Elle était tout occupée à choisir chacune de ses oranges quand une main se posa sur son épaule comme un oiseau migrateur faisant halte à la tombée du jour. Le geste n’avait rien d’une agression, il tenait bien plus d’une douce caresse, cependant, malgré elle, son corps réagit à l’intrusion, suscitant un mouvement vif de sa paume ouverte comme pour chasser un insecte gêneur. Ce faisant elle laissa échapper un joli fruit doré qui cascada sur l’étal du marchand et tomba directement dans le panier en osier posé à ses pieds. Un petit rire lui échappa, ponctué aussitôt par la remarque du commerçant. « En voilà une méthode acrobatique pour me taxer mes plus belles oranges, Marie je ne vous savais pas prestidigitatrice ! »

La main s’était envolée de son tendre appui, comme gênée par les conséquences de sa venue. La vieille dame se retourna lentement pour ne pas effaroucher le voyageur, si discret, resté silencieux à son côté attendant d’obtenir l’attention qu’il quémandait. Marie croisa le regard bleu-vert de l’homme et s’y perdit comme on plonge en pleine mer. Plus elle descendait dans les profondeurs océanes de ces yeux, plus elle se sentait renaître à ses jeunes années. Elle revint au réel de cette belle soirée en entendant la voix grave si longtemps espérée lui dire : « Me feras-tu l’offrande de ton gâteau à l’orange, Marie ? Son souvenir m’a suivi au bout du monde et en cinquante ans de vagabondage jamais aucune douceur n’a su l’égaler. »

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