les avait brisés ! C’est dans ces cas-là que je joue de mon autre moi : je me faufile dans leur esprit et je leur souris, je change l’image et puis c’est fini. Je m’autorise ce glissement d’identité, pour me rattraper.

Et les résidents de ce village de Vendée… Comment peut-on choisir d’habiter Martinet ? Rien qu’à l’évocation de ce petit mot, j’aurais envie de fuir, tant mon nom fait frémir. À moins que j’enfile mon costume volant et qu’au-dessus des maisons je dessine avec mes ailes des volutes de messages enchantés.

Attrape-moi si tu peux !… mais sans hésitation, je me préfère en l’air !

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