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petit texte satellite de la saga “Les voix du vin sont impénétrables” par @melanie

Le doux roucoulement sortit le curé de sa méditation hebdomadaire. Il avait coutume de procéder à cet exercice préparatoire à l’écriture de son homélie dominicale dans la petite chapelle latérale. Il s’asseyait face à la statue de St-Vincent, dans le confortable fauteuil ducal au velours rouge élimé, don du château voisin.

Posté sur l’épaule du saint, qui ne semblait pas y voir matière à querelle, l’oiseau, fort peu farouche, le regardait d’un œil pénétrant. De son bec pendait un jeune sarment au vert tendre et frais. « Votre initiative, à toi et à Louis, est fort louable, j’y souscrit pleinement en tant que patron officiel des vignerons. » Bien évidemment Vincent de Saragosse s’exprimait avec une pointe d’accent espagnol, c’était charmant et ne nuisait nullement à la clarté de son propos. Le curé, agréablement surpris de cette reconnaissance quasi divine, ébaucha un sourire. « Colombe, fidèle compagne de Noé, le premier des vignerons, te remet ce rameau en signe de notre gratitude. » Aussitôt l’oiseau laissa choir sa prise qui vient s’échouer sur les genoux de l’homme d’église transi de bonheur. Il s’apprêtait à répondre par un remerciement bien troussé à son illustre hôte quand la petite cloche tinta, annonçant l’angélus.

Le curé ouvrit les yeux. St-Vincent, comme à son habitude, se tenait coi sur son piédestal, tenant une énorme grappe de raisins mûrs. La colombe avait regagné le cœur du vitrail et planait au-dessus des eaux du déluge. Sur les genoux du curé reposait un feuillet échappé de son missel…

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