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Brève de vie 1

Jusqu’à cette rencontre, c’était un voyage sans histoire et vu l’atmosphère étouffante, une giclée d’eau fraîche sur mon visage était la bienvenue. Je fis un clin d’œil à l’enfant  qui aspergeait son copain avec une lance en plastic. Le jet m’atteignit à l’oreille avec un éclat de rire suivi d’une cavalcade enfantine.

Etrange ce premier rendez vous que m’avait donné là, le jeune liftier maladif aux yeux tendres, en me parlant de surprise : Loglem une gare de banlieue déserte, en démolition, où les mauvaises herbes cachaient les rails, terrain de jeu pour ces gamins.

C’est une idée qui surgit du fond de ma mémoire, je secouai la poussière qui recouvrait mon sac à dos et pris la carte pour tracer mon itinéraire. Je me sentais comme un oiseau dont on vient d’ouvrir la cage, avec un besoin irrésistible et furieux d’envol, l’ivresse du papillon sortant de sa chrysalide.

C’est alors qu’il surgit devant moi, tenant devant lui un bouquet printanier fraichement cueilli. La femme que j’étais, toute fraîche et pimpante sentait maintenant la violette. Dans la fièvre de notre émoi silencieux, enlacés dans une alcôve de pierre, nous ne firent même pas un geste pour éviter la poussière du chantier.

Notre second rendez vous fût pour une promenade nocturne dans un lieu sauvage où ôtant nos souliers de ville, nous foulâmes avec délice les coussins d’herbes fraîches. En silence nous nous quittâmes en plein recueillement partagé.

Notre troisième rendez-vous : Il avait pris ses crayons et son carton a dessin et filé à l’hôtel en vitesse car j’avais de la fièvre. Il est arrivé plus tôt que prévu. Il me trouva, en peignoir, ruisselante. Ce n’était plus le temps des atermoiements.

Notre quatrième rendez-vous : Il avait perdu son masque d’adolescent timide et montré son vrai visage d’homme et de peintre.

« Une bonne maîtrise du dessin, un bon motif et l’inspiration sont les conditions d’une œuvre réussie », se plaisait-il à dire. « Avec Jeanne comme modèle, je ne pouvais rêver mieux comme muse ». Il terminait de peindre un bosquet de feuillage vert sombre qui rehaussait le velouté de pêche de mon corps dénudé. En arrière plan, le ciel clair était découpé par un calvaire dressé au bord du chemin rejoignant l’horizon où je l’ai accompagné jusqu’à la fin.

A notre ultime rendez vous, j’ai rendu ses cendres, éternels papillons, à l’infini du monde, au lieu de notre première rencontre, au sommet de la tour Eiffel. Puis j’ai repris la carte pour choisir mon itinéraire.

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